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Mouvement populaire : bâtir une véritable alternative au pouvoir

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Voila pourquoi le hirak des travailleurs ne peut être celui de l'oligarchie qui revient en force

Le mouvement populaire, même en suspendant ses manifestations de rue, rappelle au pouvoir, aux sceptiques de tout bord et aux divers observateurs qu’il est encore là et qu’il saura rebondir le moment venu.

Cette lame de fond qui a vivement secoué la société algérienne, suscite, en cette période interminable de confinement, des débats houleux, des débats qu’on a voulu, pour diverses raisons et selon les postures des uns et des autres, étouffer pour éviter que soient exposés les véritables enjeux qui permettront à la conscience populaire de faire un bond qualitatif et à un projet libérateur alternatif d’émerger.

La Covid-19 et la gestion policière de la situation

A défaut de masques, de liquide hydroalcoolique, d’une politique de prévention adéquate, d’un nombre suffisant de places en réanimation, (réalité de notre pays et de bien d’autres pays capitalistes avancés), le confinement s’est imposé comme l’unique moyen de contenir le virus.

En Algérie où le service hospitalier se trouve dans un piteux état depuis des années, en raison des politiques destructrices, du sous-financement chronique et d’un encouragement du secteur privé prédateur, le confinement s’est imposé de fait.

Lire : Le PAD de Béjaïa soutient les syndicalistes licenciés de Numilog

Une aubaine pour le pouvoir qui ne savait plus quoi faire face à la contestation populaire qui se maintenait. Il s’en sert avec un zèle singulier.

En effet, malgré le faible nombre de contaminés et de décès, il impose un couvre-feu injustifié et la fermeture quasi totale du pays.

Ce confinement dur et le couvre-feu s’inscrivirent évidemment dans la volonté du pouvoir de normaliser la société en imposant un contrôle strict des citoyens.

Le pouvoir cherche à mettre au pas la société et empêcher la rue de s’exprimer.

Lire : Les travailleurs de l’ETUSA en grève

La crise économique préexistante et la faillite des politiques adoptées par le pouvoir aggravées par ce confinement ont engendré des centaines de milliers de nouveaux chômeurs, notamment ceux qui subsistaient grâce à l’économie informelle.

Mis à part quelques miettes distribuées, çà et là, de façon anarchique, des centaines de milliers de travailleurs, de chômeurs, de démunis sont plongés dans la misère, livrés à eux-mêmes.

De plus, très peu de moyens sont mobilisés pour améliorer le sort des malades, jetés à même le sol ou entassés à plusieurs dans des chambres exiguës sans réelle prise en charge.

C’est dans ce contexte explosif que le pouvoir multiplie les manœuvres pour rebâtir une base sociale qui va lui permettre de survivre et prend des mesures disproportionnées pour contrer la pandémie. Le couvre-feu dont l’utilité n’est pas démontrée, les arrestations de militants et la convocation de syndicalistes s’inscrivent dans la stratégie du pouvoir qui vise à reprendre la main et à mettre fin à toute contestation.

La multiplication des grèves, une donne nouvelle

La crise du capitalisme au niveau international n’épargne pas l’Algérie dont la dépendance quasi totale du marché mondial n’est plus à démontrer et sa répercussion sur le prix des hydrocarbures, principale source de revenus du pays, ont réduit les marges de manœuvre du pouvoir. C’était déjà la réalité avant la pandémie.

Les longs mois de confinement ont, sans aucun doute, aggravé la crise et ont fait en sorte qu’on assiste, depuis quelques semaines, à la montée des luttes sociales, notamment dans des villes du Sud, autour de revendications concrètes comme l’accès à l’eau, à l’emploi, etc.

Les grèves se multiplient également dans les secteurs privé et public. Les travailleurs se mobilisent pour le droit de s’organiser comme à Numilog, filiale de Cevital ou pour dénoncer l’arbitraire et réclamer des revalorisations salariales.

L’absence d’une véritable organisation syndicale capable de faire converger toutes ces luttes est un fait, d’où la nécessité de faire émerger de nouvelles structures syndicales en s’appuyant sur les syndicats autonomes ainsi que les sections de l’UGTA combattives et de toutes les énergies disponibles. La tâche est colossale, mais la bataille s’impose.

Le mouvement populaire à l’heure de la montée des luttes sociales

Peu présente parmi les préoccupations essentielles du mouvement de protestation et souvent même écartée sciemment par certaines courants libéraux et islamistes, la question sociale occupe le devant de la scène depuis quelques semaines et peut s’imposer dans le Hirak de l’après-pandémie comme la question centrale.

Cela donnera une nouvelle impulsion et un nouvel horizon au mouvement populaire en mal d’imagination et qui commençait à tourner en rond avec des manifestations routinières sans cap, sans perspectives et sans projet mobilisateur clair.

En effet, malgré une mobilisation massive, durant près d’un an et demi, le mouvement populaire n’a pas su, n’a pas pu bâtir l’alternative au pouvoir qu’il souhaitait renverser.

Son incapacité à faire émerger une organisation et se donner une direction politique et un programme alternatif l’a conduit à faire du sur place.

Il ne parvenait pas à comprendre que les manifestations, à elles seules, ne pouvaient pas mener vers le changement radical souhaité.

Les forces sociales laminées par les années Bouteflika n’ont pas pu jouer leur rôle naturel et cela a conduit au demi-échec du Hirak.

La grève générale salutaire ne peut réussir sans organisation et sans les acteurs eux-mêmes que sont les travailleurs et la jeunesse.

La question du pouvoir

«Yetnehaw ga3», le slogan emblématique du mouvement populaire est très juste. Juste dans le sens où il exige la rupture radicale avec le système en place et ses pratiques et pose la question du pouvoir.

Cette question, le mouvement populaire a peur de la poser et plusieurs de ses animateurs répondent par des généralités du genre, un état de droit, un état démocratique et bien d’autres formules creuses.

Pour certains, la démocratie se réduit à de simples élections périodiques et à une certaine alternance.

Évidemment qu’à première vue, cela peut apparaître comme un moyen à la disposition du peuple pour exercer sa souveraineté, mais force est de constater que même dans les pays dits démocratiques, notamment en Europe occidentale et en Amérique du Nord, cette démocratie représentative a montré ses limites et est de plus en plus contestée.

Contestée, car la majorité des citoyens constatent que leur sort demeure le même, voire même s’empire malgré les élections à tous les niveaux. On parle, de plus en plus, de démocratie directe, participative, de pouvoir de révocation des élus, etc.

En effet, leur constat est juste, car cette démocratie n’en est pas une. Elle est faussée, parce que les médias, nécessaires en démocratie, sont entre les mains de groupes industriels, de fonds de pensions, etc. Et ces derniers sont engagés dans une propagande permanente, par l’intermédiaire d’experts autoproclamés et de chroniqueurs grassement payés, au service des riches et des puissants, c’est à dire en faveur de ceux qui défendent des politiques qui leur permettent de faire du profit, plus de profit.

On remarque ainsi qu’élection après élection, le taux de participation aux élections diminue drastiquement et l’intérêt des classes populaires aussi.

La révolution ne signifie pas remplacer ceux qui gouvernent aujourd’hui par d’autres, et garder les mêmes politiques économiques et sociales qui ont conduit aux catastrophes que nous vivons.

Il faut bâtir une alternative qui réponde aux aspirations des Algériennes et des Algériens à la liberté et la justice sociale. Une alternative qui va réaliser la rupture avec les politiques économiques et sociales qui favorisent une minorité d’oligarques et de privilégiés.

L’économie doit répondre aux besoins essentiels de la population et non favoriser l’accumulation des profits de quelques-uns au détriment de la majorité et des services publics comme la santé, l’éducation, la culture…. Elle doit veiller également à protéger l’environnement.

Dans le Hirak d’aujourd’hui, nombreuses sont les forces qui n’envisagent de changements que ceux qui visent à remplacer les bandits d’aujourd’hui par un personnel politique nouveau et qui pensent que les choses s’arrangeraient alors d’elles-mêmes.

Notre place est au cœur du mouvement populaire pour faire émerger l’alternative qu’on a évoquée plus haut et la rendre audible auprès des classes populaires et nous ferons de toute avancée un acquis de notre lutte qu’on utilisera pour en arracher d’autres jusqu’à la victoire finale.

Mohamed Arroudj

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