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Abdesselam Ali-Rachedi à DzVID : « La crise de légitimité est au cœur de l’impasse »

Kamel Lakhdar-Chaouche

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Abdesselam Ali-Rachedi

Abdesselam Ali-Rachedi revient dans cet entretien sur le hirak, son rôle et les perspectives ouvertes. Il estime qu’au cœur de l’impasse actuelle dans laquelle se trouve le système, notamment après la présidentielle du 12 décembre, il y a la crise de légitimité. Entretien

DzVID : Une année déjà depuis que le Mouvement populaire s’est mis en marche pour s’opposer au 5e mandat et revendiquer une rupture radicale avec le système. Quel bilan en faites-vous ?

Abdesselam Ali-Rachedi : Initialement, en effet, il s’agissait d’empêcher le 5e mandat. Mais le mouvement populaire s’est vite rendu compte qu’il fallait continuer la mobilisation afin de mettre un terme au système, dans toutes ses composantes. Au bout de quelques semaines, le soulèvement s’est mué en une véritable révolution dont l’objectif est le changement radical du système.

Cette révolution est de plusieurs ordres mais l’aspect le plus remarquable est que nous assistons à une véritable révolution culturelle : la rue est devenue le lieu où s’apprend l’autonomie individuelle, base de la citoyenneté et la diversité fondement de la démocratie.

En effet, le mouvement du 22 février s’est caractérisé d’emblée par son caractère national impliquant toutes les wilayas du pays, son pacifisme intransigeant et sa grande diversité au plan social, culturel et identitaire, avec une participation massive des femmes et même des familles.

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Mais le Hirak, qui est un sous-ensemble de la société civile, n’a pas vocation à conquérir le pouvoir pour faire aboutir ses revendications. Il ne peut qu’exprimer ses revendications et faire pression, par sa mobilisation, pour les faire aboutir. C’est normalement le rôle des partis d’entendre ces demandes, de les regrouper selon leur nature, et de les intégrer dans leurs programmes, avant d’aller à la conquête du pouvoir et ainsi les satisfaire. Ainsi les partis doivent jouer un rôle d’intermédiation entre la société civile et l’Etat.

Or les partis existants sont totalement discrédités et totalement incapables de jouer ce rôle. Ils sont à la remorque du Hirak au lieu d’en être la locomotive. On ne peut donc parler de bilan du Hirak, sans parler du bilan des partis et du pouvoir.

Après l’élection présidentielle du 12 décembre dernier, y-a-t-il lieu de dire que le système a gagné la première bataille contre le mouvement populaire en imposant sa feuille de route par étapes ?

Abdesselam Ali-Rachedi : Le pouvoir ne comprend pas du tout le sens du mouvement incarné par le Hirak et croit qu’il peut parier sur le maintien du statu quo. Les quelques réformettes qu’il consent à apporter au système obéissent au principe de « tout changer pour que rien ne change ». Le passage en force du 12 décembre est loin d’être une victoire pour le pouvoir et ne fait que confirmer l’impasse dans laquelle il se trouve.

Au cœur de cette impasse, se trouve la crise de légitimité. Il faut rappeler que tous les présidents depuis l’indépendance sont tous issus du mouvement national. Même s’ils étaient formellement élus, en manipulant les chiffres, ils devaient leur pouvoir bien plus à leur passé révolutionnaire qu’aux urnes. Le pouvoir reposait donc sur la légitimité national-populiste.

La lignée des leaders issus de la lutte de libération s’est éteinte avec la fin du règne de Bouteflika. Tebboune est ainsi le premier président n’ayant pas participé à la lutte de libération. Il est donc inapte à manipuler le discours national-populiste à son profit pour asseoir sa légitimité. Avec la fin de la légitimité nationaliste, l’Algérie doit basculer dans la légitimité démocratique.

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Il faut donc un changement de paradigme : passer de la légitimité populiste à la légitimité démocratique. Or, au vu de la participation au scrutin du 12 décembre, à peine 40 % selon les chiffres officiels, Tebboune ne pourra pas se prévaloir d’une légitimité démocratique. Il est donc doublement illégitime. Le Hirak le comprend parfaitement et continue de se mobiliser jusqu’à ce que la rupture se concrétise.

Le PAD peut-il constituer une voie de sortie de crise ?

Abdesselam Ali-Rachedi : En aucune manière. La raison en est simple. La plupart des partis constitutifs du PAD et les personnalités qui lui sont affiliées, sont fortement imprégnés par le discours populiste. En effet, la plupart des partis ayant été agréés dans le sillage d’octobre 88, se sont constitués sur le modèle du FLN.

La pseudo ouverture de 1989 a vu naitre, non un authentique multipartisme, mais une multitude de partis uniques. Ces partis prennent en considération le peuple comme un tout homogène et indivisible et ne prennent pas en compte la diversité, fondement du pluralisme.

Dans les faits, ils se sont fondés sur les éléments de l’identité nationale (arabité, islamité, amazighité…) au lieu de se constituer en partis de gauche, de droite ou du centre, en fonction des intérêts qu’ils prennent en charge. Dans la pratique, on peut constater que l’espace entre la société et l’Etat est vide.

Il est donc urgent que des initiatives voient le jour pour créer des nouveaux partis dans le cadre du nouveau paradigme, et cela sans passer par la case ministère de l’Intérieur. Car tôt ou tard, il faudra voter, notamment pour élire une assemblée nationale. Les partis politiques sont indispensables à la démocratie, du moins la démocratie représentative. Au fondement de la démocratie, il y a l’individu libre, citoyen et acteur de sa propre vie.

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Une période de transition est donc indispensable avant d’aller aux élections car il faut laisser le temps aux futurs partis de se constituer, de se structurer et de se préparer à la confrontation électorale.

Quelle lecture faites-vous de la question des détenus politiques et d’opinion ?

Abdesselam Ali-Rachedi : En principe, ce sont deux catégories distinctes. Concernant les détenus d’opinion, ce sont ceux qui n’ont fait qu’exercer leur droit constitutionnel à la liberté d’expression. Ils sont donc innocents et doivent être libérés sans condition. Hors de question donc de monnayer leur libération en tant que mesures de détente.

En fait, le but principal de leur détention, c’est la tentation de décapiter le mouvement sous de prétendus prétextes. Mais loin d’affaiblir le Hirak, ces détentions injustes n’ont fait que renforcer la détermination des manifestants et raviver la flamme de la contestation. En fait, la répression est impuissante devant une révolte aussi massive.

Pour certains observateurs avisés, le système algérien a réussi à se restructurer en présentant une « façade politique » et en protégeant « l’arrière-chambre où se trouvent les commandes ». L’affaire du DG des Douanes ne révèle-t-elle pas cette triste réalité ?

Abdesselam Ali-Rachedi : Je dirais plutôt « façade civile » plutôt que façade politique. Car un régime populiste est un régime autoritaire dans lequel, par définition, la politique est exclue.

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La distinction que vous faites, bien que traditionnelle, ne va pas assez au fond des choses. Il ne faut surtout pas croire que la façade civile n’est qu’une excroissance passive de « l’arrière-chambre » où se trouvent les commandes. Sans le consentement et la complicité de la façade civile, l’arrière-chambre serait totalement impuissante. En fait, les deux faces du système se soutiennent l’une l’autre et il ne faut pas penser que les uns sont plus blâmables que les autres.

Le plus important est de se rendre compte que le statu quo n’est plus tenable pour le régime. Durant 58 ans, le système s’est fondé sur le national-populisme pour asseoir sa légitimité. Or, il n’y a plus de leaders issus de la lutte de libération et donc en mesure de s’appuyer sur le discours nationaliste pour se légitimer.

En même temps, la nouvelle génération qui constitue la majorité du Hirak n’est plus sensible au national-populisme et à l’islamo-populisme. Le temps est donc venu pour la légitimité démocratique. Pour cela, il faut déjà commencer par démanteler tout l’arsenal de lois, appareils et institutions qui contribuent à la propagande populiste et constituent un obstacle à la légitimité démocratique.

Dans ce cadre, il faut abroger toutes les lois liberticides telles que les lois sur les réunions publiques et les manifestations, les lois sur les partis, syndicats et associations ainsi que le code de l’information. Il s’agit là des libertés fondamentales qui ne sauraient être restreintes ou conditionnées par aucune loi.

Il faut aussi dissoudre le FLN, ses satellites et ses clones, ces appareils étant surtout destinés à répercuter et amplifier le discours populiste du pouvoir afin de lui apporter des soutiens.

Enfin, les ministères de l’Information, des Moudjahidine et des Affaires religieuses pour des raisons analogues. Précisons, concernant les affaires religieuses, qu’il s’agira surtout de soustraire la mosquée à la mainmise du pouvoir pour ne pas qu’il l’utilise à des fins de légitimation religieuse, à défaut de légitimité démocratique.

Entretien réalisé par Kamel Lakhdar-Chaouche

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Hadjiat
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Hadjiat

Bravo maître vous êtes toujours un maestro vous fûtes grand professeur en médecine par AMOUR DE L’ALGÉRIE et vous demeurez toujours inspiré par sa muse loin des feux de la rampe; vous avez été un modèle de droiture dont je me suis inspiré et du politique que vous êtes toujours je retiens la ténacité de la lutte contre toutes les formes d’injustices.

Bari
Invité
Bari

La légitimité appartient la majorité pas a une minorité aussi active fût elle .la discrimination positive a fait sin temps .le peuple s’est libéré de la issaba et de ses allies traditionnels

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