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Quelles perspectives pour le hirak ?

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Quelles perspectives pour le hirak

Le mouvement populaire vient de souffler sa première bougie avec à l’esprit la continuité du combat jusqu’à la mise au pas du régime.

Dans les contributions précédentes, il a été question des conditions de l’émergence du Hirak, puis d’un retour sur l’année de combat et enfin du bilan de cette première année de combat riche en péripéties.

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À la lumière de cette rétrospective exhaustive, nous allons engager la réflexion sur les perspectives de ce mouvement social particulier qui se caractérise par son ampleur inouïe, mais aussi par sa longévité.

Peut-on parler d’un bilan mitigé ?

Si l’on juge par l’objectif principal du Hirak qui consistait à réaliser la rupture totale avec le régime et l’instauration d’un Etat démocratique, avec toutes les libertés et les droits que cela suppose et l’égalité entre tous les citoyens et citoyennes, le Hirak n’a visiblement pas atteint tous ses objectifs.

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Par contre, si l’on considère la dynamique qu’il a créée et qui se traduit par une prise de conscience du peuple de son pouvoir, par l’unité et la fierté populaires retrouvées, mais aussi des acquis concrets comme la démission forcée de Bouteflika, on peut dire que le mouvement est en train de transformer en profondeur la société et cela malgré les pesanteurs et les conservatismes politiques.

Le mouvement populaire a, sans l’ombre d’un doute, ébranlé le régime qui a vacillé devant l’ampleur de la mobilisation. Il l’a contraint à une certaine recomposition après avoir provoqué une fissure en son sein.

Que faire face à un régime sourd ?

Depuis le début du mouvement populaire, la démarche du pouvoir s’est distinguée par une certaine constance. Son objectif étant de se maintenir au pouvoir, alors tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins. La fin justifie les moyens.

Il a usé et abusé de manœuvres et de stratagèmes pour diviser, discréditer et étouffer le Hirak. Gaïd Salah, par exemple, a montré une résistance farouche face aux demandes de la rue. Il s’est fixé comme objectif de sauver sa peau et celle du régime dont il était une pièce maitresse.

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Face à ce régime dont l’unique objectif est de se maintenir et de préserver ses innombrables privilèges, les moyens utilisés par le Hirak s’avèrent clairement insuffisants. En effet, les manifestations des vendredis et mardis ont montré leurs limites. Elles gênent sans aucun doute, car elles continuent à mettre en relief la contestation populaire du régime et cristallisent la révolte envers cette junte qui a dépossédé le peuple de tout.

Si le Hirak n’a pas atteint son objectif «Yetnehaw ga3» c’est sûrement parce qu’il n’a pas créé le rapport de force nécessaire pour déloger la caste militaire aux affaires. Le pays fonctionne à peu près normalement et les affaires continuent comme avant.

Construire l’alternative

Dans l’Histoire de l’humanité, les révolutions victorieuses qui ont permis aux peuples de se réapproprier leur destin se sont donné, à un moment ou un autre de leur développement, les directions ou les représentations qui leur ont permis d’atteindre leur but.

N’allons pas loin et regardons la révolution 1954-1962. Certes, sa nature et celle du mouvement en cours diffèrent, mais celle de 54 a eu sa direction (les six) qui ont appelé à l’insurrection du

1er novembre, puis celle issue du congrès de la Soummam. Je passe sur les différentes organisations qui ont traversé le mouvement national à partir de l’Étoile Nord-africaine en 1926.

Le Hirak ne veut pas s’organiser, car il sait qu’il s’agit d’un mouvement large traversé par les différents courants de pensée et par conséquent, il craint de perdre son atout majeur que constitue son unité. Cela est légitime, mais constitue, à mon humble avis une erreur politique certaine. Une réflexion autour de cette question est nécessaire.

Quelle organisation pour notre mouvement ?

Toutes les tentatives pour constituer des embryons d’organisation ont été vilipendés par le pouvoir qui a interdit à leurs initiateurs, même de se réunir, mais aussi par des forces politiques qui ont peur d’être marginalisées par la dynamique populaire.

Le pouvoir a peur de l’auto-organisation comme de la peste, car, il en a ressenti le danger pour sa survie. S’organiser est impérieux, mais il est plus difficile à dire qu’à faire.

Le règne de Bouteflika a aseptisé toute la société. Pour mieux asseoir sa domination sur le peuple, il a détruit toutes les forces vives du pays. L’UGTA a été domestiquée et est devenue un soutien inconditionnel à toutes les politiques antisociales du régime. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même.

L’émergence de syndicats autonomes, notamment dans l’Éducation, est une réalité, mais leur faiblesse et leur division n’ont pas aidé à l’émergence d’un embryon d’une centrale syndicale combative. Au niveau de l’université, les syndicats étudiants ne sont que des appendices de partis politiques proches du pouvoir et de certains courants islamistes. Le mouvement associatif et les partis politiques ont été ou soudoyés ou alors broyés par les chantages et la répression. D’où la difficulté à trouver des points d’appui pour créer des embryons d’auto-organisation.

Les animateurs sincères du mouvement doivent redoubler leurs effortsfaire pour que naissent des structures autonomes là où cela est possible. En fait, le problème n’est pas plus dans la représentation que dans la plate-forme que celle-ci doit mener à bien.

En définitive, il paraît urgent que le Hirak, à travers ses animateurs, engage une réflexion profonde à ce sujet. Il y a lieu d’organiser des rencontres entre des animateurs de toutes les régions du pays, non pour s’imposer comme la direction du mouvement, mais plutôt pour échanger et mettre en place des comités de liaison qui aideront à faire émerger des embryons de représentation.

La classe ouvrière, ce chaînon manquant

Nous avons évoqué plus haut l’état des corps intermédiaires ainsi que celui des organisations de la société civile et nous avons démontré que cela handicape la dynamique engagée par le mouvement populaire.

L’absence des travailleurs en tant que classe organisée et consciente de sa force prive le mouvement actuel d’un levier majeur et nécessaire.

Nous avons expérimenté cela lors de la compagne pour le blocage de la dernière mascarade électorale. En effet, les appels anonymes à la grève générale n’ont pas eu l’effet escompté hormis dans quelques wilayas du centre du pays où des traditions de lutte existent déjà. Cela ne pouvait être autrement en l’absence d’appels émanant d’organisations syndicales et de représentants du Hirak qui n’existent pas.

Le Tassiid (l’escalade) revendiqué par la rue en août et septembre n’a pas trouvé l’écho chez les animateurs du Hirak.

Il est temps que les forces de gauche et de progrès ainsi que les militants et syndicalistes honnêtes créent les conditions pour aider à l’émergence de cette classe, seule en mesure de réaliser la rupture avec le régime.

Il faut également saluer toutes les initiatives qui sont prises çà et là pour faire avancer la lutte populaire et créer des liens entre-elles pour avancer ensemble, sans renier nos spécificités, car la bataille est rude et le chemin est long pour arriver à une émancipation réelle de notre peuple.

Mohamed Arroudj

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