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Coronavirus : ces travailleurs qui risquent leur vie pour les profits des patrons

La Rédaction

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Travailleurs coronavirus chômage

Alors que la crise sanitaire s’installe, des villes sont plongées dans un confinement total (Blida) ou partiel (Alger) et d’autres encore, certaines entreprises du public, mais surtout et largement du privé, continuent de faire travailler leurs employés au péril de leur vie et celui de la société toute entière.

Logique des patrons face à la crise

Seul le profit prime ! Tel semble être le credo de nombreux patrons, qui font fi des recommandations de l’Etat de libérer 50% des travailleurs. Aussi dérisoire soit cette mesure -surtout lorsqu’on sait que près de la moitié des travailleurs ne sont pas déclarés- elle ne semble nullement contraignante pour des chefs d’entreprises peu enclins à la préservation de la santé de leurs employés.

Lire : Coronavirus en Algérie : confinement partiel de 9 autres wilayas à partir de demain

Or, malgré les mesures prises par le gouvernement, qui stipulent que les pertes occasionnées par la libération des 50 % des effectifs, seront examinées et évaluées pour une prise en charge ultérieure par l’Etat (avec l’argent du peuple), les témoignages et dénonciations se font entendre sur le maintien de la même cadence de travail dans différents secteurs en grand dam des recommandations des professionnels de la santé qui appellent à la distanciation sociale et au confinement pour endiguer la propagation de la pandémie. Surtout lorsqu’on sait que le minimum de protection fait défaut (bavettes, gel hydroalcoolique, gants…etc).

Lire : Texte intégral du communiqué de la réunion du Haut conseil de sécurité sur le Coronavirus

Le cas du groupe Cevital est peut-être le plus emblématique de ce bafouement. Derrière les discours sourcilleux et la charité peu convaincante de son patron Issad Rebrab exprimés bien haut, se cache la réalité amère des ateliers en bas. Seuls les travailleurs ayant des maladies chroniques sont dispensés de la charge du travail, qui de plus est, soustraite du congé annuel. Les autres employés continuent à effectuer leurs tâches quotidiennes le plus normalement du monde sans bavettes ni gants. Une réalité qui contraste avec les propos lénifiants du même Rebrab qui annonçait vouloir acquérir du matériel médical pour les hôpitaux !!! Mais ce que ne dis pas cet oligarque, c’est avec la sueur de qui et avec l’argent de qui ces fournitures seront-elles acquises ?

Lire : Coronavirus en Kabylie : la gendarmerie casse le plan de confinement à Akfadou !

C’est donc cette logique si perverse qui laisse les travailleurs contracter le virus pour se faire soigner, si bonheur est de leur côté, avec du matériel dont il paye la facture.

Plus à l’est, les travailleurs de Brandt, une filiale du même patron qui produit des machines d’électroménager qui ne sont pas utiles pour cette période, subissent le même sort. Ils étaient même contraints d’observer un débrayage pour alerter de leur sort et du risque qu’ils en courent. La réponse molle de la direction de libérer qu’un effectif réduit et de garder le reste donne la mesure de la part de prévention que l’entreprise peut concéder.

Mais si le groupe Cevital est un cas d’école dans cette quête effrénée du profil, il n’est pas le seul sur le podium. D’autres patrons du privé comme du public préfèrent jouer avec le feu en gardant leurs employés en envoyant au calandre grec les recommandations du premier ministère sur l’allègement des effectifs. Des entreprises du textile, du bâtiment comme celles des services…etc, ont été peu scrupuleuses du danger que peuvent avoir les travailleurs et des mesures sanitaires adoptées.

Et quand on se résout à mettre à l’arrêt l’activité, on renvoie les travailleurs sans solde sans se soucier de leur situation de détresse.

C’est le cas notamment à Eniem qui a mis fin à son activité et qui a octroyé un congé sans solde pour les travailleurs ayant épuisés leur congé annuel. De même, que les employés des catering de Sonatrach, eux aussi renvoyés vers un congé sans solde. Cette catégorie sociale affrontera le confinement avec la double peine du risque d’être contaminée et celle de galérer à pouvoir se nourrir.

Les politiques libérales et la précarisation du travail

Mais cette réalité aussi choquante soit-elle n’a rien d’étrange. Elle nous renvoie de la manière la plus éclatante la nature de ces classes dominantes et du processus de leur formation. Issus des mailles du pouvoir, ces oligarques, ne connaissent du monde des affaires que le trafic d’influence, la corruption et l’évasion fiscale. Peu soucieux des conditions de travail de leurs employés (jusqu’à leur dénier de droit se syndiquer) en maximisant à l’extrême les cadences de travail pour un profil maximum.

Toute tentative de moralisation de leur conduite ne peut que faire long feu car les conditions objectives de leur formation, ascension et développement ne peuvent que leur imprimer le caractère outrancier qu’elles nous renvoient. Leurs palmarès qui coïncident avec les quatre décennies de libéralisation a été celui de la longue casse des acquis des travailleurs arrachés par de longue années de lutte et une guerre de libération particulièrement douloureuse.

C’est ainsi que la précarisation du travail constitue le point nodal de cette politique, comment pourrait-il en être autrement, lorsqu’on sait qu’il y a 4,5 millions de chômeurs (22% de la population active) et près de 45 % de travailleurs dans l’informel qui n’ont pas de protection en matière de droits du travail (retraite, couverture santé, sécurité de l’emploi). Ce nombre considérable de chômeurs et de précaire a engendré une pression sans équivalent sur le salaire des algériens, ce qui a fait de lui le salaire le plus bas de la Méditerranée et qui n’occupe que 29% du PIB contre 40% dans les années 1980, et le salaire maximum vaut 35 fois le SNMG !! Ces données nous expliquent à la fois le degré de la précarisation des masses laborieuses et le fossé entre les classes sociales en Algérie.

De même lorsqu’on observe l’évolution de l’IRG ces dernières années qui a progressé de 16 à 26% alors que l’impôt sur les bénéfices des sociétés a chuté de 19.9% à 14.5 %. Cette politique de classe, menée par un Etat de classe au service de la classe des exploiteurs ne peut que déboucher sur les déviances dont les procès de quelques oligarques emprisonnés ne donnent qu’un sommaire aperçu. C’est avec ce même staff politico-oligarchique qui a brimé le secteur public, notamment le secteur public hospitalier, que nous affrontons la plus grave crise sanitaire du siècle. Les résultats pour le peuple d’en bas sont connus d’avance. Mais les masses qui ont investi la place publique depuis plus d’une année doit faire preuve de résilience pour surmonter cette épreuve.

L’auto-organisation face aux logiques patronales

Le pouvoir a toujours été un goulet d’étranglement pour l’expression autonome des masses et leur auto-organisation, la crise sanitaire que nous vivons et qui dépasse le pouvoir, nous offre cette chance. Partout les travailleurs doivent exercer leur droit de retrait pour la préservation de leur santé et de leur vie, c’est à eux qu’incombe la tâche de contrôler la production et la distribution des biens et produits en fonction des besoins de la société et de libérer les branches non essentielles, tout en empêchant les licenciements.

Seule l’auto-organisation peut assurer un confinement efficient et tisser les réseaux de solidarité et combattre les spéculateurs et autres fraudeurs qui veulent tirer profit de la situation et ainsi éviter les surfacturations et les pénuries. Comme c’est la seule arme que les travailleurs disposent pour faire pression à la fois sur l’Etat pour s’équiper des moyens nécessaires pour un dépistage de masse, et un confinement des cas positifs, étant donné que la moitié des travailleurs sont dans l’informel, obligés d’aller travailler pour remplir leurs frigos.

Et enfin, c’est cette dynamique d’auto-organisation qui permettra de contrer l’instrumentalisation de la situation par le pouvoir pour légitimer son tournant répressif et d’imposer le rapport de force nécessaire pour la libération des détenus d’opinion, et à terme, dépasser les institutions d’un régime illégitime, qui est loin de palier à sa crise organique, et élire une assemblée constituante souveraine représentative des intérêts sociaux et économiques de la majorité.
Y. H.

Source : le site d’information www.bejaia06.com

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Mellah hocine
Mellah hocine
4 mois plus tôt

Un acharnement gratuit contre le plus grand investisseur national . Celui qui a été emprisonné par le régime puis relâché car rien ne lui a été reproché, celui qui a offert du travail direct et indirect à plus de 100 000 personnes. Aujourd’hui les règles sont bien claires , on lâche la meute puis on attend l’effritement du secteur de production . La pandémie reste une gestion de l’État Algérien , si cet Établissement existe avec ses différents décrets. Chacun prendra ses responsabilités face à cette situation. Comment ose t on confiner totalement une région ( Blida) sans pouvoir confiner… Lire plus »

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