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Le hirak a-t-il changé les rapports de forces ?

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Le Hirak, la question du développement dans un capitalisme de catastrophe

Dans la contribution qui suit, l’auteur tente d’analyser les raisons des « insuccès » du Hirak et avance des propositions pour changer les rapports de forces. Analyse.

Le peuple algérien poursuit son combat pour sa libération. 55 semaines de mobilisation sans précédent dans l’histoire durant lesquelles le mouvement populaire massif a réclamé une rupture radicale avec le système. La seule réponse venue des tenants du pouvoir est le mépris. Ce n’est pas nouveau. C’est ainsi qu’il a traité le peuple depuis l’indépendance.

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Le président Tebboune désigné dans les conditions que nous connaissons n’a aucun pouvoir. Il peut raconter tout ce qu’il veut, disserter à satiété, personne ne le croit, car les Algériens savent qu’il n’est que la devanture du système, une marionnette à qui on dicte jusqu’à la plus banale des décisions.

Les militaires, enfin quelques généraux, sont les véritables décideurs. Ils ont fait main basse sur la moindre parcelle de pouvoir. À l’exception de Gaid Salah, qui a rompu avec le mutisme caractérisant l’armée algérienne, en se montrant particulièrement agressif et belliqueux envers le Hirak, à travers ses nombreux discours décousus, mais particulièrement violents, la direction de l’armée a toujours préféré l’ombre à la lumière.

Les raisons des insuccès du hirak

Une année après le début de la révolte, le Hirak et la détermination dont il fait preuve sont toujours là. Cela constitue en soi un précieux acquis. Par contre, le Hirak, et il faut le reconnaître, n’a pas pu satisfaire sa principale revendication, celle d’une rupture avec le système et n’a pas, non plus, su construire les rapports de forces nécessaires pour arriver à ses fins.

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Les raisons de cet échec relatif sont nombreuses. Il fait remonter à l’échec de l’expérience née à la suite des événements d’octobre 88 pour trouver les explications adéquates. En effet, cette période de nôtre histoire a vu naitre une vie démocratique et sociale exceptionnelle. Le mouvement associatif a connu un essor exceptionnel, de nombreux partis politiques ont vu le jour et on a assisté à l’émergence d’une presse libre.

Malheureusement, le système politique de l’époque ne voyait pas les choses sous le même angle. Pour lui, il s’agissait juste de desserrer quelque peu l’étau qui étouffait la société pour éviter une grande explosion sociale, mais, il n’a à aucun moment envisagé remettre le pouvoir à une quelconque opposition. De l’autre côté de l’échiquier politique se trouvait un courant qui a su, par le radicalisme de son discours et l’exploitation de la religion, se constituer comme une alternative au régime en place. Il a vite mis de l’avant son aspect liberticide et totalitaire en engageant une lutte sans merci contre tous ceux qui remettaient en cause son discours. Par la violence verbale et même physique conjuguée à l’absence de l’état dans ses fonctions régaliennes, il a imposé un climat de terreur dans bien des quartiers et des villes. Cette bipolarité a empoisonné le débat politique et mis en veilleuse les forces qui se battaient avec des moyens limités pour construire des syndicats, des associations de tous ordres, des structures pour bâtir l’avenir. La suite nous la connaissons.

Le no man’s land bouteflikien

L’arrivée de Bouteflika extrait de son exil doré par ceux-là mêmes qui ont organisé le chaos en cours, a ouvert une nouvelle étape dans la vie politique algérienne. Cette étape a commencé par un hold-up électoral. Les six autres candidats se sont, en effet, retirés la veille de ces élections qui ont propulsé ce revenant à la tête de l’état et ce, en raison de l’ampleur de la fraude qui s’annonçait.

Avec la manne pétrolière inespérée grâce à l’augmentation du prix du baril, au lieu de relancer les secteurs industriels, agricoles et touristiques et améliorer les sévices publics, le régime Bouteflika a préféré la politique de l’importation tous azimuts et a généralisé la pratique de la corruption jusqu’à l’intégrer dans des mœurs de nombreux Algériens. Même les grands projets lancés se sont révélés de véritables gouffres financiers vu l’ampleur de cette corruption.

Une oligarchie dont fait partie de nombreux généraux s’est constituée ou s’est renforcée et s’est ralliée à l’autocratie bouteflikienne pour constituer un pouvoir oppresseur qui a aseptisé la société. Malgré la résistance ininterrompue des Algériens et les luttes menées çà et là par les travailleurs, le rouleau compresseur du pouvoir et de ses clientèles, mais aussi l’appât du gain facile ont conduit à des désastres sociaux et économiques que nous connaissons La décennie noire et les vingt non moins noires années de Bouteflika ont fini par exaspérer les Algériens qui se sont engagés dans un combat qui a pour objectif de rompre définitivement avec ce pouvoir, source de tous leurs malheurs. Bouteflika n’a pas réussi à soumettre ce peuple, mais a pu lui faire perdre ses repères et discréditer les corps intermédiaires importants comme les syndicats, les associations de la société civile et les partis politiques. Le peuple s’est retrouvé ainsi dépourvu de ces structures qui auraient pu constituer des soutiens précieux dans le combat qu’il mène depuis plus d’une année.

Accentuer la pression sur la bande

L’année de lutte qui vient de s’achever a certes crée une dynamique qui permet à la mobilisation de se poursuivre, mais a mis également en lumière, les limites des manifestations hebdomadaires. Il est urgent que le Hirak réfléchisse à d’autres moyens de lutte à même de contraindre le pouvoir à négocier son départ en permettant, notamment au peuple d’organiser sa propre transition.

Contrairement à ce que la bien-pensance de certains suggère, le mouvement populaire doit se donner une direction qui va le représenter et négocier en son nom pour réaliser ses revendications. Une direction qui sera comptable devant le Hirak permanent. C’est ainsi qu’il va constituer une sérieuse alternative aux yeux de tous les Algériens et de l’opinion internationale. Les appels incessants à l’escalade vont dans la bonne direction et il faut qu’ils deviennent effectifs. Faire du samedi une autre journée de lutte est une idée intéressante, mais ce n’est pas cela qui va aider le hirak à changer radicalement les rapports de forces.

Pour déboulonner ce système qui s’est enkysté depuis des décennies, il faut l’étouffer en arrêtant l’économie. Il faut préparer la grève générale et l’occupation des places publiques. En attendant que ces propositions deviennent effectives, ouvrons les débats nécessaires sur toutes ces questions et préparons ensemble l’alternative à la quelle aspire le peuple.

– Exigeons l’élection d’une Assemblée constituante souveraine qui va rédiger une nouvelle constitution
– Construisons la grève générale
– Sensibilisons les hésitants et les sceptiques.

Mohamed Arroudj

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