Connectez-vous avec nous

Actu

De l’irresponsabilité intellectuelle de Lahouari Addi (actualisé)

Publié

le

Réponse à Lahouari Addi

Nous publions ci-dessous une contribution du Dr Abdelmadjid Aït Yala qui discute les propositions et idées politiques de Lahouari Addi, notamment ses dernières déclarations au sujet de l’islam et de l’islamisme. Nous reproduisons également en fin d’article la réaction du Pr Lahouari Addi.

Le Hirak, imperturbable et sûr de son fait, continue son combat. En ce 56e vendredi, il défie même le coronavirus. Il reste convaincu et concentré sur ses objectifs principaux, à savoir mettre fin au pouvoir militaire instauré en 1962 et l’édification d’une République algérienne démocratique et sociale.

Lire : Lahouari Addi à DzVID : « Les mou’amalate, c’est la vie publique ; les ‘ibadate, c’est la vie privée »

En parallèle certains intellectuels restent préoccupés beaucoup plus par leurs intérêts étroits. Ils usent et abusent de leur notoriété par des interventions qui soulèvent moult questionnements. Je parle de Lahouari Addi dont les dernières déclarations, qui du reste sont la suite logique de ses précédentes, doivent être débattues.

Je tiens à signaler qu’il s’agit d’un ami du lycée et de l’université et que sur le plan personnel, je ne nourris envers lui aucun ressentiment, car j’ai noté chez lui cette propension à considérer toute critique comme une attaque personnelle et cela me navre.

Lire aussi : Lahouari Addi : Faut-il avoir peur des islamistes ?

Je commencerais par sa réaction à la déclaration des membres du PAD suite à leurs assises au cours desquelles ils ont déclaré leurs engagements à œuvrer pour l’aboutissement d’un projet démocratique. Cette rencontre n’était pas la première du PAD et s’inscrivait dans la cadre de leurs activités. Personne ne s’attendait à un résultat miracle de ces assises sauf Lahouari Addi, pour qui la montagne aurait accouché d’une souris.

Ce commentaire assassin souleva des critiques et son auteur tenta de se défendre maladroitement en invoquant ses relations personnelles avec certains membres qu’il qualifia de patriotes. Ceci ne doit pas nous empêcher de nous poser des questions, tant il est clair que ce fut une réaction épidermique.

A lire : Oui, on doit avoir peur des islamistes !

En effet, Lahouari Addi reproche au PAD, qu’il juge naïf, une liste de revendications légitimes qu’il jugea largement insuffisantes. Il suggéra alors d’autres mesures telles que : la nomination d’un ministre civil de la Défense, la mise à la retraite de tous les généraux âgés de plus de 64 ans, la radiation de tous les militaires ayant des activités commerciales sous leurs noms ou sous des noms d’emprunt, la dissolution de l’Agence nationale d’édition et de publicité, la dissolution du FLN, du RND et de l’UGTA et des poursuites judiciaires contre leurs dirigeants ayant détourné de l’argent, autoriser la police nationale d’avoir des syndicats de policiers pour lui permettre d’échapper au contrôle du commandement militaire et d’être plutôt au service de la Constitution, faire dépendre la gendarmerie du ministère de l’Intérieur, faire prendre en charge la sécurité de la présidence et du président par la gendarmerie et la police nationale et non par les militaires, etc.

Il convient donc d’analyser ces demandes. Le ministre de la Défense, en l’occurrence Tebboune, est un civil. Dans un Etat de droit (tel que le réclame le PAD) la mise à la retraite de généraux âgés se fait automatiquement.

Lire aussi : « Confusion : un danger sur la révolution », par Saïd Sadi

La dissolution des partis FLN, RND et de l’UGTA est tout simplement illégale car rien dans leurs statuts ne la justifie. La constitution de syndicats de policiers ne peut en aucun cas garantir le non contrôle des militaires. La dépendance de la gendarmerie du ministère de l’Intérieur ne saurait être une solution, la répression que subit le Hirak étant confiée justement à ce ministère.

Le passage en revue de ces recommandations montre qu’elles manquent de sérieux et ont été faites pour les besoins de la cause. La question des vraies motivations d’Addi se pose alors. Il est intéressant de noter qu’il termine sa critique en décidant de ce qu’attend la population des « partis dits d’opposition », c’est-à-dire accompagner le hirak. Ces mots ne sont pas anodins. Il y a un désir latent de dénigrer. Les partis qui font partie du PAD ne sont pas des partis dits d’opposition mais des vrais partis d’opposition. Ils l’ont toujours montré et étaient victimes des attaques du régime en place. Saïd Bouteflika a été le premier à leur envoyer des batalguia. Ils ne veulent pas accompagner le Hirak « à la régime » mais ils en font partie. Ils le confirment chaque vendredi en participant aux marches et en se faisant matraquer.

En vérité Addi a durant toute sa carrière cultivé les paradoxes. Il a toujours critiqué la Sécurité militaire de Chadli, le DRS et maintenant vingt généraux, rarement le régime de 62. Il a même attaqué avec une virulence inouïe Mohamed Benchicou , en lui reprochant de critiquer Bouteflika et sa gouvernance. Désolé mais on ne peut pas être du côté du Hirak et ménager le régime et ceux qui l’ont instauré. Contrairement à ce qu’affirme Addi dans ses écrits, Boukharrouba n’est pas un super intelligent qui aurait surclassé les autres mais le Macron de la révolution algérienne. Ce n’est pas pour rien qu’il a dirigé sa wilaya de l’extérieur (le poste de responsable de wilaya étant opérationnel) et rien ne justifie sa nomination à la tête de l’Etat-major général (EMG) à sa création en 1960, au moment où on a commencé à entrevoir l’indépendance.

A ce propos, il aurait été souhaitable qu’Addi fasse ses recherches sur cette fulgurante ascension, au lieu de s’évertuer à inclure la révolution algérienne dans le nationalisme arabe. La première revendication publique de l’indépendance de l’Algérie, et dans son sillage tout le Maghreb, ayant eu lieu à Bruxelles en 1927 par Messali Hadj sous l’égide de l’Etoile Nord-Africaine. Quant à l’avenir de l’Algérie indépendante, il a été tracé et imaginé par le congrès de La Soummam. Et c’est la l’enjeu primordial de la crise actuelle.

Ce n’est pas par hasard que Djamila Bouhired, Bouragaa et d’autres patriotes sont attaqués à travers une pitoyable entreprise de les salir. Mais le Hirak s’est réapproprié l’Algérie et sa révolution. Il a réhabilité les héros et ce n’est pas par hasard qu’il clame : « Abane khala w’saya, dawla madania machi 3askaria ».

Il faut voir et revoir cette vidéo où un jeune citoyen assume son algérianité et décrète la sentence « yetnahaw ga3 ! » C’est ce qui s’appelle du génie populaire. Boudiaf, à un autre niveau, a fait pareil en déclarant « l’Algérie avant tout !»

Dans un autre registre, Addi s’acharne à imposer au sein du Hirak le débat sur l’islamisme politique. Avant d’aller plus loin dans ce sujet, il convient de rappeler les prises de position de Lahouari Addi , par rapport à la crise qui a secoué notre pays en 92. Il est inacceptable qu’un intellectuel participe à la propagande islamiste en avançant le chiffre de 250 000 morts. Sur quelles statistiques et chiffres fiables se base-t-il ? Il est inacceptable de reprendre le fameux « qui tue qui » utilisé par le sinistre guillotineur des Algériens durant les années 56, Mitterrand pour le nommer. Il n’y a jamais eu de guerre civile en Algérie.

Des islamistes manipulés et financés par des puissances étrangères (pays du golf et occidentaux) ont voulu instaurer par la force un régime théocratique en Algérie. Leurs violences ont commencé avec l’attaque de la caserne de Guemmar, bien avant les élections. Leurs crimes ont été revendiqués par leurs leaders à partir de capitales étrangères. Ils ont mis le pays à feu et à sang avec l’apport d’éléments étrangers. Mais leur projet a échoué.

Le rôle de la population et des patriotes a été déterminant. Tous ceux qui ont vécu cette terrible période en Algérie pourront témoigner. Maintenant, il vrai que les services ne sont pas des anges. Toute la lumière devra être faite sur les responsabilités et actes de Larbi Belkheir, de Nezzar et d’autres. Les assassinats de Boudiaf, Kasdi Merbah, Djillali Liabès, etc. doivent être élucidés.

Ces clarifications étant faites, et pour revenir au sujet du jour, selon Lahouari Addi l’islamisme est susceptible de suivre l’évolution de pays européens qui ont vu apparaître des partis dits démocrates-chrétiens ou sociaux-démocrates. Il fait même la promotion du parti Rachad (comme par hasard) en Algérie qui serait sur cette voix, en incluant dans la foulée le parti Nahda de la Tunisie. La réforme de la théologie musulmane est ainsi confiée à deux partis politiques nord-africains, auxquels il faudra ouvrir les portes du pouvoir. Ils se feront un devoir d’élargir la démocratie qui les aura conduits au pouvoir ! Le parallèle avec les démocraties chrétiennes est un peu osé.

En effet, la démocratie chrétienne est un courant politique qui s’inspire de la doctrine sociale de l’Eglise catholique et les écrits des penseurs chrétiens. Elle vise à concilier les principes démocratiques avec le christianisme. Elle cherche essentiellement à améliorer le sort des milieux populaires. Il n’est question nulle part d’imposer la religion chrétienne, de combattre les apostats, etc. Ces ambitions ne se retrouvent évidemment dans aucun programme politique des partis islamistes qui utilisent l’islam comme fonds de commerce politique.

Lahouari Addi semble confondre Islam et islamisme. L’objectif des islamistes est le pouvoir politique et non la réforme de l’islam. Cette dernière ne pourra être menée que par les élites, lorsque les sociétés musulmanes en sentiront la nécessité. Le monde musulman ne se limite pas au Moyen-Orient ou à l’Afrique du Nord.

Aussi l’Algérie, qui en est une infime partie, a tout à gagner en se réconciliant avec son islam authentique et tolérant qui est le rite malékite. Elle y gagnerait énormément et pourra alors se consacrer à son développement dans la sérénité, loin des tumultes théologiques.

En conclusion, l’Algérie traverse une étape cruciale de son histoire. Elle ne pourra se construire qu’en assumant son histoire et en affirmant sa propre identité.

Beaucoup de gens spéculent sur l’origine et source du Hirak. Il les puise au fond de ses trippes, de son appartenance à une terre qui est la sienne et qui l’a enfanté et façonné. Les diversions et autres querelles byzantines constituent un crime contre la nation. Car, à défaut de saisir cette chance, un autre Ferhat Abbas écrira : « J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les vivants et les morts, j’ai visité les cimetières, personne ne m’en a parlé…On ne bâtit pas sur du vent. » Cela voudra dire que nous avons encore échoué et que nous ne méritons pas cette terre généreuse.

Dr Abdelmadjid Aït Yala

Les précisions de Lahouari Addi

La rédaction aurait dû m’envoyer ce papier d’inquisition pour le publier avec ma réponse. C’est un papier incohérent, mensonger sur certains passages (ma critique contre Benchicou?).

Il parle de Boumediene (presque me reprochant de le reconnaître Chef d’Etat-Major !), de l’annulation de 92, du hirak et m’accuse de défendre des intérêts étroits. Lesquels ? Il me reproche aussi de poser la question « qui tue qui » et lui même demande que les assassinats de Merbah, Boudiaf, Liabes… soient élucidés. (Tu vas bien Madjid, pourtant tu étais fort en maths quand on était au lycée).

Il attaque mon analyse sur l’islam politique sans citer ni un article ni un livre. Il me reproche même d’avoir fait diversion avec le débat sur l’islamisme pour affaiblir le hirak, alors que c’est bien l’inverse.

Mais la partie où il se dévoile comme un soutien téméraire du pouvoir militaire, c’est lorsqu’il critique ma proposition d’un ministre civil de la Défense. Il répond : mais nous avons déjà un ministre civil de la Défense et c’est Tebboune. Au lecteur d’en juger.

Le problème avec ce papier, et aussi avec beaucoup d’autres, c’est que les auteurs ne défendent pas leurs vraies positions.
PS : J’avais en effet connu Aït Yala au lycée à Oran, mais après le bac nous nous sommes perdus de vue. Quelle formation et quel emploi a-t-il eu plus tard, je ne le sais pas.
L. A.

5 Commentaires
S'abonner
Me notifier des
guest
5 Commentaires
plus anciens
plus récents plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Ben Hillel
7 mois plus tôt

Prendre partie pour quelqu’un à s’abstenir, Sous peine de se voir fortement discrédités Le pays a besoin de construire une démocratie, pour tout les courants, et idéologies Et pour tout les algériens, sans exclusions, sans éradication, et sans radicalisme Mais avant de construire la démocratie, il faut construire une JUSTICE, une TRANSPARENCE Et un ETAT de DROITS, pour rétablir la confiance perdue des pauvres algériens marginalisés La laicité, sous les slogans « des droits de l’homme ?! », « des égalités?! » Des « libertés totales,….. de moeurs, de conscience, de culte, et du prosélytisme ?! » Les tentations régionalistes, le communautarisme, et l’intolérance faute de… Lire plus »

Abdelmadjid Ait Yala
Abdelmadjid Ait Yala
7 mois plus tôt
Reply to  Ben Hillel

Monsieur, je ne vous connais pas, aussi je m’interdis de porter sur vous le moindre jugement. J’ai lu et relu votre commentaire, je garde pour moi l’appréciation que j’en fais, ne voyant aucun intérêt à engager un débat juste pour débattre. Vous semblez avoir une grande estime pour celui que vous considérer comme un grand écrivain. C’est votre privilège et tant mieux pour lui. Mais vous comprendrez que le fait qu’il écrive, expose ses idées et pensées l’expose. Et conséquemment le fait aussi qu’un peu connu A. Ait Yala critique ces positions ne saurait constituer un sacrilège offusquant. Vous n’allez… Lire plus »

lahouari addi
lahouari addi
7 mois plus tôt

La rédaction aurait dû m’envoyer ce papier d’inquisition pour le publier avec ma réponse. C’est un papier incohérent, mensonger sur certains passages (ma critique contre Benchicou?). Il parle de Boumédiène (presque me reprochant de le reconnaître Chef d’Etat-Major!), de l’annulation de 92, du hirak et m’accuse de défendre des intérêts étroits. Lesquels? Il me reproche aussi de poser la question qui tue qui et lui même demande que les assassinats de Merbah, Boudiaf, Liabes… soient élucidés. (Tu vas bien Madjid, pourtant tu étais fort en maths quand on était au lycée). Il attaque mon analyse sur l’islam politique sans citer… Lire plus »

Benaldjia
Benaldjia
7 mois plus tôt

Pour comprendre où les intellectuels algériens établis dans l’hexagone vont, il nous faut comprendre d’où ils viennent et comment nous pouvons factuellement sortir du cercle vicieux de cette nouvelle vague de néo-colonialiste, dans lequel nous avons été enfermé par cette caste parasitaire «d’intellectualistes Frankenstein algérien » profitant de la mise de nos faiblesses et de notre système politique dissolu, sous tutelle de l’intellectualisme à la française. En effet, les événements que nous vivons en Algérie, nous permettent d’apercevoir petit à petit que l’introversion, l’hostilité de la nouvelle vague de Frankenstein algérien envers le pays, émane en fait de la haine… Lire plus »

Abdelmadjid Ait Yala
Abdelmadjid Ait Yala
7 mois plus tôt
Reply to  Benaldjia

Entièrement d’accord avec vous. les ambitions et intérêts personnels prennent le dessus. Et ce qui est affligeant c’est que nous perpétuons ces querelles byzantines qui nous ont miné tout au long de notre histoire depuis la nuit des temps.Ce diagnostic a été établi et résumé par Boudiaf: il suffit de placer l’Algérie avant tout, on assisterait alors à la naissance d’une grande nation.

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Publicité
Coronavirus dans le monde

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

A La Une

Articles récents

Coronavirus en Algérie

Populaires

5
0
J'adorerais vos pensées, veuillez commenter.x
()
x