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« Jean Daniel et l’Algérie » par Saïd Sadi

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Jean Daniel est mort à l'âge de 99 ans.
Le journaliste et éditorialiste Jean Daniel s’est éteint à l’âge de 99 ans.

Le journaliste et écrivain Jean Daniel, de son vrai nom Bensaid, est mort ce mercredi à l’âge de 99 ans. Natif de Blida et de confession juive, l’homme a connu une carrière exceptionnellement longue.

Engagé sur l’essentiel des conflits de la deuxième moitié du XXe siècle et ceux du début du XXIe, il a toujours gardé un regard attentif sur notre pays. Je l’ai rencontré à plusieurs reprises quand il était directeur de l’Obs. C’était un homme lucide et pondéré qui affichait une vraie capacité d’écoute, y compris sur des sujets dont il avait une grande maîtrise.

Il organisait des rencontres avec la rédaction de son hebdomadaire quand la situation algérienne prenait les feux de l’actualité et que les médias français hésitaient entre information et commentaires. Les postures idéologiques, conditionnées, notamment pour les médias de gauche, par la culpabilité post-coloniale l’insuportaient. Grâce à son autorité morale, le Nouvel Obs était une fenêtre relativement bien aérée dans l’aveuglement médiatique qui a voilé tant de regards de journalistes lors de la décennie noire.

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Jean Daniel a compris assez tôt que l’indépendance de l’Algérie était inéluctable, ce qui l’avait, de ce point de vue, distingué de Camus, lui aussi né en Algérie. Ce dernier croyait à une possible réconciliation entre les communautés vivant sur le sol algérien à une époque où la décolonisation était un élan historique irréversible. Cette opposition n’a pas altéré l’amitié qui liait les deux hommes.

Jean Daniel a consacré un film à Camus dont il avait présenté l’avant-première dans son logement parisien, un pigeonnier situé, si je me souviens bien, à la rue Vanneau. J’eus alors une discussion assez longue avec lui sur sa divergence avec l’auteur de « l’étranger ». J’avais compris que la proximité que pouvait offrir la ville provinciale de Blida avec ceux que l’on appelait les indigènes lui avait permis d’avoir une compréhension plus politique du problème algérien. Il se souvenait encore des noms de ses petits camarades de quartier. J’ai retenu sa relation assez dense avec Saad Dahlab. Il m’avait dit qu’il avait gardé des contacts suivis avec son ami même quand celui-ci assumait d’importantes responsabilités au FLN.

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Sa position en faveur de l’indépendance de l’Algérie lui avait permis de figurer parmi les plumes qui n’étaient pas contraintes d’écrire pour rattraper des « erreurs de jeunesse ». Sur la question palestinienne également, Jean Daniel a fait preuve de discernement. Il a su se démarquer des positions likoudiennes qui ont aspiré nombre d’intellectuels français d’origine juive.

Ces positions n’ont pas eu l’écho médiatique et politique qu’elles méritaient en Algérie.
C’est peut être le manque de réceptivité dans l’Algérie libre qui a poussé Jean Daniel à se « satisfaire » des reconnaissances officielles. Il a été fait docteur honoris causa de l’université d’Alger en 2004 et, en 2014, de celle de sa ville de naissance qui porte le nom de Saad Dahlab. Lors de cette dernière cérémonie, il confiera avoir le souvenir de son père qui « baragouinait l’arabe » et qu’il l’entend, encore, « dialoguer en berbère avec les paysans, qui descendaient de la montagne de Chréa vers la minoterie parentale ».

A l’inverse de ses homologues tunisiennes et marocaines, notre diplomatie n’a pas su entretenir des relations intelligentes avec ces relais d’opinion; plus dommageable, beaucoup parmi nos élites, enveloppées par la doxa officielle, n’ont pas pu développer des réseaux autonomes permettant de confronter leur parole dans les débats suscités par leur pays.

En ce premier anniversaire de la révolution citoyenne, certains de nos compatriotes ne manqueront pas de souligner l’indifférence des médias occidentaux. Ce silence trouve, en partie, son explication dans cette déconnexion mémorielle et intellectuelle.

Jean Daniel qui avait veillé à donner la meilleure visibilité extérieure possible à l’Algérie manquera.

Saïd Sadi

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razi
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razi

Le père de Jean Daniel baragouinait l’arabe mais dialogue en berbère avec les paysans.Saïd Sadi n’est que la queue de Jean Daniel et qu’il nous apprend rien sur son orientation hasardeuse.

kader
Invité
kader

si feu Jean Daniel etait de confession juive comme le confirme l’ecrit de Mr Sadi, moi j’aimerais bien savoir de quelle confession serait Mr Sadi?

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