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Terrorisme islamiste : l’indispensable devoir de mémoire

La Rédaction

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Terrorisme islamiste : l'indispensable devoir de mémoire

Sofiane Benyounes, militant politique, revient sur les massacres collectifs en Algérie commis en 1997 que certains imputent au régime et d’autres aux islamistes armés. Mémoire.

Bentalha. Il y a vingt trois ans, dans la nuit du 22 au 23 septembre 1997, une centaine de terroristes islamistes armés du GIA débarquaient dans cette petite bourgade. À leur tête, l’émir de la région, Mohamed Lazraoui, issu lui-même de cette localité et militant connu et reconnu du FIS de Abassi Madani et Ali Benhadj.

Mohamed Lazraoui et sa horde intégriste s’attaqueront particulièrement à deux quartiers de Bentalha soupçonnés de collaborer avec les autorités locales. Il s’agit des Haï Boudoumi et Haï Djillali.

Ils s’acharneront méthodiquement, liste en main, ruelle par ruelle, maison par maison, sans distinction, à décimer des familles entières en véritables bouchers, égorgeant femmes, hommes, enfants, personnes âgées et bébés.

Lire : Mohammed Racim : la première victime de l’intégrisme de l’Etat algérien

Les moins chanceux verront leur progéniture mourir devant leurs yeux avant d’être eux-mêmes égorgés. Un bébé dont le papa était garde communal sera mis dans un four.

Cris, larmes, hystérie criminelle et scènes d’horreur décrivent ce génocide commis en plein jour par l’intégrisme et sa matrice politique, le FIS. Un véritable fleuve de sang succédera à ce crime contre l’humanité commis à quelques kilomètres d’Alger.

Les terroriste, non contents de leur besogne macabre, couvriront leur retraite en minant les chemins, les cadavres et les maisons avec des explosifs afin d’empêcher l’arrivée des forces de sécurité.

Il faudra plusieurs heures à l’ANP pour avancer sur les lieux et récupérer les cadavres et les quelques survivants. Bilan de l’opération terroriste, plus de 500 morts selon les témoins.

J’ai connu personnellement une survivante de ce massacre, elle a perdu, ce jour là, sa mère, deux petites sœurs et son frère âgé de 9 jours. Sa maman aura eu le temps de la cacher dans une cave avec un petit frère et une petite sœur.

Lorsqu’elle remontera pour chercher le reste de la famille, elle sera surprise par l’émir Lazraoui. Sa mère et le reste de la fratrie seront sauvagement décapités. Les corps mutilés.

Mon amie retient encore les cris des enfants, de sa maman… et du nouveau-né. Elle se souvient du visage serein et souriant de l’émir aperçu par la fenêtre avant le massacre. Son voisin. Elle garde surtout en mémoire le regard rassurant de sa mère que seule une femme sait poser sur son enfant.

Lorsque mon amie remontera de la cave, elle s’appliquera elle même à rassembler les bras, les jambes, la tête de sa maman. Son papa, absent ce jour-là, a définitivement perdu la raison. Il vaquera en pleurs jour et nuit dans les rues de Sidi Moussa voisine jusqu’à mettre fin à ses jours pour ne plus revivre ses nuits. La nuit !

Mon amie garde des séquelles irréparables, une blessure impansable, une douleur du tréfonds, une mémoire vive qu’elle a décidé de retranscrire dans un livre qu’elle n’arrive pas à publier. Un jardin secret qu’elle ne déterrera que le jour de sa guérison, qu’elle publiera « au bon moment », dit-elle. Une thérapie qui dure depuis 23 ans.

Oui l’intégrisme islamiste a tué en Algérie, il tue encore et il tuera demain si nous ne cultivons pas sa mémoire et celle du terrorisme. Et contrairement à ce que veulent nous faire croire les promoteurs du Khalifa, les sponsorisés du Qatar, les amis d’Erdogan et de Daesh, contrairement aux racontars des propagandistes Larbi Zitout et Amir Dz, contrairement à l’amnésie volontaire des terroristes Mourad Dhina et Anwar Haddam, contrairement aux divagations éhontées de la chaîne transfuge El Maghribiya, ce sont bien les intégristes du FIS, de l’AIS et des GIA qui sont à l’origine des massacres de civils en Algérie.

Lorsque vous écoutez ces révisionnistes de l’histoire récente nationale, vous avez l’impression que les djihadistes du FIS et des GIA étaient des militants écologistes et qu’ils auraient pris le maquis pour s’occuper de la préservation de la faune et de la flore. En bref, des gardes champêtres !

Non, il n’y avait pas de fausses barbes mais de vrais intégristes islamistes armés, de vrais maquis et de vrais actes terroristes revendiqués et assumés au nom d’une idéologie totalitaire.

Le terrorisme intégriste islamiste agissait à visage découvert, leurs soldats avaient des noms, des chefs et des revendications politiques, l’instauration d’une Dawla Islamiya comme si l’Algérie de nos grands-parents les avaient attendus pour revendiquer leur religiosité quelle qu’elle soit, ou quelle qu’elle ne soit pas.

Les intégristes se considèrent comme les envoyés de Dieu et leurs opposants les fils de satan. Pareils pour les charlatans de Londre, de Washington et de Paris qui, sous couvert d’Etat de droit, rêvent d’instaurer un Émirat. En clair, remplacer une dictature militaire par une dictature théocratique.

Bien sur que la junte militaire a commis des crimes politiques. L’assassinat du président Mohamed Boudiaf en direct à la télévision en est une preuve. La mort de Kasdi Merbah, ancien chef de la sinistre Sécurité Militaire et l’exécution du valeureux Abou Bakr Belkaid sont certainement le fait de barbouzes.

Mais de là à exempter l’intégrisme, le FIS, les GIA de leurs méfaits maintes fois annoncés, assumés et revendiqués, c’est faire preuve de révisionnisme historique et de crime contre la mémoire des victimes de l’intégrisme et de leurs familles.

L’Etat algérien a fait la guerre au terrorisme mais n’a jamais combattu l’intégrisme.

Au travers de ses choix politiques, de ses alliances et de son système éducatif, le régime a toujours fait jonction avec l’intégrisme préférant modeler une société conservatrice plutôt que d’ouvrir le pays aux libertés démocratiques.

Le conservatisme social est le premier rempart aux libertés individuelles et le barrage principal à l’instauration d’un Etat de droit.

C’est pourquoi, la junte militaire a pardonné aux terroristes à travers les sinistres loi sur la Concorde civile et la Réconciliation nationale.
Pis, fait unique dans l’histoire de l’humanité, Bouteflika a criminalisé le souvenir du terrorisme, allant jusqu’à punir l’effort de mémoire à des peines de prison.

Enterrer la mémoire de l’intégrisme, c’était pour le régime se vacciner contre l’instauration d’une Algérie libre et démocratique. La survie du pouvoir et sa longévité sont toujours passées par un compromis avec l’islamisme sur le dos du combat démocratique. Ce fut le cas en 1957, en 1963, en 1980, en 1988, en 2001 et cela sera certainement le cas en 2020.

Au moment où Bouteflika scellait son pacte de non-agression avec Abassi Madani, Madani Mezrag et Hassan Hattab, il envoyait en 2001 ses gendarmes tuer des centaines d’Algériens en Kabylie comme un gage renouvelé aux Néo-Bathistes, comme un message politique envoyé à la société, comme pour rassurer que le régime fera encore une fois le choix de la paix des lâches plutôt que de se soumettre aux revendications des braves.

Il y a 23 ans, des populations civiles sans distinction de sexe, d’âge et de religion subissaient les pires crimes contre l’humanité à Bentalha, Raïs, Relizane, Tibbehirine et ailleurs. Crimes commis par des intégristes religieux.

Cultiver la mémoire de l’intégrisme, de ses crimes, de ses complicités, des silences et des compromissions d’hier, c’est se prémunir de sa ré-émergence demain. Travestir la vérité, parler de paradigmes et d’ancien monde comme pour enterrer le souvenir, c’est faire croire que le silence préserve des liberticides, c’est faire croire que la liberté est un cadeau qui peut faire l’économie de combats et de sacrifices, c’est anesthésier un mal pour en masquer la réalité, c’est lutter contre une épidémie sans trouver le vaccin. Promouvoir l’oubli du terrorisme, c’est tout simplement promouvoir sa récidive !

Si nous ne voulons pas rééditer l’échec de 1962, l’Algérie de demain devra se construire ensemble. Oui, à une Algérie pour tous. Oui à une Algérie dans toutes ses composantes politiques mais jamais au détriment de la mémoire, des libertés individuelles et collectives et de la vérité.

Tronquer la mémoire, se taire aujourd’hui face aux horreurs intégristes d’hier, c’est faire le nid demain à de nouveaux Bentalha.

Halte aux mensonges ! Plus jamais ça !

Sofiane Benyounes, Militant politique

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gherbo said
gherbo said
22 jours plus tôt

On veut une autre Algérie de l’espoir ni dictature militaire actuelle ni état islamo intégriste vive les libertés d’expression vive les libertés linguistiques culturelles religieuses pour une Algérie avec tamazight officielle pour un état a justice libre stop au pillage de l Algérie oui pour un état fort une monnaie forte un état radp civil vive le hirak a bas les voleurs menteurs assassins de ce système pour l’idée de abane ramdane

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