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Que faire face à un pouvoir sourd ?

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La rue algérienne va boucler, dans moins d’un mois, une année de combat contre un système autoritaire bien enraciné. Une longévité de la mobilisation qui constitue une première dans l’histoire. Ce pouvoir qui s’est imposé par la force au lendemain de l’indépendance, a eu le temps de gangrener tous les rouages de l’état et toutes les institutions du pays.

Malgré la mobilisation massive, l’action ininterrompue et pacifique des classes populaires, le pouvoir a fait et continue à faire la sourde oreille face aux revendications du peuple. Il use de tous les stratagèmes pour survivre à cette impressionnante lame de fond populaire, d’où son refus catégorique de faire la moindre concession aux millions d’Algériens mobilisés.

En effet, sa feuille de route n’a qu’un seul objectif, celui de survivre à tout prix en comptant sur un éventuel essoufflement du mouvement. Il s’est engagé dans une fuite en avant sans en aucun cas envisager des conséquences désastreuses si la situation venait à prendre une mauvaise tournure. Les intérêts sont, en effet, immenses, et ils ne s’imaginent pas en être dépossédés.

Pourtant, Il doit se rendre compte, qu’en dépit de toutes les entourloupes, toutes les manœuvres, les vraies fausses solutions, les arrestations et la répression qu’il a adoptées jusque-là, la rue demeure déterminée à réaliser son objectif initial: mettre hors d’état de nuire toute la bande mafieuse qui a ruiné le pays.

La désignation d’un président et d’un nouveau chef de l’état-major de l’armée ne change absolument rien. Les mêmes pratiques perdurent et l’objectif demeure le même: sauver le régime. On continue à arrêter à tour de bras, à bloquer les accès vers les lieux de manifestations et à interdire des réunions aux partis politiques et aux organisations de la société civile.

Les manifestations massives continuent, mais sont-elles suffisantes ?

La rue continue à gronder et ne laisse entrevoir aucun signe de fléchissement, mais force est de constater qu’au vu des acquis arrachés, la mobilisation des mardis et vendredis s’avère, le moins que l’on puisse dire, insuffisante pour faire bouger les lignes.

L’objectif n’est nullement de minimiser les acquis indiscutables du mouvement comme la mise à l’écart de Bouteflika et d’une partie de sa bande, mais plutôt de sensibiliser le Hirak et ses animateurs sur les risques d’un enlisement. Si jusque-là, toutes les manœuvres du pouvoir n’ont pas pu faire vaciller la détermination et l’unité du mouvement, cette résistance ne peut pas tenir éternellement. D’où la nécessité de réfléchir à une nouvelle stratégie pour réaliser la rupture tant espérée. D’autres moyens de pression s’imposent afin de faire fléchir le pouvoir militaire.

La rue qui craint pour son unité et sa cohésion hésite à franchir le pas et à adopter des moyens de pression plus radicaux pour faire plier le régime. Ce qui rend cette équation quasi insoluble est, sans l’ombre d’un doute, l’absence d’une direction politique du mouvement capable de l’organiser, de lui proposer des initiatives et faire en sorte qu’il se constitue comme une alternative au pouvoir.

Malheureusement, ce refus de toute organisation risque à terme de nuire au processus révolutionnaire en cours. D’ailleurs, les voix hostiles à toute forme d’organisation ne jouent-elles pas le jeu du pouvoir quand elles n’émanent pas directement de lui.

Parmi les moyens de pression, il y a la grève générale. Partiellement suivie à l’occasion de la dernière mascarade électorale, elle constitue un moyen efficace si elle parvenait à toucher les secteurs névralgiques de l’économie. L’occupation des places publiques et l’organisation d’une marche nationale à Alger sont également des actions d’une première importance.

Le PAD et le Hirak

Le Pacte pour l’Alternative Démocratique qui regroupe des associations de la société civile, des personnalités ainsi que des partis d’obédience démocratique et d’autres de gauche est une initiative à saluer dans la mesure où elle reprend les revendications essentielles du Hirak comme l’exigence d’une période de transition et d’un processus constituant, mais surtout, la rupture avec le système en place. Les assises qu’ils comptent organiser dans les prochains jours peut lui donner plus de visibilité et de crédibilité surtout s’ils arrivent à brasser large en gagnant à leur organisation d’autres courants et personnalités politiques.

La difficulté de ce pacte est d’abord de trouver un écho favorable au sein du Hirak dont la méfiance envers la classe politique n’est plus à démontrer, ensuite à sortir de la capitale et des villes du centre.

La tâche est certes ardue, mais le jeu vaut la chandelle. De plus, la feuille de route doit réserver une place plus importante aux aspirations des classes populaires qui constituent le cœur du mouvement.

L’absence des travailleurs…

Nul ne peut ignorer que l’essentiel des troupes du mouvement est constitué des classes populaires (travailleurs, chômeurs, jeunesse des quartiers et villages, femmes…). Si au début du mouvement, nous avions assisté à la mobilisation de quelques secteurs dans la fonction publique comme l’éducation et à quelques tentatives militantes dans le but de se réapproprier l’UGTA, la suite a consacré l’absence des travailleurs en tant que classe organisée et consciente de ses intérêts.

La domestication de la centrale UGTA qui a cautionné toutes les dérives du pouvoir de Bouteflika, notamment sa politique néolibérale antisociale imposée aux travailleurs, la généralisation de la corruption et la faiblesse des syndicats autonomes dont l’influence s’est limitée à l’éducation expliquent l’état dans lequel se trouve la classe ouvrière en Algérie.

Le rôle des syndicalistes et des militants est de s’adresser aux travailleurs, les sensibiliser à l’importance de leur présence dans le mouvement avec leurs revendications. Expliquer également les effets des politiques économiques du pouvoir en place (loi sur les hydrocarbures, loi de finances, exploitation du gaz de schiste…) sur les classes populaires et l’environnement. Des politiques en faveur des multinationales et des états impérialistes qui visent à déposséder le peuple de ses propres richesses.

Par ces politiques, le pouvoir illégitime cherche la caution et le soutien des puissances impérialistes qui veulent la main mise sur toutes les richesses du pays.

La décision de s’engager dans l’exploitation du gaz de schiste obéit à cette logique. Les compagnies pétrolières ont exigé de nos pantins cette nouvelle orientation au détriment du désastre écologique annoncé.

Le mouvement populaire a bien fait de dénoncer cette orientation économique du pouvoir en place qui ne pense qu’à ses intérêts et à sa survie. La mobilisation contre cette dérive ne doit pas se limiter aux villes du Sud, mais doit se généraliser atout le pays.

Le mouvement populaire, ses animateurs ainsi que tous les acteurs de la société civile doivent approfondir la réflexion pour trouver les moyens de dépasser la situation actuelle, mais surtout les moyens pour réaliser ses revendications. La question de la structuration doit être au cœur du débat, car il y va de l’avenir du Hirak.

Mohamed Arroudj

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