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Le 1er Mai au temps du coronavirus

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Un 1er Mai en pleine pandémie : seule la lutte paye !

Cette année, les travailleurs du monde entier ne pourront pas occuper la rue, à l’occasion du 1er mai, pour dénoncer leurs conditions de vie de plus en plus difficiles ainsi que la précarisation généralisée du travail, et ce, en raison de la pandémie de coronavirus qui sévit.

Il y a évidemment d’autres moyens de célébrer cette date ô combien importante dans l’histoire de la lutte des travailleurs.

Les travailleurs, ces véritables créateurs de richesses, sont ceux qui continuent à faire en sorte que nos sociétés continuent à vivre. A l’hôpital comme dans l’agroalimentaire et le commerce et bien d’autres secteurs d’activité dits indispensables, des millions de travailleurs, sans les moyens de protection nécessaires, souvent avec des salaires dérisoires, continuent à fournir le nécessaire pour que la vie continue.

Ce sont les travailleurs qui créent les richesses

Beaucoup y ont malheureusement laissé leur vie. Aujourd’hui, nous mesurons l’importance des travailleurs dans la vie et le fonctionnement des sociétés, ceux-là mêmes que bien des experts désignaient naguère comme des charges pour les entreprises en parlant sans gêne du « coût du travail ».

Lire : PST : « Non au confinement de nos libertés démocratiques et de nos acquis sociaux ! »

Dans les grands pays capitalistes, on a souvent souhaité cette baisse de ce « coût » pour être davantage plus concurrent entre eux et évidemment pouvoir vendre moins cher, afin de faire davantage de profits.

Ainsi les cadences et le rythme du travail sont devenus de plus en plus insoutenables.

Par ailleurs, les délocalisations des 20 dernières années organisées par les grands groupes, partis dans les pays où le coût du travail est de loin inférieur et les conditions de travail souvent déplorables. Les travailleurs de ces pays sous-développés sont systématiquement exploités. Le chômage endémique dans ces pays ne laisse pas de choix aux travailleurs. Les syndicats et le droit de grève sont, comme vous l’imaginez, inexistants.

Les ateliers de fabrication où des travailleurs s’épuisent à moins d’un dollar par jour, sont souvent des hangars bâtis à la hâte de façon précaire. Des drames humains ont déjà eu lieu suite à leurs écroulements.

Lire : RCD : « La révolution de février 2019 n’est pas une simple demande de démocratisation formelle »

L’effondrement du Rana Plaza à Dacca, la capitale du Bangladesh en est une illustration parfaite. Ce drame appelé « catastrophe de Dacca » qui a eu lieu le 24 avril 2013 a fait 1135 morts et de nombreux blessés. L’immeuble de 8 étages abritait des ateliers de confection de vêtements pour des magasins en Europe et en Amérique du Nord.

On savait que l’immeuble, propriété d’un dirigeant local présentait des risques d’effondrement, mais aucune mesure n’a été prise pour remédier à la situation.

Les délocalisations qui ont pour but de trouver des travailleurs corvéables à merci, dans les pays pauvres vont, en même temps, générer une pression sur les travailleurs des pays industrialisés.

Le chantage inacceptable du patronat

Avec la désindustrialisation qui en résulte, le travail devient rare et le chômage massif. Le patronat se trouve ainsi en mesure d’imposer des rythmes de travail de plus en plus intenables, de précariser à outrance le travail et de geler les salaires.

On assiste alors à l’émergence d’une catégorie de travailleurs dits pauvres. Ils travaillent, mais n’arrivent même pas à se loger, à envisager un avenir serin.

Lire : FFS : « Ce 1er Mai doit marquer le début d’un nouvel ordre social »

Le temps partiel et l’intérim sont généralisés. Les capitalistes sont contents d’avoir à leur disposition cette masse de travailleurs prêts à vendre leur force de travail pour pas grand-chose. Des travailleurs, souvent non syndiqués, contraints d’accepter leurs conditions peur de se retrouver au chômage de moins au moins indemnisé.

Toutes ces mesures sont évidemment en faveur des grandes entreprises, surtout celles qui sont cotées en bourse qui voies leurs actions s’envoler à chaque fois qu’on porte avec succès des mauvais coups aux travailleurs.

Un mois de pandémie et de confinement a mis en évidence, pour les tenants du mépris de classe, l’importance vitale des petits et des sans grades. Que serions-nous devenus sans les infirmier.es, sans auxiliaires de vie, sans les caissières et les autres travailleurs du commerce, sans les travailleurs du nettoyage et bien d’autres ? Des travailleurs envoyés au « front » sans ou avec trop peu protection et souvent sous-payés.

La faillite des syndicats et de la gauche traditionnelle

Bien évidemment, toutes ses atteintes aux droits des travailleurs n’auraient jamais eu lieu, sans la compromission des directions syndicales, dans tous les pays à travers le monde. Ces directions ont, en effet accompagné toutes les politiques économiques et sociales engagées en défaveur des travaux. Ils ont cautionné les mesures, les traités, les accords qui ont eu des effets catastrophiques sur les travailleurs et leurs conditions de vie.

Les partis dits de gauche ont eux aussi accompagné ces mêmes politiques, lorsqu’ils n’étaient pas les principaux instigateurs.

Lire : Le SG de l’UGTA : Tebboune a apporté des réponses « sans équivoque »

De plus, ils ont contribué à décrédibiliser, aux yeux des travailleurs, l’alternative d’une gauche véritable. En optant pour les mêmes politiques que la droite, ils ont conduit à l’affaiblissement quand ce n’est pas à la déroute de cette classe ouvrière.

Le rôle nocif des médias

Un autre élément et pas des moindres dont il faut, à mon avis, tenir compte avec beaucoup d’acuité est le rôle des médias qui sont dans leur écrasante majorité inféodés au système capitaliste et aux puissants.

Leur rôle est nuisible dans le sens où ils sont constamment dans la propagande contre les travailleurs, leurs représentants syndicaux et politiques qui y sont dénigrés systématiquement par une armée de faux experts et de chroniqueurs.

Toute cette presse de gouvernement qui s’en prend aux luttes des travailleurs doit être dénoncée et nous devons redoubler d’efforts pour faire émerger des médias alternatifs pour être les porte-voix des travailleurs et des démunis.

Les leçons de la pandémie

La pandémie a mis en évidence l’innocuité des politiques économiques et sociales menées au profit d’une minorité de privilégiés. Leurs effets sur les services publics se sont avérés catastrophiques. Le secteur de la santé, victime des coupes budgétaires systématiques depuis des années et de réformes visant à le rentabiliser, a failli s’effondrer. Il a fallu une mobilisation salutaire des travailleurs de la santé pour éviter le naufrage.

Tout le monde a pu constater cela et la sympathie dont bénéficie le personnel de ce secteur est là pour le prouver.

Mais les capitalistes avides ont mal vécu cela et ils sont rapidement montés au front pour exiger l’augmentation du temps de travail, la suppression des congés et l’accélération du déconfinement, malgré les avertissements du monde scientifique.

Ils ne pensent qu’à leurs profits et la vie des simples travailleurs leur importe peu.

Au foot, on dit que la meilleure défense, c’est l’attaque. C’est cette stratégie que le grand patronat semble adopter. Il passe à l’offensive pour contenir les remontrances et les éventuelles actions des travailleurs après la pandémie.

Nous ne sommes évidemment pas dupes. Ils veulent faire payer la faillite du système qu’ils nous ont imposé. Ils veulent qu’on accepte encore une fois les dérives de leurs politiques néfastes.

Ils acceptent les aides par milliards des gouvernements et exigent quand même que les travailleurs paient les conséquences de la pandémie.

Ce n’est pas possible. Leur monde fait de profits, de plus en plus de profits, de la destruction de l’environnement, de pollution, d’égoïsme, de concurrence entre les travailleurs doit appartenir au passé.

Pour une autre politique économique

Pour parer à la nouvelle ère qui va s’ouvrir, nous devons imposer la solidarité de classe partout dans les pays et entre les pays. Nous devons agir pour qu’une nouvelle économie qui tienne compte des besoins réels des citoyens et de la sauvegarde de l’environnement.

Face au chômage présenté par les tenants du système comme inéluctable, nous devons leur opposer le partage du temps de travail entre tous.

Les travailleurs ne sont pas des robots. Ils ont besoin de temps pour leur famille, leurs loisirs et l’activité physique.

Évidemment, cela n’est possible que si les travailleurs, leurs représentants ainsi que les militants qui souhaitent qu’un nouveau monde émerge unissent leurs forces pour créer un rapport de force en leur faveur.

Par ailleurs, des forces réactionnaires et obscurantistes sont à l’affût. Dans un contexte comme celui que pourrait générer l’après pandémie, elles peuvent, en proposant le repli identitaire et les égoïsmes nationaux, constituer une voie suicidaire et conduire les travailleurs à des drames insoupçonnés. Il est judicieux de rappeler des propos de Gramsci qui siéent au contexte : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.»

Mohamed Arroudj

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