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Benjamin Stora : « Le Hirak constitue un moment de rupture »

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Benjamin Stora

L’historien Benjamin Stora est revenu, dans un entretien accordé au quotidien français La Croix le jeudi 30 janvier, sur le hirak, le mouvement populaire en cours en Algérie depuis février, et parle des traditions révolutionnaires de l’Algérie qu’il qualifie de « société du refus ».

A la question de savoir si l’on peut qualifier le mouvement populaire en Algérie de « révolution », Benjamin Stora dira que « le hirak constitue un moment de rupture » en Algérie qui citera quelques acquis de ce mouvement.

« Pour la première fois depuis l’indépendance de l’Algérie, un président en exercice est contraint de quitter le pouvoir par un mouvement populaire. Des personnages clés du système, deux anciens Premiers ministres, des oligarques et surtout les chefs des services de sécurité, le général Médiène dit Toufik et Athmane Tartag son successeur, ont été arrêtés et incarcérés », dira Benjamin Stora qui ajoute : « Il était inimaginable, au vu de leur prestige et de la peur qu’ils inspiraient, que de tels puissants personnages finissent un jour derrière les barreaux. »

Pour Benjamin Stora, la France s’est trompée et se trompe « car elle pose un regard d’immobilisme absolu sur l’Algérie » ce qui l’a empêchée de voir venir et de comprendre « la révolution (qui) éclate le 22 février ». « Le mouvement était d’une extraordinaire profondeur, nourri par un mouvement social, chronique, depuis des années. Pour paraphraser la situation française, il y a eu convergence des luttes. Des millions de personnes sont sorties dans la rue, et continuent à le faire, et le président a été chassé. Si cela ne s’appelle pas une révolution, alors comment l’appeler même si le centre du pouvoir, l’armée, peut paraître identique ? », s’interroge faussement Benjamin Stora sur la nature du mouvement populaire en Algérie.

L’historien français revient ensuite sur cette seconde erreur qui consiste à sous-estimer le caractère révolutionnaire du peuple algérien ! « Non, le pays n’était pas pacifié comme le croient tant de Français. L’Algérie est une société du refus », tranche l’historien Benjamin Strora qui souligne que la conquête « a été une guerre de trente ans de 1832 à 1871 avec des résistances ininterrompues » et que, « en 1916 encore, la révolte des Aurès a été réprimée dans le sang ». Il cite également la révolution française, la révolution kémaliste et la révolution égyptienne qui, dit-il, « constituent la matrice idéologique de l’Algérie » et ont façonné l' »imaginaire révolutionnaire » des leaders politiques. « Cette conquête de l’état de droit, ancienne, ne peut exister que par des démarches de rupture. D’où cette radicalité de la société que l’on ne trouve nulle part ailleurs », explique encore l’historien français.

Par ailleurs, Benjamin Stora estime que le hirak a été une réussite « si l’on mesure combien il a bouleversé la société » algérienne et que désormais « un seuil a été franchi sur lequel il sera très difficile de revenir ».

L’historien français notre plusieurs « fractures » de la société algérienne dont deux qu’il juge « déterminantes » : la hantise de la « congolisation » et le chômage endémique. « Les tentations de séparatisme, de régionalisme perdurent car, il n’y a jamais eu de volonté de définir, sur la base d’une nation centralisée, le respect des minorités », estime Benjamin Stora pour ce qui est de la fracture identitaire. Pour ce qui est de la fracture sociale, il indique que « les jeunes si nombreux – plus de la moitié de la population a moins de 30 ans – se sentent mis à l’écart de la société, alors qu’une classe sociale supérieure s’est fortement enrichie avec les hydrocarbures et la corruption sans se soucier de développer l’économie ».

Tout en refusant de se laisser aller au jeu des pronostics sur l’avenir de l’Algérie, Benjamin Stora que « si aucun contre-pouvoir s’organise, le risque de déboucher sur un système à l’égyptienne, avec une armée pleinement aux commandes, arguant de la menace aux frontières avec la Libye, le Mali et le Niger, ne peut être exclu ».

Benjamin Stora vient de publier « Retours d’histoire, l’Algérie après Bouteflika » chez Bayard.

Synthèse I. F.

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Mellah hocine
Mellah hocine
7 mois plus tôt

Toujours égal à lui-même ce Benjamin Stora qui ne cesse d’évoluer au côté du peuple Algérien . Déjà lors de la révolution , il ira chercher toutes ces zones d’ombre de la révolution pour les porter au niveau du monde. Bravo pour cette réflexion sur le hirak qui est exactement comme il le dit.

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