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Hirak populaire : ne pas reproduire l’échec

La Rédaction

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Ce présent article se veut une contribution au débat qui traverse le Hirak en ce moment fatidique. Un débat relatif à la question de l’organisation. Il constitue une modeste réponse à ceux qui s’appuient sur « l’échec » ou la « trahison » du mouvement 2001 en Kabylie, pour justifier l’inertie politique et le rejet de toute forme d’organisation du processus révolutionnaire en cours.

La comparaison que font certains acteurs et analystes entre le hirak actuel et le mouvement de 2001 ne tient pas en compte des périodes historiques, des rapports de forces de l’époque et les limites du mouvement de 2001 et ce, malgré les similitudes qui peuvent exister entre ces deux expériences. Pour nous, il ne s’agit pas de réduire « l’échec » de 2001 à une simple opération de « Moukhabarate », de Zaimisme ou une simple « trahison » des délégués du mouvement, mais de tirer les enseignements d’une expérience politique assez riche d’enseignement.

C’est en creusant dans la nature du mouvement, de ses limites structurelle et l’impasse politique de sa direction que nous pouvons comprendre « l’échec » de cette expérience, non la réduire a la question de l’organisation. Une organisation nécessaire à tout changement dans la vie des nations.

Retour sur la nature du mouvement de 2001

A l’instar du processus révolutionnaire en cours depuis Février 2019, le mouvement populaire ou citoyen de 2001 est majoritairement composé de classes populaire, c’est a dire un mouvement Interclassiste. Ce mouvement populaire a pu mobiliser autour de ses structures et actions toutes les couches sociales : travailleurs (industrie et Fonction publique), chômeurs, étudiants, commerçants, fonctions libérales, etc. Cependant, ces couches-là ne se sont pas organisées et n’adhèrent pas sur la base de leurs identités professionnelles ou de classe, elles se diluent dans la masse. Elles adhèrent plutôt sur la base d’appartenance spatiale en mettant de côté leurs propres revendications « spécifiques ». Quant à la bourgeoisie locale, c’est le double jeu. Elle participe partiellement au financement du mouvement sans couper le cordon ombilical avec le régime (elle ne met pas ses œufs dans le même panier). Elle ne prend pas de tache dans la construction du mouvement mais elle arrive à sauvegarder ses intérêts (selon certain témoignages, des patrons locaux incitent leurs enfants à participer aux émeutes pou se refaire une virginité et éviter que leurs biens ne soient la cible des émeutiers en colère).

Certes, la jeunesse exclue et précarisée était le fer de lance de la contestation, mais le processus de structuration était l’œuvre d’anciens militants du MCB (Mouvement culturel berbère), de syndicalistes, de militants associatifs et de cadres moyens de partis politiques démocratiques et d’extrême gauche. Les structures du mouvement étaient animées essentiellement par cette génération post indépendance qui a bénéficié de la scolarisation massive, qui appartient à cette classe moyenne précarisée et en crise et dont la majorité travaille dans le secteur de la Fonction publique. Quant aux jeunes émeutiers, même s’ils exerçaient une grande pression sur les structures, ils sont absents dans les centres de décision, soit au niveau local ou national.

Limites et contradictions du hirak

En l’absence d’expériences politiques et organisationnelles, la jeunesse révoltée n’a pas pu peser dans les rapports de forces internes au mouvement. C’est aussi le cas des femmes et d’autres corporations socioprofessionnelles qui ont été exclues de la dynamique de construction et de gestion du mouvement. Chose qui a contribué pas seulement à le décrédibiliser, mais aussi à se priver d’un capital politique considérable et de relais organisés pour se construire au niveau local et national.

Certes, après la grande répression du 14 juin 2001, le régime a établit une sorte « cordon sanitaire » autour du mouvement pour éviter toute forme de contagion dans le pays. Un fait qui marque le début du déclin de la dynamique, qui n’a pas pu s`étendre à l’ensemble du pays malgré la vague des émeutes qui a secoué 43 wilaya du pays.

Cependant, la crise du mouvement citoyen ne se résume pas seulement à la répression dans la mesure où il a vécu plusieurs scissions. La crise s’explique aussi par l’exclusion des syndicats combatifs, des coordinations estudiantines et par l’autarcie politique du mouvement vis à vis des luttes syndicales et populaires qu’a connues le pays dans la même période. Bureaucratisée en cours de route, la direction du mouvement n’a pas fourni les efforts nécessaires pour faire jonction avec les mouvements de contestation et élaborer un projet alternatif au régime.

Une somme de contradictions politiques, de limites organisationnelles et structurelles ont porté le mouvement droit dans l’impasse. « Se posant en tutelle politique et morale des Kabyles, s’interdisant tout débat ouvert sur la société autrement que sur le ton de la messe dite sur un texte scellé et non négociable, le gros de la structure de «commandement» tend à fonctionner de façon tres proche du sectarisme.

Enferrés dans l’affrontement et l’émeute tout au long des années 2001 et 2002, les comités finissent par se trouver coupés de la population fatiguée par un combat sans fin et sans perspective. C’est une dérive groupusculaire qui pointe dès la fin du moment fondateur et qui se confirme chemin faisant», souligne le sociologue Mohamed Brahim Salhi. Quant au régime, «il ne manque pas d’utiliser l’échec de la contestation sociale pour continuer sa politique anti-démocratique et anti-sociale». C’est l’échec recommencé et un autre printemps de raté.

Enfin, la direction du mouvement qui n’a été ni dans une posture de renversement du régime et ni réformiste a préféré négocier sa plate forme dans une phase de divisions et de recul du mouvement. Malheureusement, malgré certains acquis non capitalisés, la population a enregistré cette expérience comme une défaite, dont l’onde de choc se fait sentir a présent.

C’est l’ensemble de ces contradictions politiques et organisationnelles que les militants politiques ou ceux qu’on appelle les Hirakistes doivent éviter. Il s’agit aujourd’hui de s’organiser d’avantage et ne pas reproduire les « échecs » des mouvements sociaux qu’a connus le pays depuis notre indépendance. Il est aussi nécessaire de faire une Halte sur le Hirak populaire en cours et faire les bilans et peser les rapports de forces loin de toute forme de dogmatisme et ce, pour faire avancer notre lutte sur le terrain.

Samir Larabi

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Invité
Ben

Le hirak constitue une mouvance démocratique et populaire, qui ce dois aujourd’hui de trouver les outils nécessaires pour ce structuré. Au bout d’une année cela ne peut plus continuer ainssi. Au corps indépendant avocat, ingénieur, scientifique, journaliste,prof de toutes matières de ce réunir afin de définir les grandes lignes du hirak, il devient urgent que la matière grise s exprime, et deviennent l interlocuteur du pouvoir. Sinon on aura rien fais ni acquis……..

derouche
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derouche

La relance et la structuration de la revolution algerienne, 7apres son declenchement en 54, n’a eu lieu que lorsque les deux parties en confrontation ( algerien et francais) etaient contraints de se determiner apres les evenements d’aout 55. Ce qui attend le hirak c’est de generer une action qui doit contraindre tout le monde a se determiner, comme en aout 55. Ah, Zighout si tu revenai! La salmia doit trouver des formes de lutte adaptees pour depasser cette situation de « blocage » pour atteindre ses objectifs.Le regime est dans ses certitudes, et il n’en demord pas. Les feuilles de route non… Lire plus »

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