Connectez-vous avec nous

Actu

Lahouari Addi : légalité et légitimité à la lumière du hirak en Algérie

Publié

le

Après de 11 mois de dissidence et de manifestations, le mouvement populaire est autant légitime pour le peuple qu’il est illégal aux yeux du pouvoir. Lahouari Addi examine les concepts de légalité et de légitimité à la lumière du hirak. Analyse.

Ecoutons cette mère de famille qui a manifesté vendredi 20 décembre 2019 à Alger (voir vidéo ci-dessous) au milieu de dizaines de milliers d’autres manifestants. Avec ses propres mots, elle explique une problématique de science politique : la différence entre légalité et légitimité. Elle explique que la légalité a besoin de la légitimité pour être acceptée.

Cette citoyenne ordinaire est représentative du hirak qui, depuis le 22 février 2019, remet en cause la légalité d’un régime qui a rompu avec la légitimité. Dès lors que les masses investissent la rue et le champ politique, c’est-à-dire enlèvent le monopole de la politique des mains d’une minorité, l’histoire a basculé dans la modernité. C’est la thèse de la philosophe allemande Hanna Arendt qui explique que l’histoire moderne a commencé avec l’irruption des masses dans le champ politique (Essai sur les révolutions).

Certains slogans brandis par les manifestants en Algérie comme « seul le peuple est souverain » font écho à des théories politiques modernes. De ce point de vue, en voulant enlever le monopole de la politique des mains d’une vingtaine de généraux qui désignent le président, choisissent les ministres et les députés, le Hirak fait basculer le pays dans la modernité.

Il y a eu le précédent 1954-62 au cours duquel les masses se sont organisées dans le FLN pour détruire l’ordre colonial et construire l’Etat national. Mais en 1962, l’histoire a bégayé et l’Etat indépendant a refoulé les masses du champ politique. Le Hrak vise à rectifier la déviation historique de 1962.

Dans cette crise, deux camps s’opposent : l’Etat-Major qui demande le respect de la légalité et le citoyen ordinaire qui exige le retour à la légitimité.

Quelle est la définition de ces deux notions et quel est leur rapport dans le champ constitutionnel ?

La légalité est le cadre politico-juridique imposé par celui qui détient le monopole de la violence ; elle est liée à un pouvoir de fait. Un pouvoir oppresseur peut être légal du fait qu’il s’impose par la force. Un système politico-juridique légal peut ne pas être légitime.

Avant 1962, l’Algérie était soumise à la légalité du pouvoir colonial. L’apartheid était légal en Afrique du Sud et l’autorité d’Israël dans les territoires occupés de la Palestine est légale, mais dans les trois cas, il y illégitimité de la loi.

Le mot légalité est lié au mot loi qui est en général décrétée par un pouvoir d’Etat quel qu’il soit. Pour la science politique, toute loi, décrétée par un pouvoir d’Etat, est légale même si elle est injuste aux yeux de nombreux citoyens. Tant que le pouvoir détient le monopole de la violence et a une administration et des services de sécurité pour s’imposer sa loi est considérée comme légale. Elle n’est pas pour autant légitime car la légitimité est l’idéologie par laquelle un régime se fait accepter sans recourir à la coercition physique contre un grand nombre.

Un citoyen obéit volontairement à un responsable s’il considère qu’il est légitime pour exercer l’autorité publique et à donner des ordres au nom de l’Etat. De ce point de vue, toute légalité a besoin de légitimité.

En régime démocratique, la légalité a pour base la légitimité électorale. La crise en Algérie s’explique principalement de ce que la majorité de la population considère que le régime n’est pas légitime. A. Tebboune est le président légal mais il n’est pas légitime aux yeux de la majorité de la population qui, à 92%, n’a pas voté.

En régime démocratique, la légalité se soumet à la légitimité électorale. En régime autoritaire, la légalité ignore la légitimité et la combat par la violence d’Etat (police et justice) et par le trucage des élections.

En un mot, ce que l’Algérie apprend aux étudiants de science politique, c’est que Tebboune est un président légal illégitime. La question à poser est jusqu’à quand ?

Lahouari Addi

« Légalité et légitimité à la lumière du Hirak en Algérie« , publié sur son mur Facebook

1 Commentaire
S'abonner
Me notifier des
guest
1 Commentaire
plus anciens
plus récents plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
omar khayyam
omar khayyam
1 année plus tôt

choufi ya madame, d abord je te tire chapeau pour ton courage de trainer chorfi et younes dans la boue, mais tout le monde sait tres bien qu ils sont tous des valets sous la bottes des generaux, le regime algerien est un regime militaire, et restera militaire jusqu a la victoire totale du civil sur le militaire, et la ce n est pas une guerre dans le sens propre su terme mais une lutte d idees et de choix populaire pour l interet supreme du pays,

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Publicité
Coronavirus dans le monde

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

A La Une

Articles récents

Coronavirus en Algérie

Populaires

1
0
J'adorerais vos pensées, veuillez commenter.x
()
x