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Hirak : une année de combat

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Le hirak, le mouvement populaire algérien, vient de vivre son cinquantième acte marqué par un impressionnant regain de mobilisation.

En effet, les manifestations ont été massives en ce 50e vendredi du hirak et de combat, ce qui reflète la détermination des masses populaires à mettre fin au règne de l’oppression et de l’arbitraire.

Par millions, ils ont rappelé leurs revendications fondatrices comme leur soif de liberté et de justice et la rupture radicale avec le système. Dans les petites comme dans les grandes villes, ils ont réitéré leur exigence du départ du régime.

En finir avec le régime maffieux

Le pouvoir souffle le chaud et le froid. D’un côté, il évoque le Hirak béni, de dialogue et de l’autre, il poursuit sa politique répressive et continue à arrêter les manifestants et les animateurs du mouvement. En ce vendredi 31 janvier, on a signalé de nombreuses arrestations, notamment en fin de manifestation à Alger, mais aussi à Bordj, Tiaret…

À Alger, le peuple a scandé la chute du régime. Des flots humains impressionnants venant, notamment de Bab El Oued ont déferlé vers le cœur d’Alger avec des slogans radicaux notamment leur rejet de l’ignoble plan de paix proposé par l’administration Trump pour régler le conflit israélo-palestinien. Face à un pouvoir sourd qui n’a qu’une seule carte en main, celle du pourrissement en l’occurrence, la rue montre ses crocs. Ni les intimidations multiples, ni la propagande des médias inféodés au système, ni les louvoiements du pouvoir et de ses clientèles n’ont réussi à détourner le fleuve en crue.

Les 11 mois de lutte et l’expérience accumulée durant ces mois de turpitudes ont permis aux Algériennes et aux Algériens qui ont goûté à la liberté d’acquérir une conscience politique remarquable, celle qui leur permet de résister aux sirènes de la division et du désenchantement.

Leur surgissement sur le devant de la scène politique a contrarié les desseins de ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur, ont cru qu’ils pouvaient indéfiniment continuer à faire comme si ce peuple n’existait pas et lui imposer des politiques économiques et sociales désastreuses.

Les Algériens ont compris que le pouvoir qui a voté la loi sur les hydrocarbures et la dernière loi de finances avec la remise en question du principe du 51/49 n’est pas au service des citoyens, mais plutôt soumis aux injonctions des multinationales et des oligarques locaux. Les Algériens veulent asseoir leur souveraineté sur le pays et ses richesses. Une certitude: elle ne peut se faire sans rompre avec le personnel politique et militaire actuel.

Tebboune, l’état-major de l’armée et le peuple

En Algérie, tout le monde sait que c’est le commandement militaire qui choisit les présidents. Ces chefs se tapissent dans l’ombre, n’aiment pas le devant de la scène (exceptée la parenthèse de Gaid Salah), par conséquent, ils choisissent un pantin, une marionnette malléable et corvéable à merci. Ils lui organisent un simulacre de scrutin pour un faux triomphe avant de retourner dans l’ombre pour fructifier leurs nombreuses et juteuses affaires.

Ils ont choisi Tebboune, un homme sans charisme et sans idées, incapable du moindre écart de conduite face à l’armée. Il ne présente aucun risque pour l’armée. Les Algériens sont conscients de cela et c’est pour cela qu’ils tiennent mordicus au mot d’ordre « un état civile et non militaire ». En effet, aucun ne peut se produire tant que l’armée ne réintègre pas définitivement les casernes pour se consacrer à ses tâches constitutionnelles.

Le black-out de la presse internationale

Le mouvement populaire en Algérie mobilise des millions de manifestants chaque semaine depuis le mois de février 2019. Si, à ses débuts, il a attiré des médias du monde entier, curieux de redécouvrir ce pays qui est passé du chaos du terrorisme islamiste à l’autocratie de Bouteflika et excités à l’idée d’être des témoins de premier plan d’une autre révolution de palais ou alors d’un chaos à la syrienne ou à la libyenne, il a, par la suite effarouché par sa radicalité et ses prises de position.

Les médias occidentaux, notamment français, très suivis en Algérie, comme les grands médias arabes ont tourné le dos au Hirak surtout depuis la désignation par l’armée de l’illégitime Tebboune. La question qu’il y a lieu de poser est la suivante : est-ce le fait des médias eux-mêmes ou bien s’agit-il d’injonctions venant des gouvernements ou de leurs propriétaires?

La réponse nous paraît évidente et nous penchons plutôt pour les injonctions. D’abord, parce qu’il y a unanimité, ensuite parce que les Algériens ont rejeté depuis le début toutes les tentatives d’ingérence d’où qu’elles viennent. Forts des enseignements tirés des expériences de ce qu’on a appelé les révolutions arabes et des dérives que la plupart d’entre-elles ont connues en raison de ces ingérences justement, les Algériens ont montré une hostilité à l’égard des puissances connues pour leur responsabilité dans l’effondrement de plusieurs pays, notamment l’ancienne puissance coloniale et certaines monarchies du Golfe qui ont participé à la dislocation des pays comme la Syrie ou le Yemen.

La rue ne compte pas renoncer

Un mouvement unique dans l’Histoire. Des millions d’Algériens n’ont pas cessé de battre le pavé depuis bientôt une année, défiant tout sur leurs passages : canicule, intempéries, ramadan, vacances, etc.

Ils ont su déjouer toutes les multiples manœuvres du pouvoir et de ses clientèles. Ils sont parvenus à dépasser les divisions que le pouvoir a pu insidieusement inculquer dans l’esprit de beaucoup d’Algériens. Ils ont résisté aux compagnes ininterrompues menées tambours battants par les médias publics et privés et aux sirènes de la guerre civile venant de certaines voix marginales qui évoluent dans la proche périphérie du régime.

Les Algériennes et les Algériens continuent à résister à la répression, aux intimidations. Ce long parcours marqué par un pacifisme inouï a pu aider à forger une conscience politique indéniable et à l’émergence d’une jeunesse consciente qui anime le Hirak. En revanche, et c’est peut-être là le point faible de ce mouvement, il faut signaler son incapacité à se doter d’une forme d’organisation et de se donner une représentation politique capable, in fine, de constituer une alternative au pouvoir en place.

Le PAD et les perspectives du mouvement

De toutes les tentatives d’organisation qui ont émergé depuis les débuts de ce processus révolutionnaire, seul le PAD a montré une certaine cohérence et une relative longévité. Ce pacte qui regroupe des partis démocratiques et de gauche, des organisations de la société civile et des personnalités politiques, propose une feuille de route en rupture avec le pouvoir. Elle propose un processus constituant sous le contrôle populaire et c’est en ce sens qu’elle est en parfaite symbiose avec le Hirak.

Contrairement à ce que certaines voix malintentionnées clament çà et là, le PAD ne s’est jamais autoproclamé représentant du Hirak. Il veut proposer des issues à la mobilisation pour la sortir de la voie de garage qui la guette. Sa feuille de route est claire et le Pacte reste ouvert à toutes les initiatives qui respectent ses orientations.

Augmenter la pression sur le pouvoir

Le premier anniversaire du mouvement populaire approche à grands pas et la tension va aller crescendo. En effet, tout le monde a compris que le plus dur reste à faire. On parle déjà d’une manifestation nationale à Alger, une excellente initiative pour changer le rapport de force et obliger le pouvoir à négocier avec le Hirak. Si cette manifestation nationale était accompagnée d’une occupation d’Alger pour au moins 24 heures, elle aurait certainement une plus grande efficacité. Une grève générale qui va paralyser les secteurs névralgiques de l’économie est à envisager également.

En définitive, le mouvement populaire doit diversifier les moyens de pression et les radicaliser tout en maintenant leur caractère pacifique. Il est également temps qu’il pense à se constituer comme une alternative crédible face au pouvoir.

Mohamed Arroudj

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