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Hocine Belalloufi : «Le combat démocratique est désormais une exigence de masse»

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Hocine Belalloufi entretien DzVID

Journaliste depuis plus de vingt ans, Hocine Belalloufi vit et travaille à Alger. Il est l’auteur de « Grand Moyen Orient, guerres ou paix ? » paru chez Lazhari Labter éditions, Alger 2008 et « La démocratie en Algérie, réforme ou révolution ? ». Le livre est coédité par les éditions Lazhari Labter et les éditions Apic Alger, 2012. La préface est signée par Samir Amin et la postface Sadek Hadjrès. Il vient d’éditer son troisième livre intitulé « Algérie 2019-2020 : le peuple insurge – Entre réforme et révolution » aux éditions Koukou.

Vous venez de publier un nouveau livre intitulé « Algérie 2019-2020 : le peuple insurgé – Entre réforme et révolution ». Quel bilan faites-vous d’une année du hirak algérien ?

Hocine Belalloufi : Le bilan est globalement positif. On a échappé au 5e mandat d’un homme incapable de gouverner, le gouvernement autoritaire de l’arrogant Ouyahia a été démis, les élections présidentielles du 18 avril et du 4 juillet ont été annulées, une partie des oligarques et dirigeants corrompus ont été mis en prison, le combat pour l’indépendance de la Justice vis-à-vis du pouvoir a commencé et se livre maintenant à l’intérieur de l’institution judiciaire…

Lire : Hocine Belalloufi : « Notre projet doit allier démocratie, justice sociale et souveraineté nationale »

Surtout, le peuple a émergé sur la scène politique, a tapé du poing sur la table et a affirmé son intention de combattre pour être reconnu comme l’unique souverain et constituant de ce pays.

Maintenant, le rapport de force s’est équilibré entre le Hirak et le pouvoir, ce qui fait que ce dernier a pu passer en force le 12 décembre et à imposer l’élection de Abdelmadjid Tebboune. Pour autant, le Hirak se maintient avec la même détermination et puissance.

Peut-on parler de nouvelle révolution du peuple algérien ?

Hocine Belalloufi : Je préfère personnellement parler de mouvement de réforme radicale car le Hirak n’est pas candidat au pouvoir et n’est pas dans une dynamique révolutionnaire de renversement de l’actuel pouvoir. Il veut un changement de régime et pas seulement un changement, d’ailleurs cosmétique, de personnel politique et quelques retouches de l’actuelle Constitution.

Lire aussi : Abdesselam Ali-Rachedi à DzVID : « La crise de légitimité est au cœur de l’impasse »

Le problème est que le pouvoir ne veut pas d’une véritable transition démocratique et fait tout pour maintenir le régime de Bouteflika sans Bouteflika en l’aménageant, mais sans reconnaître au peuple son statut d’unique souverain et d’unique constituant.

Et déjà on se dit : « Mais comment avons-nous accepté que de telles pratiques aient eu lieu, ces centaines de milliards détournés, dilapidés, volés sans vergogne ? »

Hocine Belalloufi : Il convient d’abord d’affirmer qu’une bonne partie du peuple a refusé cette situation. Les luttes syndicales, sociales et politiques n’ont jamais cessé, y compris dans les années 1990. Mais le pouvoir a tout fait pour caporaliser l’UGTA et y est parvenu par la corruption (gestion des œuvres sociales, affaire Khalifa impliquant la direction de la Centrale) et par la répression des luttes et des syndicats combatifs autonomes ou de l’UGTA. Les partis, syndicats et associations ont été entravés dans leur action, réprimés et parfois même clonés. Or, un peuple a besoin d’être organisé pour résister et refuser cette corruption. Mais le rapport de forces était en faveur du pouvoir.

Lire aussi : Pr Mohamed Lahlou à DzVID : « Le Hirak est resté pacifique malgré les provocations »

Il faut également comprendre que la corruption a eu une fonction sociale dans l’Algérie de ces quarante dernières années, celle de permettre l’émergence d’une nouvelle couche de possédants qui par la corruption, le commerce informel, l’import-import, les privatisations, la commande publique… se sont enrichis. C’est cette nouvelle classe bourgeoise que la politique du pouvoir a généré depuis Chadli.

La révolution en marche que mènent courageusement les Algériennes et les Algériens ne révèle-t-elle pas le génie populaire de tout un peuple extraordinaire ?

Hocine Belalloufi : Le peuple algérien a fait preuve d’une grande maturité politique depuis une année. En refusant le piège de la violence, en ne faisant confiance à aucun représentant autoproclamé, en restant uni malgré les tentatives de division du pouvoir (drapeau amazigh, religion, mixité…). Le combat démocratique est désormais devenu une exigence de masse et non l’apanage d’une minorité coupée de la population.

Le peuple algérien peut-il revenir à l’avant 22-février ?

Hocine Belalloufi : En politique, rien n’est impossible. Le combat politique est fait d’avancées et de reculs. Pour ne pas revenir à l’avant 22-février, il n’y a qu’une solution : rester unis et mobilisés, s’organiser de toutes les façons possibles et imaginables (syndicats, associations, collectifs, partis…) et définir une tactique qui permet d’arracher le maximum d’acquis démocratiques et sociaux. Le droit de se réunir doit selon moi être au centre des revendications du Hirak, car c’est lui qui permettra de se rencontrer, d’échanger en profondeur et de définir collectivement des perspectives.

Le Hirak est-il en danger ?

Hocine Belalloufi : Pour l’instant, je ne le pense pas, mais il faut rester vigilant. Un mouvement, quel qu’il soit, a besoin de victoires, mêmes partielles, pour avancer.

Peut-on aller à une nouvelle Algérie sans une période de transition ?

Hocine Belalloufi : Je ne le pense pas car le pouvoir actuel cherche avant tout à préserver l’ancien régime. Il est contraint de gommer les aspects les plus caricaturaux et excessifs de l’ancien pouvoir de Bouteflika, mais il ne peut mener le pays vers un régime démocratique et encore moins social.

Or, c’est de cela que le peuple algérien a besoin : une Algérie souveraine qui assumer de résister aux grandes puissances qui nous imposent un échange inégal (accords d’association avec l’Union européenne, adhésion à l’OMC, zone de libre-échange avec le monde arabe ou avec l’Afrique), démocratique (souveraineté du peuple qui est l’unique constituant) et sociale (une économie au service du peuple et non à celui des multinationales et d’une nouvelle classe de parasites totalement illégitimes qui s’accaparent ce qui appartenait autrefois au peuple algérien par le biais de la propriété juridique publique).

Pourquoi les Algériens veulent-ils une « dawla madania machi askaria » (Etat civil et non militaire) ?

Hocine Belalloufi : Pour recouvrer leur souveraineté bafouée par un régime qui décide à leur place. Le peuple doit décider librement de l’architecture institutionnelle du pays. A-t-on besoin d’une présidence ou l’exécutif (gouvernement) doit-il être nommé et révoqué le cas échéant par les élus du peuple ? Le Sénat, institution antidémocratique chargé de contrôler et de contrer l’assemblée populaire nationale est-il nécessaire ou peut-on s’en passer ? Il y a toute une série de questions qui se posent et c’est au peuple, et non à la très haute hiérarchie militaire, de les trancher.

Etes-vous pour l’organisation du hirak ?      

Hocine Belalloufi : Ces choses-là ne se décrètent pas. En 2001 en Kabylie, les gens se sont spontanément organisés en comités populaires, de villages, de quartiers… En 2019, les Algériens ont tiré quelques leçons de cette expérience. Il me semble que le Hirak doit jouer le rôle de matrice à partir de laquelle le mouvement populaire dans notre pays se reconstruira. Il faut reconstruire des syndicats, des associations, des collectifs, des partis…

Quelles perspectives pour le hirak ?

Hocine Belalloufi : L’avenir du Hirak réside dans le maintien de son unité, de sa mobilisation, mais aussi dans sa capacité à se renforcer. Il convient de s’interroger. Où sont les gisements de force dont le Hirak a besoin. Il me semble qu’il faut les rechercher dans le mouvement social. Des Algériens luttaient avant le Hirak et continuent de le faire (grèves, révoltes locales…). Il convient de travailler à la jonction de ces luttes avec le Hirak. Il faut pour cela que le Hirak lie revendications politiques démocratiques et revendications sociales car la démocratie doit être sociale et non punitive comme la prônent certains. Les droits à un emploi, au logement, à la santé, à l’éducation, à une vie décente sont des droits démocratiques reconnus par la Constitution d’ailleurs. Les droits de grève et d’activité syndicale à l’intérieur des entreprises, privées en particulier, sont partie intégrante des revendications démocratiques et expriment les besoins de l’immense majorité des Algériens. C’est de ce côté-là qu’il convient de regarder maintenant.

Une nouvelle Algérie pourrait-elle enfin naître ?

Hocine Belalloufi : Il faut l’espérer et tout faire pour.

Entretien réalisé par Hafit Zaouche

Source : La Cité

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Hammouche
Hammouche
2 années plus tôt

Les vrais tenants du pouvoir en Algérie n’ont en cure du Hirak, une de leur création peut être.
Leur stratégie c’est laisser le peuple marcher et…. marcher et de temps à autre procéder à des arrestations, condamnations et libérations.

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