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Le 20 avril, repère historique et marqueur idéologique

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Printemps noir

Il y a 40 ans, une conférence sur la poésie Kabyle a été interdite, et c’est le déclenchement du Printemps berbère qui s’est soldé par l’arrestation de 24 militants différés devant la cour de sûreté de l’État.

L’événement, devenu patrimoine de tout amazigh en Afrique du Nord, est le point de rupture idéologique entre l’arabo-islamisme qui a procédé à la construction des nouveaux États nord-africains post-indépendances et l’option progressiste de l’opposition démocratique émanant des profondeurs de la société et de la population.

Le séminaire de Yakouren, tenu quelques semaines plus tard, a bien défini cette rupture entre « le haut » et « le bas », entre les gouvernants et les gouvernés et surtout entre la nouvelle « bourgeoisie » et la classe populaire pour reprendre les termes de l’époque, d’ailleurs c’est la revendication berbère qui débouchera plus tard sur les questions démocratique, des Droits humains et de la bonne gouvernance.

Lire : De la portée historique du Printemps berbère

C’est dans l’euphorie des célébrations du Printemps berbère qu’un autre printemps, noir celui-là, allait être inauguré par les forces de sécurité algériennes en 2001 et sous les ordres du même régime qui a déjà réprimé en 1980 et en 1963 lors de la rébellion du FFS. Le 18 avril, un lycéen est abattu dans une brigade de gendarmerie à At Dwala, près de Tizi-Ouzou. L’événement aurait pu rester là si les autorités de l’époque, sous Bouteflika et Ali Benflis, son Premier ministre, ont pris les décisions qui s’imposaient dans de pareilles circonstances, à savoir la suspension du gendarme coupable, la sanction de ses responsables directs ainsi que la tenue d’un procès pour rendre justice à la jeune victime et à sa famille.

Et bien, non. Fidèle à ses pratiques de violence et de mépris vis-a-vis de la population, le régime algérien a préféré l’escalade. Le ministre de l’intérieur, Yazid Zerhouni (ancien du MALG*, faut-il le rappeler), au lieu de présenter des excuses, a traité le jeune lycéen de « voyou », ce qui a mis le feu aux poudres et la Kabylie, déjà humiliée par Bouteflika à maintes reprises, s’embrasa. 128 autres manifestants furent assassinés dans des heurts violents entre les citoyens de Kabylie et les forces de l’ordre. La région entre en désobéissance pendant 3 ans, comme ce fut le cas en 1994 quand un million d’écoliers et d’étudiants kabyles ont boudé l’école algérienne.

Lire : Printemps amazigh d’avril 1980

De rupture idéologique à rupture politique voire ethnique, les violences du Printemps noir ont vu les formations politiques implantées en Kabylie dépassées par les événements et un courant autonomiste voit le jour. Ce dont le régime algérien depuis 1962 accusait la Kabylie est devenu réalité, notamment après la manipulation grotesque des pourparlers entre le mouvement citoyen de Kabylie et Ahmed Ouyahia, alors Premier ministre de Bouteflika.

Cloîtré dans son obstination à ne pas « céder » devant la revendication berbère, conjuguée à d’autres revendications sociales et syndicales, et englué dans des affaires de corruption à grande échelle, le régime de Bouteflika et de ses parains militaires a creusé davantage le fossé entre la Kabylie, toujours soupçonnée de « sécession » et les institutions algériennes, entre la société et ses représentants, entre la population et ses gouvernants.

Le fossé est tellement profond que le 16 février 2019, un mouvement populaire inédit submerge la nomenclature qui n’a rien vu venir pendant 20 ans de dilapidation des deniers publics et de musellement de toute voix discordante. Toujours enclin à la manipulation et à la diversion, le successeur de Bouteflika, et en pleine ébullition de la contestation, le chef d’Etat major de l’armée Gaid Salah interdit le drapeau amazigh croyant isoler la Kabylie et ainsi affaiblir la mobilisation. Des dizaines de jeunes seront arrêtés et condamnés pour « atteinte à l’unité nationale », rien que cela !

La rupture idéologique et politique s’est transformée en rejet total et radical, pas seulement en Kabylie mais couve décidément toutes les couches de la population et toutes les régions du pays, rupture accélérée par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies de l’information qui donnent accès à l’information longtemps contrôlée par le régime et la police politique. Décidément, aucun compromis n’est possible et la revendication culturelle a basculé vers une demande du départ du régime et la construction d’une nouvelle entité politique basés sur la décentralisation de la décision, la reconnaissance de la diversité territoriale et politique ainsi que l’adoption de la démocratie comme système de gouvernement. De la légitimité historique et « la nation arabe » à la « réconciliation nationale » en passant par « la sauvegarde de la République », les bases du régime algérien  se sont effritées l’une derrière l’autre.

Il est intéressant de voir comment une demande de quelques berbéristes en 1949, bannis, voire exécutés par le mouvement national algérien, s’est mutée en l’espace de 70 ans en un projet de société inédit en Afrique et assumée décidément par la population longtemps isolée et marginalisée dans la gestion de ses propres affaires et dans la tenue de son destin. Le 20 avril représente clairement cette rupture historique, idéologie et politique et l’Algérie de demain ne pourra en faire l’impasse.

Ahviv Mekdam

(*) Ministère de l’armement et des liaisons générales, ancêtre du DRS, les services algériens.

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Mellah hocine
Mellah hocine
7 mois plus tôt

Le 20 Avril, une date mais un symbole pour toutes les générations futures. Déjà 40 ans, au dessus de l’âge moyen de l’Algérien, mais aucune ride , aucune distorsion aucun oubli. Sauf que le gouvernement de l’époque, soit le gouvernement Benflis I, comportait un certain nombre de ministres qui sont aujourd’hui dans leurs geôles. Mais pour le gouvernement BENFLIS II, juste après le printemps berbère, il comportait un certain ministre de l’habitat et de l’urbanisme qui est actuellement à la tête du pays. Nul ne peut oublier cette lourde histoire qui a ressurgit un certain 22 Février 2019.

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