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Le hirak, le coronavirus et l’enjeu de l’auto-organisation

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Hirak coronavirus auto-organisation

Les réseaux sociaux ont le mérite d’ouvrir et d’élargir le débat et de le rendre un tant soit peu visible et lisible. Quoique au niveau de la lisibilité, ça crée des confusions et des ambiguïtés. Certaines ambiguïtés sont même entretenus.

En ces temps de confinement, c’est le moment de relire les classiques. Pour certain-Es « la Peste » de A. Camus, pour d’autres « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. A chacun ses goûts et ses centres d’intérêts. Personnellement, je suis interpellé par le débat sur l’auto-organisation soulevé par des ami-es. Une question qui mérite qu’on s’y arrête.

Qu’est-ce que l’auto-organisation ?

Si on définit l’auto-organisation comme « un fonctionnement qui réagit de manière autonome ou indépendante à une perturbation ou à un désordre afin de s’adapter à son environnement changeant », il est valable jusqu’à une certaine limite, à l’échelle individuelle, groupe plus ou moins restreint ou une petite communauté.

Lire : Algérie : pour la rupture politique ou la révolution comme projet

Ce fut le cas dans certaines régions montagneuses d’Algérie dans un passé récent, notamment en Kabylie, avec la pratique de la Tiwizi (Twiza) ou de Tajmaât. La première est une sorte de volontariat ou de bénévolat collectif actionnée pour prendre en charge des travaux de la communauté villageoise ou pour aider une personne ou une famille dans le besoin ou en détresse.

Lire : Révolution, projet et démocratie : notes sur le Hirak

La deuxième est une sorte de structure politique désignée pour la gestion des affaires de la cité (une sorte de démocratie gentilice selon P. Bourdieu dans « Sociologie de l’Algérie »). Mais elle ne constitue pas un Etat ni  même un proto-Etat.

Ce fut le cas aussi, dans un passé lointain, chez les populations amazighes (Berbères) de la vallée du M’zab. Pour gérer leur cité dans un territoire désertique avec la rareté de l’eau, Thajmaât, cette démocratie gentilice, a servi d’organisation politique pour constitue un proto-Etat qui a plus ou moins perduré jusqu’aux temps modernes de l’Algérie indépendante.     

Lire : La démocratie, la Constituante et l’enjeu de la transition

Or, aujourd’hui, en ces temps modernes où le monde est structuré en Etat-nations, à l’échelle d’un peuple et d’un territoire de 42 millions d’habitant comme l’Algérie, l’auto-organisation, telle qu’on vient de la définir, ne peut pallier la structure étatique.

L’auto-organisation et l’Etat

Le recours à l’auto-organisation, au niveau politique, comme revendication dès le début du Hirak a comme objectif, non pas de pallier la défaillance de l’Etat, mais de le changer d’une manière radicale, de le démocratiser, c’est-à dire engager une révolution, ou à défaut une réforme.

Lire : Village kabyle : L’autogestion, c’est possible !

Car, à terme, cette auto-organisation sera confrontée à l’organisation étatique dans une logique de double pouvoir. A l’exemple parisien de 1871, comme première expérience, où femmes et hommes, dans les conditions de leur époque, sont parvenus à mettre en place une démocratie populaire et participative approfondie, tout en jetant les bases d’une République sociale véritable.

L’exemple des Comités populaires et des « arouch » lors de la révolte en Kabylie de 2001 est aussi un autre exemple, toute proportion gardée, de l’émergence des ingrédients d’un double pouvoir sans suite. Rappelons que pour une période d’environ 4 mois, les institutions de l’Etat étaient sous embargo. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Yazid Zerhouni, a même été interdit d’accès au siège de la wilaya de Bouira ! Sauf que, par leur nature, les « arouch » n’avaient pas de projet d’une quelconque République démocratique et encore moins sociale…

Aujourd’hui, face à cette crise induite par le Coronavirus, il y a danger de mort et péril en la demeure. Il ne faut pas tomber dans ce piège, un peu romantique, en pensant qu’il nous faut là une auto-organisation qui se substituerait à l’Etat et qui serait capable d’affronter ce fléau ! Les 42 millions d’habitants que nous sommes avons besoin de cet Etat, aussi défaillant soit-il, avec son armée de médecins, d‘institutions sanitaires, de fonctionnaires… Nous devons exiger des autorités qu’elles prennent toutes les mesures nécessaires à la protection sanitaire et sociale de la population, exiger de meilleures conditions de sécurité.

La mobilisation autonome des acteurs sociaux reste toutefois indispensable. Elle permet de s’entraider, s’informer, briser l’isolement dans lequel peuvent se retrouver des personnes… L’auto-activité du mouvement social est aussi une garantie démocratique irremplaçable. Il ne faut surtout pas oublier que l’autoritarisme des pouvoirs peut se renforcer en temps d’urgence sanitaire de ce genre, au nom de l’efficacité, comme en temps de guerre, comme ce fut le cas lors de la guerre antiterroriste que nous avons vécue. Il faut opposer à cette tendance lourde un front de mobilisation unitaire aussi large que possible.

Tous ces changements et ces questions méritent du temps. Mais on est dans l’urgence…

Nadir Djermoune (*)

(*) architecte-urbaniste, enseignant au département d’architecture à l’université de Blida

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Mellah hocine
Mellah hocine
6 mois plus tôt

Un mouvement populaire réclamant le changement du système politique qui a pris naissance en Février 2019 ne se prévaut pas d’une substitution à l’État. Au contraire , ce mouvement respecte les institutions de cet État , mais revendique la mise en place de pratiques plus transparentes, plus démocratiques. L’auto organisation ne veut pas dire , nécessairement, une organisation type organigramme, mais cette auto organisation est symbolisée par des revendications uniques sur tout le territoire national, les marchés et les slogans de chaque Vendredi et chaque Mardi en sont une preuve d’une auto organisation. Par contre faire un parallèle avec le… Lire plus »

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