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Covid 19 : les contraintes nationales et internationales de la problématique

La Rédaction

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Covid 19 Monde

La situation sanitaire mondiale liée au Covid 19 ne cesse de s’aggraver. Sauf miracle, elle se prolongera. Le monde entier est désemparé laissant entrevoir des défaillances fréquentes et plus ou moins partagées, entre Etats, en matière de politiques publiques de la santé.

A l’international, déjà, il est certain, à vue d’œil, que les démarches initiées contre la pandémie sont loin de garantir un évitement de l’hécatombe ou une issue rapide à la crise. La médecine des Etats avancés n’a pas encore cerné tous les contours du mal.

Le confinement est, pour l’instant, la seule solution qui fait à peu près l’unanimité des réponses des Etats face à la pandémie. Le problème se complique vraiment si se confirment les dernières études virologiques (notamment suisses) lesquelles annoncent que le malade qui guérit du Covid 19 n’est pas pour autant immunisé de toute nouvelle contamination.

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La polémique franco française (seulement ?) sur l’usage de la chloroquine pose de grosses questions sur les jeux et enjeux de ces réponses gouvernementales. Les dirigeants des Etats du monde –en particulier ceux des Etats qui comptent- n’ont pas compris ou refusent, pour le moment, de comprendre qu’un fléau sanitaire de cette nature et de cette ampleur nécessité une stratégie et une action d’emblée internationales.

Il est curieux de voir le rôle de site internet d’information mondiale auquel est réduite l’OMS, alors même que des fonds privés mobilisés depuis fin 2017 sous forme d’obligations de la banque mondiale (« pandemic bond ») contre les épidémies vont être restitués, entre mars et juillet prochain, à leurs déposants qui en ont, depuis trois ans, recueilli 12% d’ intérêts bancaires.

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Le fléau trouve l’Algérie livrée à deux données lourdes de dangers pour nos concitoyens.

La première est celle des conséquences d’une politique de la santé qui essaie depuis des décennies de désengager l’Etat sans pour autant offrir une alternative cohérente et efficiente qui garantit la prise en charge de toutes les couches sociales. Elle se traduit par des structures de santé publique livrées à elles mêmes depuis des décades, sans formation ni moyens.

La seconde réalité est celle de l’illégitimité du pouvoir qui déteint gravement sur celle des institutions de l’Etat dont la pérennité est fortement ébranlée, et la réactivité et l’efficacité sont quasi nulles. L’incompétence et la manipulation de l’information restent de rigueur même au seuil de la tombe.

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Cette seconde contrainte trahit – et c’est grave – des tentations à l’instrumentalisation du mal pour annihiler toute chance de reprise future de la révolution citoyenne contre le système autoritaire. Mais le plus dangereux est ce sentiment, vérifié chaque jour, que notre gouvernement et ses décideurs n’ont pas encore appréhendé toute la dangerosité de la situation

En matière de traitement, l’Algérie a inclus la fameuse chloroquine qui serait même déjà utilisée dans les hopitaux. Elle a opté pour un semi confinement consistant en un couvre feu nocturne dans 11 wilayas et en l’interdiction des rassemblements et fêtes, la fermeture de certains espaces publics comme les cafés, restaurants et mosquées, l’isolement d’accès de la ville de Blida en tant que plus grand foyer épidémique.

Nonobstant la marge de manipulation des chiffres, les statistiques des atteintes sont très basses et évoluent en hausse de manière très lente. Elles sont linéaires là où elles doivent être exponentielles comme c’est le cas dans tous les pays. C’est d’abord parce qu’il n’ ya pas de politique sérieuse de dépistage. La réalité du pic épidémique qui arrive sur nous va faire voler en éclat tout l’échafaudage statistique frauduleux dans les tout prochains jours.

Le confinement total eût été impossible sachant qu’il suppose l’obligation d’approvisionner les foyers et qu’il arrêtera totalement la machine économique déjà grippée. En tout état de cause, si les citoyens observent une auto discipline sérieuse, le confinement, même partiel, réduit certainement de manière importante les possibilités de propagation du virus. L’efficacité totale est impossible, même sur une période assez longue, du fait qu’il y’a toujours des pans de la population qui échappent au confinement et qui sont donc exposés à contaminer ou être contaminés et parce qu’il n’y a pas de dépistage systématique.

Alors quid de l’efficacité de la riposte algérienne au fléau dans cette double problématique locale et internationale ?

A l’évidence, le confinement est une solution insuffisante s’il n’est pas accompagné par une politique de dépistage et de traitement systématique à la chloroquine chaque fois que possible (cas rares de contre indications) de toute la population résidant en Algérie.

Ce triplet de solutions est d’autant plus indispensable que l’Algérie ne possède pas de moyens humains et matériels suffisants pour prendre en charge des nombres élevés de cas de complications respiratoires ou autres qui ne pourront que coûter plus cher au trésor public.

Une telle option prise, elle doit s’accompagner immédiatement d’une stratégie nationale de lutte qui mobilise tous les moyens humains, matériels et financiers nécessaires à sa mise en œuvre. Il faut rappeler, entre autres, tout le personnel médical valide parti en retraite et au besoin appeler des volontaires parmi ceux qui ont émigré. Le maximum de matériel de protection des divers personnels exposés et de dépistage doit être acheté sans oublier l’équipement respiratoire nécessaire. La production de chloroquine par Saidal doit être relancée au plus vite. Au besoin, il faut faire appel à l’aide internationale.

Le dépistage doit être décentralisé vers tous les hôpitaux de l’Etat et autres structures sanitaires publiques et privées qui peuvent en maitriser le process. Les cabinets privés de consultation doivent être inclus dans l’arsenal de lutte contre le Covid 19.

Le contexte historique d’un pouvoir/système autoritaire lourdement rejeté par la quasi-totalité du peuple algérien depuis plus de quatorze mois pèse lourdement sur les chances d’émergence d’une telle stratégie. Sur appel de larges secteurs de la révolution citoyenne, le peuple a fini par adhérer volontairement au mot d’ordre de suspension temporaire des manifestations massives de rue.

Mais cela n’a nullement colmaté le fossé entre dirigeants et dirigés. Bien au contraire, la crise sanitaire est la douloureuse occasion pour les citoyens de subir dans leur chair le bilan désastreux de l’absence, depuis des décades, d’une politique sanitaire efficiente, désastre dont une partie des responsables est toujours en place. La reconduction des mêmes pratiques faites d’autisme institutionnel, de laisser aller, de népotisme et d’incompétence dans la gestion de l’affaire du Covid 19, conforte, à l’évidence, le rejet du système en place. La mise à profit par le régime de la trêve sanitaire pour conduire une répression ciblée n’est pas faite pour arranger les choses. L’opacité communicationnelle de l’action des pouvoirs publics et leur réactivité médiocre accentuent le désarroi des citoyens et leur méfiance.

L’émergence, sur le terrain, d’initiatives citoyennes autonomes – heureuses en soi – pour faire face au fléau sanitaire est la meilleure expression de cette fracture. Cette auto organisation citoyenne spontanée, face au danger sanitaire, pourra-t-elle avoir sa pleine efficacité sans bénéficier des moyens de l’Etat et sans coordination avec les différentes institutions? Rien de moins sûr sachant, par exemple, que le dévouement de généreux donateurs pour importer des équipements de dépistage, de protection et de soins spécialisés ne peut aboutir que si le Gouvernement accepte d’en autoriser et couvrir en devises l’importation.

C’est pourtant en ce moment ou jamais que le pays a besoin de cohésion entre les citoyens et les pouvoirs publics. Il aurait suffi pour ces derniers de dire toute la vérité au peuple et de solliciter les vraies compétences pour concevoir et mettre en œuvre une vraie stratégie de sauvegarde de la santé des populations. Alors ? Quelle issue ? Les suites que connaîtra la gestion de cette situation sanitaire de la part du pouvoir décideront si elle alimentera et rebondira la crise révolutionnaire en suspens ou sera le prélude aux vrais changements pacifiques et consensuels que revendiquent les citoyens.

Au-delà de notre cas national, le monde a le choix d’opter pour des politiques nationales partielles et trop longues ou une stratégie internationale qui planifie l’éradication totale du virus en quelques mois. Cette dernière démarche (l’éradication totale du virus) est la seule qui prenne en charge les spécificités immunologiques liées à ce virus, notamment le risque de recontamination (jusqu’à trois autres fois selon un virologue suisse) d’un sujet déjà atteint.

L’Algérie n’est pas une ile qui vit en autarcie. Elle se doit de se déployer à l’international -aux cotés des autres Etats nombreux qui sont dans son cas – pour défendre la nécessité d’une stratégie mondiale d’éradication du virus COVID 19, dans le cadre de l’ONU et de l’OMS.

Il est évident qu’aucun pays ne peut se considérer tiré d’affaire tant que les autres Etats partenaires de la planète ne le sont pas.

Ali Brahimi
Alger, le 29 mars 2019

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Mellah hocine
Mellah hocine
1 mois plus tôt

Voilà une carte mondiale de la pandémie plus éclairante que celle proposée dernièrement par TF1 et reprise par votre journal. L’observation de cette carte nous révèle que les pays occidentaux, l’Europe de l’Ouest, les États Unis et le Canada, dont le mode de vie nous a toujours attiré, sont les plus touchés. Contrairement à l’Europe de l’Est, la Russie, l’Amérique Latine où les conditions de vie sont les plus pénibles ce qui « couvrent » plus ou moins leurs citoyens. La penibilite, les difficultes quotidiennes sont de natures à immuniser le citoyen contrairement aux citoyens de l’Ouest qui vivent aisément. La solidarité… Lire plus »

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