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Algérie : de l’unité du mouvement populaire

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Le Hirak, la question du développement dans un capitalisme de catastrophe

La halte observée par la révolte en Algérie en raison de la pandémie a permis à plusieurs de sortir de l’euphorie et du vertige des manifestations de masses pour prendre du recul et s’interroger sur de nombreux aspects inhérents au mouvement populaire.

On assiste à une multiplication des débats et même des controverses qu’on doit considérer, à mon humble avis, comme une sorte de catalyseurs pour la contestation.

On tente, çà et là, de donner du contenu aux slogans scandés dans les manifestations, on aborde la question de l’organisation, des perspectives, du projet pour l’Algérie de demain, la nature du soulèvement pacifique, les moyens à mettre en œuvre pour faire avancer les revendications populaires, l’influence des courants politiques et bien d’autres questions aussi intéressantes les unes que les autres.

De l’évolution du mouvement

L’intifadha populaire de février 2019, née pour dénoncer le 5e mandat de Bouteflika, une revendication qu’elle a fait aboutir, a permis aux Algériens de comprendre qu’ils pouvaient aller plus loin et exprimer plus d’exigences.

L’euphorie des manifestations grandioses et une certaine unité retrouvée ont, malheureusement, fait oublier à ces masses qui envahissaient les villes et les villages de toute l’Algérie, de réfléchir sur le projet politique qui réponde à ses exigences et sur les moyens à mettre en œuvre pour le concrétiser.

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Si au début, on pouvait débattre de tout et on avait assisté à l’émergence de tribunes, un peu partout dans le pays, où de simples citoyens pouvaient s’exprimer et dire ce qu’il leur tenait à cœur, mais, bon an, mal an, cette brèche s’est rétréci, l’invective, l’insulte et la propagande ayant pris place et lieu du débat contradictoire. On ne débat plus, on marche et chante et on prête allégeance.

Pour un projet unitaire qui traduit les aspirations démocratiques et sociales des Algériens

Depuis quelques mois, une nouvelle ritournelle se fait de plus en plus persistante et dès qu’on s’aventure à évoquer ou à préciser une quelconque aspiration des Algériennes et des Algériens ou qu’on évoque l’idée d’un projet pour le mouvement populaire, choses qui ne plaisent pas à certains cercles, on vous la sort comme une formule magique censée vous museler. Il s’agit de la formule suivante « ce n’est pas le moment, notre but est de renverser le régime ». Et pour mieux vous culpabiliser et vous faire taire, ils vous servent le fameux « et c’est le sandouq (l’urne) qui va trancher ».
Si pour certaines honnêtes gens, l’inquiétude autour de l’unité du mouvement que pouvait engendrer ce débat contradictoire peut être légitime, en revanche, pour les instigateurs de ce genre de réflexion, la remontrance est loin d’être innocente.

Lire : Tribunal de Koléa : le procès de Karim Tabbou renvoyé au 14 septembre

Évidemment que la revendication de l’unité populaire est, dans l’absolu, une aspiration juste, mais il est nécessaire de traiter les questions afférentes : quelle unité ? Avec qui ? Et pour quel(s) objectif(s) ?

L’unité à laquelle nous aspirons n’est pas celles des chapelles, ni même celle orchestrée par des chapelles, mais plutôt celles des Algériennes et des Algériens autour de leurs aspirations à la liberté, à la démocratie, à une justice sociale réelle, à l’égalité économique et à la protection de l’environnement, à l’égalité effective entre les hommes et les femmes.

L’unité avec toutes les Algériennes et tous les Algériens et tous ceux et toutes celles qui veulent faire aboutir ce projet alternatif. Il s’agit là d’une unité claire autour de revendications qui le sont tout autant. L’objectif de cette unité est de trouver tous les moyens possibles et imaginables pour faire aboutir ces revendications.

Il s’agit ici d’une véritable unité et non de cette unité de façade que des forces qui craignent de rendre publics leurs projets pour l’Algérie de demain. Des forces qui cachent un projet opposé à celui que traduisent les revendications des manifestant.e.s, un projet qui travestit les aspirations des Algériennes et des Algériens.

Les libertés, toutes les libertés

La démocratie ne se réduit pas à des élections périodiques, mais un véritable pouvoir populaire qui aura tous les moyens de contrôler les représentants qu’il aura désigné en toute liberté, loin de l’influence des médias aux services des puissants et de l’argent pour séduire et acheter des humains. La démocratie qui va garantir aux citoyens le droit de révoquer les élus à tous les niveaux et à tout moment, le droit des travailleurs de faire grève et de manifester sans aucune restriction et celui du peuple de se soulever à tout moment.

Révolution, dîtes-vous ?

Tout doit être soumis au débat contradictoire, à la discussion apaisée avec la participation effective des Algériennes et des Algériens. On ne peut accepter que des scénarios soient échafaudés dans le dos du peuple.

La rue est en droit d’être aux faits de tout ce qui se dit au sujet de son mouvement et elle doit être l’émanation de tout ce qui a trait à sa révolution. Seul le peuple est souverain.

Tout ce qui se trame dans les diverses officines, quelles que soient leurs obédiences, loin des masses populaires, relève de la contre-révolution. Dans une révolution, on ne muselle pas, on débat de tout, on travaille à politiser le peuple, à le conscientiser, à démasquer les imposteurs, quel que soit le masque derrière lequel ils feignent de se dissimuler.

C’est ainsi que les artisans de ce bouleversement pourront agir de façon consciente et organisée pour mener leur mouvement à bon port.

De Rachad et des autres imposteurs

Je vais commencer par cette nébuleuse intégriste, car le contexte l’impose. En effet, depuis quelques semaines, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, pour de bonnes ou de mauvaises intentions, cette organisation, mais surtout ses gesticulations sont au cœur de l’actualité du mouvement populaire.

D’abord, sa composante ne peut et ne doit laisser personne indifférent, sauf les crétins et les naïfs ou alors les affidés. Ses chefs comme Mourad Dhina, terroriste qui a assumé et revendiqué des crimes publiquement et qui n’a jamais exprimé le moindre remord, Zitout qui a vociféré sur de nombreux plateaux de télévision son soutien aux groupes armés qui sévissaient en Algérie, ne peuvent être considérés comme des personnes ordinaires. Ils ont, au moins, des comptes à rendre.
Ces deux personnes n’ont jamais exprimé le moindre remord, la moindre compassion pour les familles des innocents qui ont été éliminés.
Bien au contraire.

Aux premières heures de la contestation, les partisans de ce mouvement étaient plus vigilants, moins vindicatifs, même s’ils travaillent à noyauter le mouvement dès le début. Mais on a vite assisté à la mise en place d’un discours réfléchi avec pour objectif remettre en selle l’islamisme défait politiquement et militairement avec,?évidemment, leur porte-voix qu’est la chaîne de télévision Al Magharibia. Des islamistes impliqués jusqu’au cou dans le tragédie des années 90 s’y égosillent à longueur de journées. Le problème n’est pas là, et ils ont évidemment tout à fait le droit de le faire.

Le problème, c’est cette volonté de ce groupe et de ce média de disculper et de dédouaner le FIS et ses groupes armés de leur responsabilité dans la terreur qu’ils ont imposée aux Algériens des années durant et des crimes nombreux qu’ils ont assumé et revendiqué publiquement (les déclarations sont enregistrées et consultables et accessibles),

Il s’agit d’un révisionnisme insupportable d’autant plus que les événements sont récents et que beaucoup d’entre-nous les avons vécu. Ce discours est répété sans cesse et ceux qui osent le contredire sont rapidement, accusés d’être à la solde des services ou d’agents de la France ou à la solde de l’Occident où ils vivent dans leur grande majorité.

Sur le terrain, comme d’autres forces politiques dites démocratiques, ils ont vilipendé l’auto-organisation du mouvement comme ils ont refusé que soient intégrés les revendications sociales, culturelle et bien d’autres.

Nos premières critiques datent déjà de plusieurs mois et c’est justement au sujet de ce révisionnisme rabâché sans cesse qu’elles s’attaquent. Pour eux, le problème se résume à la formule « le pouvoir a déclaré la guerre au peuple et c’est tout. »

Les question des choix économiques, des services publics et bien d’autres sont étouffées systématiquement. En réalité, toutes ces forces n’ont de projets que replâtrage et rafistolage et qu’ils souhaitent, non pas libérer le peuple de la misère, de la tyrannie et de l’humiliation, mais à remplacer le personnel politique actuel par eux-mêmes, en maintenant les politiques, notamment économiques, qui ont conduit au désastre que nous connaissons.

Par leurs ruses, le populisme effréné qui ne vise qu’à éluder les vrais questions, ils cherchent à folkloriser le mouvement, l’infantiliser et, in fine, le dépolitiser pour mieux l’embrigader.
Dans une révolution, on bâtit des forteresses pour défendre les acquis, les représentants, on éduque le peuple en débattant avec lui de tous les sujets pour que sa conscience augmente et ses choix soient réfléchis pour protéger comme sa vie sa révolution contre les attaques d’où qu’elles viennent. Et les menaces ne manquent pas. Il faut pour cela une vigilance et une mobilisation de tous les instants.

En définitive, l’unité que nous devons bâtir c’est celles des classes populaires, ces millions de personnes qui descendent dans la rue pour leur liberté, leur dignité, contre tous ceux qui veulent leur imposer des politiques dont on connaît les effets désastreux sur la vie de la majorité des citoyens. L’unité de ceux qui veulent la souveraineté réelle du pays vis à vis des puissances dominantes et néocolonialistes et celle du peuple dans sa prise de décision.

Mohamed Arroudj

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Citoyenne
Citoyenne
5 mois plus tôt

Instaurer une véritable démocratie n’est pas un chemin droit et clair car il y de multiples facteurs parfois contradictoires et j’en citerai deux : le premier c’est de savoir à qui l’on a à faire en face de soi , on va dire le pouvoir en place ,mais surtout qui on a à côté de soi : sacoquiner avec les islamistes du gabari d’un Benhadj et d’un Dhina ennemis déclarés et assumés de la démocratie et qui ont du sang sur les mains c’est commettre une atteinte grave à la démocratie qu’on veut instaurer c’estla condamner à mort…on se demande… Lire plus »

Fouad
Fouad
5 mois plus tôt

Avis partagé en partie, oui il faut savoir qui on a en face mais qui pourrait le dire avec certitude? C’est trop facile d’en désigner le pouvoir, oui il n est pas parfait, certains pensent qu’il y a eu un changement profond d’autre non. Moi je regarde les faits, et les faits sont là, on a évité de justesse une autre décennie noire. Peut être même une division complète de l’Algérie et un bain de sang ! Nous tous algériens on doit s’améliorer, changer vers le mieux pas que notre gouvernement. Le danger je le voit dans ces voix cachées… Lire plus »

Nedjam
Nedjam
5 mois plus tôt

Bonjour
J’adhère complètement aux propos de M. Arroudj.
Par contre, cela reste un beau discours qui finira rapidement dans les oubliettes s’il n’est pas soutenu par une et même plusieurs actions en cours ou à venir ainsi qu’une structure politique pour encadrer ces actions.
Or, rien n’est proposé dans ce sens…
Amicalement
Hamid Nedjam

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