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On connaît « qui est qui »

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Rachad Mourad Dhina

Le débat autour du mouvement Rachad  tente de réduire l’islamisme des années 1990 à une simple gestion sécuritaire d’une « violence criminelle » entre les deux protagonistes, les militaires et l’aile radicale du FIS dissous, mis souvent dos-à-dos.

Cette simplification évacue de l’analyse la structure profonde et la nature de la crise qu’on a escamotée. Celle-ci s’assimile, de mon point de vue, plus à un processus de « fascisation » de la société dans le sens d’un recours à la violence physique barbare (tuer des bébés, violer des femmes et égorger des gens) comme moyen de régler un conflit politique et chercher à accéder au pouvoir.

Par son caractère de mouvement de masse qui mobilisait un grand nombre d’individus, cette violence avait pour fonction de décimer et démoraliser la frange la plus consciente du soulèvement populaire d’octobre 88. Elle avait aussi pour fonction de modifier, par la force et la violence, les conditions de reproduction du capitalisme algérien arrivé à une crise mûre sous Chadli.

Effacer cette lecture, c’est rendre le débat d’aujourd’hui flou et ambigu. Si le mouvement Rachad est plus un avatar de cet islamisme qu’une renaissance de celui-ci, il n’en reste pas moins qu’il semble, à travers le discours de ses dirigeants, se donner pour tache de reconstruire un récit et une historiographie de cette période en faveur de ce courant dont il se réclame, pour le blanchir des crimes dont il est accusé, comme préalable à toute solution nouvelle.

Lire : Lahouari Addi : Faut-il avoir peur des islamistes ?

Car, en termes de lecture, il ne s’agit pas de comptabiliser d’un point de vue policier les assassinats de part et d’autre, réduire le débat au « qui-tu-qui ? », mais de rappeler que l’arrêt du processuel électoral, déjà revu et corrigé sous la pression de la grève insurrectionnelle ratée de juin 1991, n’était que le point culminant des contradictions à l’origine du processus de fascisation engagé dès le lendemain d’octobre 88, voire avant.

Aujourd’hui avec du recul, nous savons tous qui a empêché toute liberté de conscience de s’exprimer, qui a voilé les femmes de force, qui a séparé les femmes des hommes dans les bus (à Blida comme exemple), qui a interdit toute activité artistique dans les écoles, y compris la création architecturale…

Il ne s’agit évidemment pas de généraliser, à la manière eurocentriste, cette barbarie à « l’islamisme » et encore moins à l’islam. Car nous ne pouvons mettre dans le même sac l’islamisme de Daech et celui du Hizbullah libanais ou encore celui d’Ennahda tunisien.  Un peu de dialectique est nécessaire pour clarifier les enjeux.

Face à ce processus de fascisation, la solution militaire n’était pas l’action nécessaire et adéquate. Mais les conséquences d’un détournement de regard de cet enjeu fondamental risquent d’être fatales pour l’avenir. Aujourd’hui, si la crise n’est pas du même type ni dans sa nature ni dans son ampleur, si la société semble, d’après ses réactions, prémunie contre ce danger, l’avenir reste incertain et autant se prémunir davantage en évitant tout consensus flou.

Nadir Djermoune (*)

(*) Architecte-urbaniste, enseignant au département d’architecture à l’université de Blida

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