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Le coronavirus, le « Mal » et la « bonté divine »

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Religions et coronavirus

Les croyants du monde entier, dans les moments difficiles de leur vie, se réfugient généralement dans la religion et se remettent à Dieu, au Seigneur et à d’autres formes de divinité ou objets vénérés et lieux adorés. Cela constitue un phénomène tout à fait naturel. On cherche le réconfort, la protection et l’aide de la transcendance. Quoi de plus normal !

Là où ce recours à la religion interpelle, c’est lorsque, durant des épreuves comme les catastrophes naturelles et sanitaires ou autres, certains religieux et croyants les attribuent à Dieu qui sévit pour les punir d’avoir dévié du droit chemin.

Cette attitude est commune à toutes les croyances et est également loin d’être le propre de notre époque. En effet, le clergé et d’autres autorités religieuses ont souvent culpabilisé leurs ouailles les accusant de comportements hérétiques et déviants à l’origine de la colère divine. Combien n’avons-nous pas entendu d’assertions du même acabit à la suite de séismes, de sécheresses ou de graves inondations.

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Je me rappelle d’une scène, dans un taxi où un client développait justement le même type de raisonnement à la suite du tremblement de terre qui a dévasté des quartiers de l’Est d’Alger. En substance, il disait que ce séisme est un châtiment divin pour nous punir, car des gens consomment de l’alcool et les femmes s’habillent n’importe comment.

Ma réponse, somme toute banale, l’a grandement dérangé et il s’est même montré désagréable envers moi. Pourtant, je lui avais juste dit qu’au Japon, par exemple, les séismes étaient monnaie courante et que le nombre de victimes était souvent dérisoire, car ils avaient développé des techniques antisismiques qui permettaient d’atténuer considérablement ce genre de catastrophes.

Lire : Coronavirus : Tebboune ferme écoles et universités mais pas les mosquées !

Nous avons également entendu, à l’occasion de la pandémie que nous subissons, des propos identiques à la suite de la fermeture des mosquées. Par exemple, c’est Dieu qui est à l’origine de ce fléau et qu’il fallait l’accepter en tant que tel et se remettre à lui (Dieu) pour trouver le salut. Dieu a ses raisons de nous infliger ce mal nécessaire, ajoutent certaines voix.

D’autres propos plus graves sont tenus, ça et là, par des citoyens ordinaires et rapportés par des médias, sans les critiquer ni les commenter. On a entendu, par exemple : « Nous nous sommes des croyants, on ne sera pas touchés par le virus, ce sont les koufar (infidèles) qui vont le subir. »

Ce discours est malheureusement courant, jamais nuancé et, plus grave encore, nie toute autre réflexion rationnelle ou scientifique.

Même les autorités de tout ordre n’ont jamais osé torpiller ce genre d’insanités par pur populisme. Au contraire, ils se plaisent à utiliser la religion pour maintenir le peuple dans l’ignorance. Cela n’est pas l’apanage de la religion musulmane, loin s’en faut ni spécifique à notre époque

Le Mal et la bonté divine

Ce débat sur « Dieu et le Mal » a fait couler beaucoup d’encre, notamment chez les philosophes du 18e siècle. Ils étaient divisés sur la coexistence du mal et de la bonté divine.

Le violent tremblement de terre qui a dévasté la ville de Lisbonne en 1755 et qui a tué plus de 100 000 personnes a poussé Voltaire à écrire un poème légendaire.

Un poème où il pourfende les philosophes allemands, comme Leibniz, qui considèrent ce monde comme le meilleur des mondes et le « Mal » qui s’y trouve n’est qu’un « Bien » plus grand et que Dieu a créé le meilleur des mondes possibles.

Dans ce poème intitulé « Poème sur le désastre de Lisbonne ou Examen de cet axiome : tout est bien » décrit l’horreur, les cris des victimes, notamment les enfants, la chair écrasée et déchiquetée. Dans la préface au poème on peut lire :

« L’axiome Tout est bien paraît un peu étrange à ceux qui sont les témoins de ces désastres. Tout est arrangé, tout est ordonné, sans doute, par la Providence ; mais il n’est que trop sensible que tout, depuis longtemps, n’est pas arrangé pour notre bien-être présent. »

Voltaire rejette cette conception et pense qu’il manque l’espérance en l’avenir dans cet axiome. Il y insiste sur l’innocence des enfants, responsables d’aucun mal sur la terre.

Cette notion du Mal est également au cœur de La Peste d’Albert Camus. Tandis que le Dr Rieux se battait contre l’épidémie dans la ville d’Oran mise en quarantaine, le prêtre Paneloux voit dans la peste une punition de Dieu. Dans ses prêches, il invite les fidèles de plus en plus nombreux en ces temps de peste, à la rédemption et leur reproche leur attitude et leur comportement.

Il assiste à la mort atroce d’un jeune enfant, qui le bouleversa profondément. Il se réfugie dans le silence et meurt seul, sans avoir demandé l’aide du Dr Rieux et de la médecine, lui aussi victime du même fléau.

Le débat n’est donc pas nouveau ni propre à l’Islam. Il a marqué la pensée humaine depuis les temps les plus reculés.

Les tremblements de terre, les volcans et autres catastrophes sont des phénomènes naturels et non causés per quelconque transcendance pour punir des gens pour leur agissements ou leurs comportements déviants. Bien des maladies ont disparu de la surface de la terre grâce à la science.

L’intelligence humaine a développé bien des techniques pour limiter les effets néfastes des séismes. Croiser les bras et imputer à Dieu tous les maux du monde, c’est chercher la facilité et dissimuler son incompétence. La raison et la science doivent primer. Cela n’empêche personne de croire et d’aimer Dieu.
Mohamed Arroudj

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