Connectez-vous avec nous

Actu

Mohammed Hachemaoui : le DRS est derrière le hirak

Publié

le

C’est un tout autre regard sur le hirak que porte le politologue Mohammed Hachemaoui qui livre un récit du mouvement populaire moins idyllique et plus pessimiste que ce qui est communément admis.

En effet, Mohammed Hachemaoui estime dans un entretien accordé au journal français La Croix que le DRS est derrière le hirak et que nous sommes loin de « la rupture historique ».

« Ce récit hégémonique et enchanté d’un « soulèvement populaire et pacifique » qui aurait introduit une « rupture historique », s’est imposé dès les premiers instants du mouvement, en février 2019, notamment par l’intermédiaire d’intellectuels et des médias inféodés à la police politique », déclare Hachemaoui.

A lire également : Saïd Sadi répond à Kamel Daoud : faux plat et faux pas

Il réfute même le chiffre de 900 000 manifestants qui « a été relayé pour imposer, dès le lendemain, la thèse de « l’avant et de l’après 22 ». Un chiffre qu’il trouve « démesuré, autant que celui des millions de mobilisés les vendredis suivants ».

« C’est là qu’entre en jeu la propagande du pouvoir idéologique de l’État. Son récit lénifiant d’une « révolution du sourire » vise à vendre un mythe mobilisateur : celui d’un peuple unanime, joyeux, héroïque, se soulevant pacifiquement contre son despote. Or, comme le disait Roland Barthes, le mythe abolit la complexité des actes humains et fonde une clarté heureuse », analyse Mohammed Hachemaoui.

A lire également : Révolte en Algérie : quelles perspectives ?

Il suggère même que les policiers auraient encouragé les manifestants. « Les forces de l’ordre, présentes en masse, se voulaient rassurantes. « Soyez tranquille, allez-y sans risque », m’a dit un policier, le 1er mars. », témoigne Mohammed Hachemaoui qui semble faire abstraction de certains épisodes marqués par des dépassements flagrants.

Mohamed Hachemaoui livre un autre récit un peu plus « policier » pour ne pas dire « complotiste » où tout semble être réglé comme du papier à musique.

« Le 8 mars marque l’entrée en scène des familles, après celle des supporteurs de foot – dont les clubs sont sous la coupe du Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Les médias ont multiplié les signaux rassurants pour inciter les classes moyennes à rejoindre le hirak sans craindre la « guerre civile » et l’« intervention de l’Otan » comme en Libye. Et la police secrète, d’ordinaire prompte à agiter le double spectre de la fragmentation du pays et de la « guerre intérieure », a assuré la sécurité de cette révolution pacifique », explique Mohammed Hachemaoui qui semble « priver » les évènements de toute logique sociale.

Pour ce faire, Mohammed Hachemaoui verse dans une sorte de cosmogonie du hirak dans laquelle il prête au DRS un rôle de « démiurge » et à Noureddine Boukrouh celui de « prophète ».

Le plus de DzVID : Hirak : qui veut écarter les revendications sociales ?

 « Le DRS (…) a su tirer les enseignements des soulèvements arabes : la colère canalisée dans le rejet de la figure du raïs » et notamment de la révolution égyptienne, estime Mohammed Hachemaoui.

Pour lui, ce qui s’est passé en Egypte « a été un coup de maître de la police politique, mené avec le concours de milliardaires », permettant « à l’armée d’imposer de plus belle sa domination sur le pays ».

« Or, comme le Tamarrod, le hirak a aussi son « prophète », lié au DRS : Nourredine Boukrouh » qui avait lancé, dès octobre 2017, dans une interview au Point, un « appel pour une révolution citoyenne pacifique » et insisté sur la fraternisation entre le peuple et son armée pour faire échec à l’impotent Bouteflika », analyse Mohammed Hachemaoui.

Et de conclure : « Le mouvement, lancé en février 2019, est conforme à cette prophétie. Les slogans phares – « non au cinquième mandat » et « le peuple et l’armée sont frères » – illustrent ce contrôle préemptif de l’ouverture de l’espace politique.»

Hachemaoui s’interroge sur la nature de ce mouvement «qui se veut en rupture radicale avec le système » mais « ne réclame pas la vérité ni ne demande de comptes » sur « les assassinats politiques et les massacres de civils des années 1990, couverts par l’amnésie et l’impunité ».

Le hirak « observe un évitement structural des lignes de conflictualité historiques, socio-économiques ou concernant l’égalité hommes-femmes, revendication qui n’a pas percé, même le 8 mars. Pourquoi le mouvement, qui s’est prétendument réapproprié l’histoire, reconduit-il le récit fabriqué par le système de domination ? », s’interroge à juste titre Mohammed Hachemaoui qui souligne aussi l’absence des revendications sociales

« Le hirak est un mouvement anti-politique. Il procède, pour reprendre Marcel Mauss, d’un mensonge social. Dans le contexte de profond désespoir de la population, chacun a envie de croire à la « révolution du sourire », représentation profondément gratifiante, bien que fallacieuse, qui redonne de l’estime de soi, de l’espoir, et reporte à plus tard le retour à la vie réelle. Faire durer le hirak devient une fin en soi », analyse Mohammed Hachemaoui qui estime que « la police politique détient plus que jamais les rênes du pouvoir d’État ».

Mais quelle est la place de certains épisodes tels ceux de la répression, des arrestations, des tentatives de division sur des bases ethniques dans le récit de Mohammed Hachemaoui ?

La réponse de Mohammed Hachemaoui est la suivante : « Ce feuilleton orwellien qui se joue à huis clos procède d’une farce judiciaire. « Ils font semblant de les juger, on fait semblant de les croire », me glissait un vieil Algérois. Non, rien n’a changé. Alger est quadrillé par un réseau impressionnant de casernes. La pseudo-politique est précisément cette politique de dissimulation de la politique réelle. La manière dont l’appareil de propagande célèbre le « peuple » après l’avoir longtemps confondu avec la « plèbe » contribue à l’enfermer dans les structures de l’État garnison, par l’occultation du processus historique et des mécanismes de la domination prétorienne. »

Synthèse F. Mourad

7 Commentaires

7
Poster un Commentaire

avatar
7 Fils de commentaires
0 Réponses au fil
0 Les abonnés
 
Commentaire le plus réagi
Fil de commentaire le plus chaud
7 Commenter les auteurs
Smail RTouaibiamouradNimourBennini Mohamed Commentaires récents des auteurs
  S'abonner  
plus récents plus anciens plus de votes
Me notifier des
houcine
Invité
houcine

ce Hachmaoui oublie touts les sacrifices des militants des deroit de l’hommes en Algerie depuis des decenies etoublie l’injustices sociale..les harragas..le terrorisme des bureaucrates ..des islamistes ..des generaux..pour dire que le DRS derige le Hirak..c est de la difamation intelectuelle..ce sont des monssonges

Amar Halli
Invité
Amar Halli

Sauf votre respect,qui est derrière vous ?

Bennini Mohamed
Invité
Bennini Mohamed

Malgré les mises en garde répétées de nos 《autorites》 notamment depuis 2011 un peuple tout entier s’est soulevé sur un simple claquement de doigts du DRS.Exit les traumatismes et les humiliations subies par le peuple depuis 1962.Exit la main de l’étranger pourtant sans cesse brandie jusqu’à aujourd’hui encore ,avec quelques succès il faut le dire ! Non ! il ne s’agit finalement que du DRS. Encore heureux,meme si cette histoire a été avancée dès le 22 fevrier 2019,sans pour autant dissuader les algériens habituellement méfiants comme moi ,de sortir et de continuer à sortir ! Finalement,un peuple entier a été… Lire plus »

Nimour
Invité

Ce politologue est dans la logique du »Dilemme du menteur « :s’il dit vrai, alors il ment. S’IL ment, alors il dit vrai. Sachez Monsieur, qu’il s’agit d’une dimension complexe(d’UN PEUPLE HÉTÉROGÈNE DANS TOUTES SES COMPOSANTES, CULTURELLES ; AFFECTIVES ; SPIRITUELLES. ..etc),et non d’une masse masse inerte ; figée ; sans âme et sans vie mentale. Dans votre développement, on a l’impression que vous vous adressiez ,à un peuple amorphe, sans âme. A bon entendeur, Salut et qui vivra verra.

mourad
Invité
mourad

Un vrai psychopathe ce type, qui se réveille après une année pour dire des imbécillités comme si les Algériens étaient des crétins. Je suis curieux de savoir ce Hachemaoui pour qui il roule. La meilleure solution est de ne pas relayer ces insanités. Les réseaux sociaux ont cette mauvaise pour de donner la parole à n’importe quel demeuré.

Touaibia
Invité
Touaibia

Il y a ceux qui parlent à la TV …ceux qui commentent ceux qui passent la TV…. Ensuite, il y a ceux qui fantasment ce que devrait être le Hirak et ceux qui aigris veulent de loin se racheter une notoriété en donnant un avis, il y a ceux qui crient au complot, incapables qu’ils sont de faire confiance à la capacité de résilience et à la maturité d’un peuple trop souvent humilié…et …il y a ceux qui usent leur voix, leur pieds, investissent leur temps, leur argent, leur énergie et leur espoir dans l’écriture de l’Histoire ! Une Histoire… Lire plus »

Smail R
Invité
Smail R

Jusqu’ici j’avais une bonne estime de cette personne qui semblait plus ou moins honnête intellectuellement; il a écrit en 2003 un papier intéressant qui s’intitule « la représentation politique en Algérie entre médiation clientélaire (sic) et prédation 1997-2003 » – lien:www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_2003_num_53_1_395688 –
Avec sa contribution de ces derniers jours, je doute de son honnêteté intellectuelle et morale (pour rester poli).

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Publicité
Coronavirus dans le monde

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

A La Une

Articles récents

Coronavirus en Algérie

Populaires