Connectez-vous avec nous

Actu

« Covid 19 » : de l’urgence sanitaire à l’urgence économique

Publié

le

Confinement algérie

Le « Covid 19 », de crise sanitaire sans précédent, est en train de devenir une crise économique inédite dont on ne connaitra l’impact réel qu’une fois le confinement, à l’issue aujourd’hui incertaine, prendra réellement fin.

Cette crise en gestation est totalement différente des crises économiques précédentes que le monde a connu en 1929, 1987 et 2008. Contrairement à la crise de 2008 dite des « subprimes » celle-ci est la conséquence directe du confinement imposé par les Etats à près de la moitié de l’humanité. En 2008 elle avait  pour cause des banques américaines mal régulées qui ont pris des risques excessifs. Elles ont contaminé dans leur faillite le système financier mondial (sauf l’Inde et la Chine), et répercuté leurs déboires à l’économie réelle.

Cette crise du « Covid19 » est caractérisée par l’arrêt momentané de toutes les activités, en dehors de celles liées aux besoins essentiels de la population. Les activités se sont arrêtées  en attendant de trouver un remède ou un vaccin à cette pandémie. Cette situation qui met les travailleurs au chômage technique fragilise les entreprises qui se retrouvent sans carnet de commandes ni trésorerie. Elles finiront par répercuter cet état de défaut à leurs fournisseurs par des impayés et fragiliser leurs banques.

Lire : Covid-19 : l’austérité comme seul horizon de l’après-pandémie ?

Pour prévenir une crise systémique les Etats occidentaux et le Japon en particulier et leur Banques centrales (FED en Amérique et BEI en Europe notamment) ont déjà pris les devants et annoncé qu’ils soutiendront sans limite leur économie. Elles mettent sur la table des sommes astronomiques, pour à la fois assurer un revenu décent à tous les citoyens sans exception (travailleurs, chômeurs, artisans, sans abris et même parfois migrants sans papiers …) par une indemnisation du chômage partiel durant le confinement,  une aide aux entreprises en garantissant les prêts, en étalant les impôts et en effaçant ou en reportant les charges sociales.

Les banques centrales rachèteront tous les emprunts et deviennent des garants en dernier ressort de tous les crédits contractés par les entreprises, les artisans et commerçants qui seront financés par le «Quantitative easing» autrement dit « la planche à billet ». Elles maintiennent les taux dans la zone négative pour rendre le crédit attractif pour les entreprises et rémunérateur pour les banques en achetant des obligations, des actions et les dettes des Etats.

Lire : Deux économistes tirent la sonnette d’alarme et conseillent

Ainsi, ces pays vont contracter pour ce faire des dettes énormes comme jamais vu par le passé. La dette de 2008 contractée par ces Etats pour soutenir les marchés financiers  a été estimée à 1,7 % du PIB mondial alors que les différentes annonces de ces derniers jours, qui peuvent encore augmenter, représentent déjà 10% du PIB des Etats Unis, 8% pour la Grande Bretagne. Mais au total, les montants cumulés des économies occidentales représentent déjà 2,8 % du PIB mondial alors que l’on ne mesure pas encore toute l’ampleur de cette crise pour les semaines à venir. Il est estimé que seulement 2 mois de confinement couteraient près de 3% à 6 % de croissance de PIB mondial.

Une seule obsession guide l’action de tous ces Gouvernements : « aucune faillite » ne sera admise et aucune perte d’emploi. L’hypothèse qui sous tend cette  démarche est que le retour à la normale sera lent mais que le rebond sera vigoureux à la fin du confinement et qu’il faudra l’accompagner. Ils veulent faire en sorte que les petites entreprises puissent traverser la crise sans faire faillite, alors que leur chiffre d’affaires plonge, que leurs dettes et leurs charges s’accumulent et qu’elles ne sont pas sûres que les clients reviennent. Les secteurs les plus impactés sont le tourisme, la restauration, les artisans, le transport aérien, l’aéronautique, l’automobile et l’industrie des loisirs, en particulier.

Lire : Algérie : va-t-on vers un scénario autoritaire ?

Ces dispositifs ont également pour but de préserver les entreprises de raids étrangers sur leur capital, notamment les grands groupes industriels. Le Gouvernement français envisage même des nationalisations temporaires pour les plus fragiles au moment de la relance. Les pays occidentaux ont découvert leur grande dépendance économique. Celle-ci leur est apparue trop importante notamment au niveau santé,  à l’égard de l’Asie et en particulier de la chine. Ils appellent  leurs groupes mondialisés à effectuer en urgence des relocalisations notamment dans le domaine de la santé et des biens essentiels à leur population pour mettre fin à des « interdépendances dangereuses » pour elles, induites par la mondialisation.

Les effets de la crise sanitaire sur l’Algérie

En Algérie, après une année de récession profonde de toute l’économie qui a tout de même montré une certaine résilience en ne s’effondrant pas totalement durant toute la durée du Hirak,  le « Covid19 » est vraiment mal venu et arrive au pire moment.

Force est de constater que l’élection présidentielle du 12 décembre n’a pas réussi à mettre fin à l’agitation politique du Hirak qui s’est arrêté in extremis avec sagesse suite aux mesures de confinement donnant ainsi un répit salutaire au pouvoir.

Lire : Confinement à Blida : « On n’a rien à manger, on va sortir »

Par ailleurs, les prix du pétrole qui conditionnent structurellement toute la viabilité économique du pays en assurant 93 % des importations et environ 60 % des recettes du budget et près de 40 % du PIB, sont au plus bas avec un prix inférieur à 30 dollars depuis plusieurs semaines et ne dépassera probablement pas les 40 dollars dans les mois à venir. Cette nouvelle donne complique aujourd’hui encore plus l’équation économique.

On connait parfaitement les tares de l’économie algériennes avec des projets mal ciblés, des infrastructures ne constituant souvent qu’un moyen pour s’enrichir,  une  gouvernance défaillante, l’entreprise et le savoir dévalorisés, une mauvaise  gestion et surtout la  corruption qui s’est socialisée et un système éducatif inadéquat. Il faut y ajouter une bureaucratie  envahissante et paralysante, l’instabilité du cadre juridique ainsi que le système monétaire national qui est déconnecté du système monétaire mondial et l’incrédibilité du système d’information sur l’économie. La productivité globale est une des plus faible au niveau de la région MENA.D’autre part, il y a la prolifération du secteur informel qui représente selon des estimations près de 45 % de l’activité économique. Les divers mécanismes de soutien à l’emploi de jeunes  n’ont toujours pas permis d’endiguer de manière durable le chômage des jeunes.Les entreprises privées œuvrent dans un cadre public et toute l’économie ne fonctionne que dans le cadre de la commande publique.Le taux de croissance inférieur à 3% en moyenne est trop bas alors que les demandes sociales sont grandes.

Les réponses du gouvernement

Pour y faire face le Gouvernement issu des dernières élections semblait, bien avant le confinement, quelque peu désemparé devant l’étendue de la crise économique et n’a pu dégager aucune direction et orientation bien définie ou cap à suivre. Le programme du Gouvernement présenté devant le Parlement est trop général et semble suivre le même sillon tracé par ses prédécesseurs. Son programme dans sa partie économique est assez flou, manque de souffle et de projection sur l’avenir et n’a pas par exemple remis en cause la Loi de finances du Gouvernement précédent, sauf à la marge. Il a envisagé l’annulation des mesures “discriminatoires” à l’égard des professions libérales et l’exonération d’impôts des salaires de moins de 30 000 DA, entre autres, déjà contenues dans le programme électoral du Président élu.

Lire : Quelques leçons de la crise du coronavirus

Il devait promulguer une Loi de Finances rectificative ou complémentaire et y a renoncé car apparemment la copie présentée lors du Conseil des Ministres qui devait l’adopter a été jugée peut-être insuffisante ou déjà dépassée. En effet comment adopter une Loi de Finances complémentaire avec un baril de pétrole en dessous de 30 Dollars alors que la Loi de Finances non remise en cause était indexée sur un baril à 50 dollars ?

Il semble en effet que sur le plan économique le Gouvernement a manqué d’idées ou apparemment n’a pas trouvé de consensus au sein du pouvoir. On assiste à l’élaboration de programmes économiques, en comité restreint avec la participation de l’administration en  excluant tous les acteurs impliqués dans la vie économique, les entreprises, les syndicats, les « think tank » et les experts indépendants.

Au préalable et dans tous les cas, il est illusoire de croire que les réformes économiques ou un nouveau deal économique puissent  donner des résultats sans l’aboutissement des revendications populaires et un consensus social et politique capable de mobiliser toutes les couches de la société et en particulier la jeunesse.

Parce que l’Etat en tant qu’instrument de régulation et de contrôle de la société s’est totalement effondré sous les mandats de Bouteflika, Il est devenu un pouvoir privé au service des hommes du régime qui l’ont utilisé pour s’enrichir et se partager la rente pétrolière sans aucun contre pouvoir. Ils ont instauré la corruption comme instrument de Gouvernance. Au lieu d’investissements structurants préparant l’avenir, le régime Bouteflika et même ceux qui l’ont précédé, ont opté pour des mesures populistes et utopiques basées sur la distribution de la rente pétrolière en abusant des subventions pour acheter la paix sociale. Les procès des hommes politiques et des oligarques de cette période, actuellement incarcérés, nous l’ont illustré de façon dramatique et pitoyable et de manière spectaculaire en dévoilant un enrichissement sans cause indécent de très grande ampleur.

L’après confinement

Comme nous l’avons vu plus haut tous les pays qui sont entrés dans le confinement ont pris toutes les mesures pour éviter une récession sévère de leur économie en affichant  les montants nécessaires pour chaque catégorie bien déterminée. Le Gouvernement algérien a demandé aux entreprises publiques et privées de mettre au chômage technique 50 % de leur effectif en plus des femmes enceintes ou celles qui ont des enfants. Il n’a pas indiqué les conditions de leur prise en charge sinon de faire des demandes plus tard pour examiner leur éventuelle prise en charge sans indiquer les montants nécessaires à leur financement et par quelle partie (caisse de chômage, assurances, Fonds de solidarité ?). La Banque d’Algérie vient d’instruire les Banques de reporter les échéances de remboursement des prêts des entreprises en mettant en place un mécanisme de facilitation des allègements réglementaires,  sans que cela soit contraignant pour les établissements financiers et sans pour autant indiquer en face l’engagement clair de l’Etat pour un montant déterminé de garantie de ces prêts.

Il est très important de veiller durant cette période à ce que le tissu économique déjà très fragile et en récession depuis plusieurs mois ne tombe pas dans la dépression économique avec des entreprises ayant atteint un niveau d’endettement intolérable, sans trésorerie. Elles risquent des faillites en série entrainant un chômage au-delà du tolérable. Tout en sachant que déjà environ 5 millions de personnes travaillant dans le secteur informel occupent des emplois précaires mal rémunérés et sans couverture sociale. Il faut absolument veiller à ce que cette situation ne débouche pas sur le désespoir avec son lot d’insécurité sociale pouvant entrainer des émeutes violentes et destructrices que le Hirak a jusqu’à maintenant réussi à canaliser pacifiquement.

Aujourd’hui il est inutile de se poser la question de savoir si le financement  non conventionnel (la planche à billet)  est utile, dangereux ou pas, dans cette phase il doit être mobilisé pour sauver les citoyens et les entreprises non seulement de production mais l’ensemble des acteurs économiques y compris les restaurants, les hammams ou les coiffeuses et tous ceux qui peuvent se retrouver dans une situation précaire. Nous l’avons dénoncé auparavant car non opportun à l’époque et auquel d’ailleurs le Président de la République s’est dit opposé. Il faut savoir que cette option se paiera à moyen terme par de l’inflation ou un endettement plus lourd. Mais il s’agit de sauver l’économie d’un collapsus dont elle ne se relèvera probablement pas si rien n’est entrepris par l’Etat et ses institutions souveraines. Car les contributions personnelles des citoyens ou du personnel politique ne peuvent faire illusion face à la crise parce que les montants en jeu mobilisés dans ce cadre sont totalement insignifiants au regard des besoins sociaux en attente. 

En réalité à la fin du confinement il faut donner du pouvoir d’achat à ceux qui ont perdu de nombreuses semaines de travail et qui n’ont aucun filet social. Les entreprises doivent pouvoir lisser leurs dettes et transformer leurs dettes à court terme en dettes à échéances plus longues et bénéficier de nouveaux crédits garantis par l’Etat, et non à la discrétion des banques, pour repartir sur de bonnes bases et compenser les salaires de ceux qui sont restés confinés.

A moyen terme, une réorganisation de notre système de santé et un budget adéquat devra lui être consacré en veillant à promouvoir et renforcer l’industrie pharmaceutique au sens large sur le sol national avec le concours de partenaires étrangers fiables : médicaments, instruments et appareillage.

Mobiliser sans complexe toutes les ressources financières

Il faut absolument faire feu de tous bois pour faire face à ce défi et à côté du financement non conventionnel, il y a lieu de mobiliser les crédits extérieurs pour les projets d’investissements industriels et autres à la rentabilité avérée. Dans ce cadre il faudrait permettre au secteur privé d’y accéder sans aucune restriction bureaucratique tout en veillant à ne pas trop aggraver la dette  du pays qui est aujourd’hui insignifiante. Elle est à moins de 5 % aujourd’hui et elle peut à notre avis, avec une gouvernance rigoureuse, avoisiner 30 à 45 % du PIB sans trop de risque.

Toutefois, il sera difficile de déterminer les conditions d’emprunt sur le marché financier international car l’Algérie n’est plus cotée depuis le début des années 2000 et son rating ne sera probablement pas très favorable malgré des taux d’intérêt négatif actuellement sur le marché. Il faudrait d’abord aller dans un premier temps vers les institutions multilatérales (Banque Africaine de Développement, Banques islamiques, Banque Européenne de Développement) et les Fonds souverains arabes et chinois … . Il s’agit d’insuffler une dynamique de croissance économique, d’investissement local et étranger sans le 51/49 et l’ouverture de zones franches notamment en direction des investisseurs chinois intéressés par notre proximité et notre accès privilégié aux marchés européen et africain.

Cela permettrait de créer un grand nombre d’entreprises qui seraient capables de verser des salaires plus importants pour mettre fin à « la pauvreté salariale[1] » qui caractérise notre économie et d’appliquer une politique salariale en fonction des performances, de la productivité et non selon des critères sociaux ou politiques.

L’amélioration du climat des affaires est primordial car c’est un gage donné aux investisseurs locaux et aux capitaux étrangers de venir investir dans notre pays et créer la richesse et des emplois pour notre jeunesse. Il s’agit de rendre notre pays attractif aux IDE (Investissements directs étrangers).

Le but ultime de cette politique économique serait de sortir du tout pétrole et d’amorcer des projets structurants capables d’exporter au moins 30 % de leur production sur le marché international.
L’insertion dans la chaine de valeur internationale est primordiale pour réaliser notre insertion dans l’économie mondiale, source de transfert technologique et amorcer un développement réel et tourner définitivement le dos aux lubies idéologiques et nostalgiques du régime postindépendance qui n’a fait que maintenir le pays dans le sous-développement et l’infantilisme.

Les réformes essentielles

« D’abord le cœur, comme nous l’avons écrit au début du Hirak[2], de la bataille économique est la restructuration et la modernisation du système financier (Fiscalité, Bourse, terminaux de paiement, e.banking, digitalisation, …) pour offrir aux entreprises des instruments de financement souples en dehors des crédits bancaires et faire jouer aux banques leur véritable rôle dans l’économie en prenant des risques. Il devrait également offrir au Trésor public des sources fiables de financement. La Banque Centrale devra retrouver son indépendance et le Conseil de la Monnaie et du Crédit devra être réhabilité. Il est important que ces deux instruments retrouvent leur indépendance pour échapper aux fluctuations politiques et qu’ils puissent veiller sur l’utilisation efficiente des réserves monétaires extérieures du pays et piloter les instruments nécessaires pour contrer l’inflation et réguler le système bancaire et débureaucratiser sans délai les pratiques financières ».

L’autre bataille pour sortir du confinement n’est pas tellement de faire baisser sans discernement les importations  et le budget de fonctionnement de 30 % mais de réfléchir aux postes qui peuvent être diminués sans trop de risque. Le premier poste est celui des subventions qui sont de l’ordre de 13 % du PIB pour l’alimentaire, et qui peuvent être selon les estimations que nous avons faites pour l’année 2012 (énergie, habitat, eau, agriculture,  en particulier) à près de 30 % du PIB soit environ 60 milliards de dollars. Ils peuvent être diminués au moins de moitié  d’ici un à deux ans en ciblant uniquement les catégories précaires et les bas salaires au lieu d’arroser toute la population.

L’autre grand poste qui pèse en moyenne 11 milliards de dollars est celui des services notamment les services pétroliers et le transport maritime qui peuvent être partiellement réduits si on change effectivement la réglementation dans ce domaine. Il est évident que les projets ferroviaires ou de nouveaux aéroports deviennent peu pertinents aujourd’hui. Il en est de même de plusieurs projets non essentiels programmés auparavant. C’est également le cas du budget de Sonatrach déjà concerné par les restrictions. Mais il faudrait également se pencher sur les budgets de l’armée et celui des Moudjahidines qui reste élevé malgré la disparition de nombreux bénéficiaires.

La limitation des importations est une mauvaise piste, ce qu’il faut rechercher c’est comment booster les exportations de produits disponibles notamment les produits agricoles, agroalimentaires, de la pêche et miniers qui ont beaucoup de mal à contourner les obstacles bureaucratiques pour s’exporter.

La fin du confinement devrait être une opportunité pour amorcer une ère économique nouvelle de concertation  et une révision opportune des anciennes pratiques de gouvernance populistes et toxiques.

Mahrez Hadjseyd
Economiste


[1] Expression employée par l’ancien ministre des Finances A. Benachenhou. On remarquera que les salaires en Tunisie et au Maroc sont en moyenne de 30 à 40 % supérieurs.

[2] « La révolution des petits fils de novembre 1954 » TSA du 26 mars 2019

1 Commentaire
S'abonner
Me notifier des
guest
1 Commentaire
plus anciens
plus récents plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Mme Attatfa Nadia
Mme Attatfa Nadia
2 années plus tôt

Pensez au plus vite aux commerçants profession libérales et aux papa chômeurs. Mes enfants souffrent des difficultés de la vie. Libérez les crédits bancaires aux forfaitaires tel que soit le chiffre d’affaire. Merci infiniment pour votre dévouement.

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Publicité

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

A La Une

Articles récents

Coronavirus en Algérie

Populaires

1
0
J'adorerais vos pensées, veuillez commenter.x
()
x