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« De grâce, libérez notre justice », par Bachir Dahak

La Rédaction

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Justice algérienne

S’il y a un secteur de la vie nationale autour duquel il y a unanimité et urgence pour sa refondation c’est bien celui de la justice et de tous ceux qui contribuent à la faire ou à la défaire, qu’ils soient magistrats, parquetiers, greffiers, officiers de police judiciaire, walis, députés ou ministres.

Pendant toute la durée du hirak, le besoin de justice est resté un des mots d’ordre des marcheurs, la dénonciation de la « justice du téléphone » un des slogans les mieux partagés d’est en ouest, du nord au sud.

Lire : Affaire Karim Tabbou : une plainte déposée à l’ONU

L’accueil toujours triomphal qui a été réservé à Benyoucef Mellouk, un de nos premiers lanceurs d’alerte sur ce sujet, est bien le signe que tous les citoyens, toutes professions et toutes wilayas confondues, ne veulent plus de ces magistrats poltrons, suivistes, affairistes qui n’hésitent pas à ignorer des dispositions claires du Code Pénal parce qu’un wali, un chef de région militaire ou un nouveau riche leur a adressé quelques instructions.

L’accumulation impressionnante des interpellations puis des condamnations d’honorables citoyens sous des chefs d’inculpation rocambolesques, les bricolages honteux de la procédure pour humilier encore plus Karim Tabbou ou pour maintenir indûment en détention Abdelouahab Fersaoui et tous les autres détenus d’opinion, les représailles à l’encontre des rares magistrats téméraires et audacieux dans cet océan de félonie et de couardise, la contradiction manifeste dans les procédures, tout cela n’est malheureusement pas nouveau.

Lire : Détenus du hirak : des juristes interpellent les instances internationales, dont l’ONU

Aussi loin que remonte notre mémoire récente, la justice de notre pays regorge de ces voies de fait commises par les personnes supposées les sanctionner.

En 1992, lorsque le Président Boudiaf décide de faire arrêter à Tamanrasset le fameux Hadj Bettou, un trafiquant notoirement connu, repéré par les services de sécurité mais protégé par un général bien en vue, il est déféré devant le Tribunal Militaire de Blida alors qu’en sa qualité de civil c’est devant le Tribunal civil de Tamanrasset qu’il aurait dû être présenté. Ses protecteurs mafieux ne voulaient prendre aucun risque pour lui et encore moins pour eux.

Cerise sur le gâteau, les deux ou trois officiers qui avaient alerté le président Boudiaf sur ce délinquant transfrontalier disparurent dans de troubles circonstances. Le 29 Juin 1992, le Sous-Lieutenant Lembarek Boumaarafi vide son chargeur sur le Président Mohamed Boudiaf avant d’être interpellé par les autorités.

Lire : Benyoucef Mellouk : « Ce n’est pas aux magistrats de mener la transition »

C’est un militaire qui relevait amplement des Tribunaux Militaires, soit celui de Constantine territorialement compétent, soit celui de Blida parce que son unité était basée dans la 1ère Région Militaire. Contre toute attente, Lembarek Boumaarafi est présenté devant le Tribunal d’Alger parce que le D.R.S. pouvait compter sur l’extrême servilité du Procureur Général de l’époque Abdelmalek Sayah qui sera récompensé du poste de Consul Général d’Algérie à Lille et Bordeaux.

A l’image du Procureur Adjoint du Tribunal de Sidi Mhamed, Sid Ahmed Belhadi qui avait requis la relaxe des prévenus en faisant l’éloge du hirak et de ses revendications, il y eut au Tribunal Militaire de Blida un Procureur qui défraya la chronique par un comportement inattendu à ce niveau de responsabilité.

Dans le procès qui fut intenté en 1993 au Général Mostefa Benloucif, ancien militaire des maquis, par ses pairs, issus et déserteurs de l’armée française, le colonel Belkacem Boukhari, en sa qualité de Procureur, au lieu de lire un réquisitoire, fit l’éloge du prévenu parce qu’il était convaincu d’une injustice flagrante. Je suis persuadé que ce procureur militaire savait que le général Mostefa Benloucif n’était pas non plus un ange mais il n’acceptait pas qu’il soit poursuivi sur la base d’un rapport contestable et partial qu’El Watan avait cru bon de publier en intégralité.

Pour le remercier, Belkacem Boukhari fut invité à partir en retraite à cinquante-trois ans.

Je vous fais grâce de tous les procès de la honte contre d’excellents gestionnaires des entreprises publiques résumés dans le livre de feu Ali Koudil, intitulé à juste titre « Naufrage Judiciaire » dont on ne conseillera jamais assez la lecture aux jeunes générations.

Cela fait donc trop longtemps que nos juges ont accepté de plier sous le poids d’un système politique corrupteur et corrompu mais qu’ils ont accepté de continuer à servir. Cela fait donc trop longtemps que contrairement à ce qui est écrit sur tous leurs jugements, la justice n’est pas rendue au nom du peuple mais bien au nom d’une mafia qui, contrairement aux autres mafias connues dans le monde, possède un Etat, un drapeau, des ambassades, une armée et une police.

Le hirak a dévoilé la véritable nature de ce pouvoir procédurier, fait vaciller une partie de son architecture et de ses équilibres, fait voler en éclats toutes ses tentatives de récupération et fait connaître les femmes et les hommes qui bâtiront l’avenir.

Pour la suite, le chantier est gigantesque et sa réussite est tributaire, entre autres moyens, d’un véritable système judiciaire pour abolir la pagaille et l’à peu près, réhabiliter la norme et la parole de nos avocats mais surtout pour renvoyer tous ces clowns malfaisants qui occupent indûment nos tribunaux.

Bachir Dahak, écrivain
Le 19 avril 2020

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Mellah hocine
Mellah hocine
6 mois plus tôt

Monsieur Bachir Dahak , on ne peut que nous incliner devant autant de justice, autant de vérités et autant de leçons éclairant notre esprit. Vous avez évoqué les éclaireurs d’ombre, comme ce vieux jeune Benyoucef Mellouk qui a su nous etaler toute une vérité, avec 600 dossiers, sur l’institution judiciaire constitués de magistrats faussaires. Si Mr Benyoucef à eu à visiter les geôles du pouvoir, d’autres comme Mohammed Boudiaf à payé de sa vie la vérité qu’il allait divulguer. Mais, aujourd’hui, il existe encore des hommes et des femmes dans les institutions Algériennes qui savent écouter le peuple et qui… Lire plus »

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