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Zoubida Assoul : « Le président Teboune est tributaire de ceux qui l’ont intronisé »

Kamel Lakhdar-Chaouche

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Zoubida Assoul entretien

Me Zoubida Assoul, présidente du parti l’Union pour le changement et le progrès (UCP), nous parle dans cet entretien à DzVID du bilan du Hirak, de la justice algérienne et de ces procès expéditifs. « Tebboune est le président du système et non celui du peuple », estime-t-elle. Entretien.

DzVID : Où en est le Hirak, une année après ?

Me Zoubida Assoul : Je pense que le peuple algérien a gagné plusieurs batailles politiques déjà contre le système, mais la guerre n’est pas encore gagnée. Comme un seul homme, le peuple s’est opposé pacifiquement d’abord au cinquième mandat de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika que la nomenclature du système voulait lui imposer. C’est une des batailles gagnées, et puis il continue encore son chemin et refuse tous les scénarios et les remodelages qu’on lui propose.

Les Algériens ont compris que le vrai changement doit émaner de leurs engagements non d’un président ou un gouvernement. Ça ne peut être que positif. Cela dit que depuis le 22 février de l’an dernier, le peuple algérien a entamé un processus révolutionnaire pacifique pour la reconquête de sa souveraineté afin de construire un état de droits et des libertés et rompre radicalement avec l’ancien système, ses satellites et clients de tout bord.

Lire : Mohcine Belabbas : « On veut nous faire payer notre engagement dans le Hirak »

Tout au long d’une année de combat pacifique non-stop  dans la rue, les universités, les tribunaux…etc, les algériennes et algériens ont su être les acteurs d’un mouvement populaire exemplaire, qui marquera les anales d’histoire des peuple en lutte contre le totalitarisme et l’arbitraire.

Le caractère pacifique, unitaire et organisationnel laisse le monde entier ébahi et émerveillé. Il faut dire que le processus de formation et de la construction de la mobilisation du Hirak autour d’un idéal en l’occurrence une rupture radicale avec le système et aller pour édifier un Etat de droits, est un cas d’école.

Vous êtes présidente du parti de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), quelles sont les propositions de sortie de crises que vous proposez pour accompagner le peuple dans ses revendications?

Me Zoubida Assoul : Depuis le déclanchement du mouvement populaire, l’UCP est présent dans le mouvement et sur tous les plans. Personnellement, je suis dans les manifestations, dans les tribunaux à défendre les détenus du Hirak, alors que sur le plan politique mon parti est engagé dans la dans l’alliance des Forces du pacte de l’Alternative démocratique (PAD). Le PAD regroupe plusieurs partis politiques, société civile, collectifs, syndicats, personnalités, etc.

Lire : Lakhdar Bouregaa à DzVID : « J’aspire juste à voir mon peuple réapprendre à rêver »

Ils se sont uni autour un objectif commun qui est celui de la rupture avec le système en place et aller vers une transition démocratique, qui permettra l’assainissement de la situation et la mise en place d’un processus constituant qui mènera le pays vers la construction d’un état de droits et des libertés. C’est aussi les objectifs du mouvement populaire. Des rencontres nationales, des réflexions et des propositions ont été déjà faites. Mais voilà : le pouvoir en place bafoue tous les droits et libertés consacrées et garanties par sa propre constitution aux PAD pour exercer ses droits. D’où il fait que dans les interdictions, la répression, l’incarcération.

Pensez-vous que le président Tebboune pourra changer les choses ?

Me Zoubida Assoul : M. Teboune est le président du système et non celui de la majorité du peuple Algérien. Il y a cependant un large et profond fossé qui le sépare des aspirations des algériennes et algériens. Mr Teboune aurait pu écouter la voix du peuple qui réclame une période d’assainissement et un audit de la situation du pays après 20 ans de reine de Bouteflika, changer de mode de gouvernance en s’appuyant sur les institutions d’aide à la décision qui regrouperaient toutes les compétences Algériennes.

Lire : Me Aïssa Rahmoune : « Tebboune n’a aucun pouvoir »

Il aurait dû aller au moins vers une gouvernance transparente, qui garantisse l’égalité des chances et des citoyens devant la loi mais aussi celle qui fait obligation aux responsables de rendre compte au peuple. Faire de la compétence et le mérite seuls critères  dans le choix des responsables, dans tous les domaines. Ce qui n’est pas, hélas, pas le cas.

C’est en son nom, en tant que président de la République, que les décisions sont et seront prises… Vous pensez vraiment que le président Tebboune n’a aucune liberté de mouvement ?

Me Zoubida Assoul : Le président Abdelmadjid Teboune est tributaire de ceux qui l’ont intronisé. Il a accepté de jouer ce rôle qu’on lui a attribué mais on ne peut se déresponsabiliser devant le peuple et l’histoire. Et puis dans tous les cas le président Teboune est comptable des résultats du rôle qu’il a assumé.

L’emprisonnement du fameux général Toufik, du général Athmane Tartag, de Saïd… et les procès des oligarques ne rentrent-ils pas dans le cadre de la guerre des clans ?

Me Zoubida Assoul : Je dirai que les procès des symboles du système menés tambour battant ont été expéditifs. Et même si j’ignore le contenu des différents dossiers des accusés, je dirai toutefois que les différents procès ressemblent à des scénarios de guerres de clans. Je m’interroge aussi : pourquoi le premier responsable politique et comptable de ces 20 dernières années de destruction du pays ne réponde pas devant la justice ?

Quelle lecture faites-vous des procès réservés aux détenus du Hirak ?

Me Zoubida Assoul : Pour dire vrai, ce sont des procès politiques et n’ont rien de judiciaire puisque Karim Tabou comme beaucoup d’autres sont des voix discordantes de celles du pouvoir. Et comme ils dérangent, il fallait par conséquent les faire taire. Solution : il faut les arrêter. Par cet acte le pouvoir envoie également un « message d’intimidation » à l’adresse des autres activistes et voix discordantes à la sienne. Depuis le début du mouvement, le nombre de détenus d’opinion, politique ou activistes du Hirak se comptent par des centaines.

Lire : Brahim Oumanour à DzVID : « Les condamnations de manifestants renforcent le scepticisme des Algériens »

Le système n’a de solution que la gestion par le tout-sécuritaire les différentes crises y compris la gestion de la question des détenus du mouvement populaire. La solution du tout sécuritaire est la seule compétence qu’a ce pouvoir, il est en totale décalage avec ce siècle et les attentes du peuple.

Que pensez-vous de la justice algérienne ?

Me Zoubida Assoul : Je crois qu’aujourd’hui tout le monde a compris que la justice est loin d’être indépendante, surtout pas dans ce type d’affaire, quand on voit l’expédition de ces procès des symboles du système alors que des procès des délits d’opinions ont pris plus de six mois pour être jugé cela dénote l’absence de conditions du procès équitable garantie par la constitution et les conventions internationales.

Lire aussi : Ahmed Rouadjia à DzVID : « Gaïd Salah était dans le collimateur de certains généraux »

L’indépendance de la Justine n’est point un slogan ni un effet d’annonce, c’est un processus qui passe par le changement global du système de gouvernance et de gestion du pays mais surtout par un pouvoir légitime, une volonté politique affichée et assumée ; ce qui est hélas n’est pas encore le cas.

Le président Abdelmadjid Teboune a promis lors de sa compagne électorale de restituer les milliards de dollars détournés et placés dans des banques à l’étranger. Tiendra-t-il sa promesse ? 

Me Zoubida Assoul : Je crois que c’était un effet d’annonce et une promesse électorale sans suite jusqu’à présent, alors qu’il savait très bien que c’est une opération complexe et depuis son intronisation il n’a plus soufflé mot, s’il pouvait déjà arrêter la surfacturation qui continue pendant son reine selon ses propres déclarations. Il aurait pu négocier avec les détenteurs de cette argent avant leurs procès, et ceux qui sont encore libres puisqu’il avait déclaré que l’argent était dans plusieurs pays. Pire encore, je dirais si le président Teboune respectait au moins le serment qu’il avait pris lors de son investiture aurait par responsabilité et patriotisme fait un audit de l’état des finances et économie du pays après 20 de gabegies et de dilapidation tout azimut.

Donc, tout ce qu’il aurait pu dire : c’était juste miroiter aux algériens des promesses, qui sont en réalité sans lendemain. Car dans les faits il n’y a aucune volonté politique de lutter contre ses détournements de l’argent du peuple. Par ailleurs, je pense qu’il est plus urgent au président d’arrêter la réception des projets clés en-main, et la dilapidation des ressources naturelles à travers l’achat raffineries clés en main, sans qu’il y un investissement dans les ressources humaine nationale, voire la mise en marge des compétences nationales.

Entretien réalisé par Kamel Lakhdar-Chaouche

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Hector
Hector
6 mois plus tôt

A la dernière question, vous collez la même réponse donnée à l’avant dernière question. Vous ne vous relisez pas? Mais bon! puisque c’est gratuit.

La Rédaction
Editeur
6 mois plus tôt
Reply to  Hector

Merci. La correction a été portée. Merci encore.

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