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Vendredi 55 : ‘ilmanya versus laïkiya

Lahouari Addi

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Lahouari Addi

L’histoire de l’Algérie a changé le contenu sémantique du mot laïcité qui veut dire anti-islam pour les Algériens. Explication.

Ce vendredi 55 les manifestants ont chanté un slogan qui refuse la controverse islamiste/laïc: « la islamioune, la ‘ilmanioune, nahnou hirakioune ». Le hirak montre plus de maturité dans la stratégie politique que certains démocrates auto-proclamés qui reprochent à Karim Tabbou d’avoir un respect pour l’appel à la prière. La croyance religieuse n’a jamais posé nulle part problème à la démocratie et au respect des droits humains. C’est sa politisation, dans un sens ou dans un autre, qui pose problème.

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Ce sur quoi je voudrais attirer l’attention, c’est que les manifestants n’ont pas utilisé le mot « laïkia » mais ‘ilmanya. Les Algériens n’aiment pas le mot laïcité, préférant le mot ‘ilmanya parce que la mémoire collective retient que la laïcité a été une machine de guerre idéologique de la Troisième république contre le nationalisme qui se reconnait dans l’islam.

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Même le courant de Ferhat Abbas demandait le respect de l’islam. L’histoire de l’Algérie a changé le contenu sémantique du mot laïcité qui veut dire anti-islam pour les Algériens. Dans le langage algérien, laïki est une insulte, traïtre à l’islam, traïtre à la patrie. Alors que le débat sur la ‘ilmanya est accepté même par les islamistes, celui sur la laïkya est refusé, bien que les deux concepts ont la même signification.

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La laïcité est la façon dont la France a séparé le religieux du politique; elle est la sécularisation à la française. Les Etats-Unis, la Grande Bretagne, l’Allemagne… se sont sécularisés selon leurs histoires respectives. Imaginons qu’on mettre sur les billets du dinar « tawakalna ‘ala Allah ».

C’est pourtant ce qui est écrit sur le billet vert américain: In God We Trust. On dira la sécularisation à l’américaine n’est pas un modèle à suivre; celle d’un autre pays non plus. Chaque pays invente son modèle de séparation du politique et du religieux. Et au passage, la laïcité française n’est pas hostile à la religion. La laïcité est un projet positif et non négatif. Elle protège la liberté de conscience des citoyens qu’ils soient religieux ou non.

Mais la France coloniale n’a pas respecté la laïcité en Algérie. Elle finançait le culte musulman officiel pour le dresser contre les nationalistes. Abdelhamid Ben Badis demandait au pouvoir colonial de respecter la laïcité, ce qui lui aurait permis de créer les écoles religieuses du mouvement réformiste.

Par conséquent, il faut historiciser les concepts que nous utilisons. Ce ne sont pas les concepts qui font l’histoire; ce sont les hommes qui la font. Quand Zabana et Amirouche meurent en prononçant la formule Allah ou Akbar, cette formule a une dimension symbolique plus que religieuse. En respectant al adhan, Karim Tabbou suit l’exemple de Zabana et de Amirouche et nous dit qu’un modèle musulman sécularisé est possible, et il sera algérien.

Lahouari Addi

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