Connectez-vous avec nous

Actu

Jeunesse algérienne et auto-organisation

La Rédaction

Publié

le

Si l’on s’accorde à dire que cette jeunesse a subi tous les affres de ce pouvoir mafieux (ignorance, délinquance, marginalisation,…), alors exiger d’elle des choses qu’elle n’a jamais expérimentées, connues ou vécues, comme l’auto-organisation, c’est, dans un sens, lui demander l’impossible !

Avant de parler de l’auto-organisation, il serait utile de rappeler que cette jeunesse a été façonnée par les réseaux sociaux, qui rêve de visa ou de harga, qui méprise le savoir, qui n’a connu, depuis sa naissance, que Boutef, et qui n’a aucun lien, de près ou de loin, avec l’histoire de l’Algérie, de 54-62, 1980, 1988, 1992, 2001, 2011,…

Aujourd’hui et plus que jamais, il est primordial que cette jeunesse qui a été largement façonné par ce pouvoir (pessimisme, aliénation, fanatisation…) découvre l’auto-organisation et offre des perspectives au mouvement.

Le premier acte politique et militant, de la grande majorité de cette jeunesse, a eu lieu le 22 février 2019. Le niveau de conscience politique et la trahison calculée et organisée, d’une partie de cette jeunesse, en 2001, expliquent le fait que tous les divers appels pour l’auto-organisation n’ont eu aucun écho. Il faut reconstruire cette jeunesse en retournant aux éléments de base, à l’ABC des mouvements sociaux, en ouvrant des débats sur comment organiser et gérer les débats, surtout ceux qui sont contradictoires, le sens d’un comité, ses fonctions, ses limites, les élections des instances de ce comité, les grèves, les manifestations, les sit-in, la désobéissance civile,…

Notre jeunesse ignore malheureusement tous ces importants concepts et moyens de lutte et c’est ce qui fait que notre mouvement n’avance pas comme on l’aurait souhaité. Il est dans un sens stagné et tourne autour du pot avec les marches des vendredi-mardi et est devenu une sorte de jeu de réaction-réponse aux décisions et discours du pouvoir et sans prendre aucune autre initiative en dehors de ce cadre, préfixé depuis le 22 février.

Pour briser ce carcan, les jeunes doivent tirer profit de certaines erreurs du passé et prendre l’initiative. Les anciens, sans essayer ou tenter de se substituer aux jeunes, doivent les accompagner et les guider dans l’organisation de leur révolte. C’est en accompagnant ces jeunes, inexpérimentés, dans toutes les  taches basiques qu’on arrivera à construire et à organiser ce mouvement qui peine à avancer.

La grève générale qui a pris de l’ampleur, du 8 – 12 décembre, sur tout le territoire national a été un moment propice pour ancrer des traditions de luttes qui ont étés effacées de la mémoire collective depuis la décennie noire. Il est du devoir de toutes et de tous d’intervenir avec force pour organiser les prochaines grèves et autres formes de lutte afin de les faire aboutir et les propager sur toutes les régions et dans tous les secteurs. Nos efforts ne pourront aboutir qu’avec notre auto-organisation qui tarde à se mettre en place. L’auto-organisation est l’unique arme qui achèvera ce système et coupera l’herbe sous les pieds de ceux qui s’agitent avec leurs conceptions « strapontinistes ». Cette auto-organisation, que beaucoup évitent pour des raisons politiciennes, s’est imposée à nous et est notre seul rempart contre le chaos depuis le premier jour de notre révolte qui a débutée le 22 février.

Beaucoup d’organisations, de partis, de personnalités politiques ont rejoint cet appel à l’auto-organisation, en théorie, mais presque aucun effort n’a été consenti pour sa mise en place réelle sur le terrain ni pour l’expliquer au près de la jeunesse. Pis, certains ont confondu l’auto-organisation avec la structuration du mouvement d’en haut, en pensant qu’il suffirait que les appareils se rencontrent pour que naisse l’auto-organisation ! C’est une approche qui a grandement nui au vrai sens de l’auto-organisation censée venir d’en bas.

La structuration ou ces appareils, parachutés, d’en haut ne feront que se bureaucratiser, se mettre à la merci de toute sortes de compromis, de corruptions, de non représentativités, et seront toujours, sans exceptions, des terrains propices à toutes les nuisances au mouvement, en tant que tel. Ce qui les rendra encore caducs et dangereux. L’histoire de l’humanité en est témoin, c’est la course aux strapontins qui apparaitra entre les « représentants » de ces appareils. Ce microbe, incontournable, est dû, essentiellement, au manque flagrant de contrôle, de ces appareils-apparatchiks, vu l’absence d’une base pour laquelle ils sont supposés rendre des comptes.

La vraie auto-organisation se fait au niveau de la base. Dans les usines, les entreprises, les universités, les quartiers, les villages, les villes,….dans les lieus où les gens se rencontrent, discutent politique, avancent des propositions, élisent des personnes qu’ils connaissent et qu’ils peuvent contrôler, avec des mandats clairs et nets et révocables à tout moment.

Ces comités vont déboucher automatiquement sur des coordinations entre eux et c’est à partir de là qu’ils vont raffiner-fusionner-coordonner-synthétiser toutes les aspirations de ceux qui les ont mandatés. C’est sur la base de toutes ces discussions, débats, échanges, propositions locales, régionales et nationales,… qu’une constituante, constitution ou autres émergeront de cette base populaire et non pas des rencontres des apparatchiks d’en haut qui ne représentent qu’eux-mêmes et sans aucune assises, ni mandats populaires !

Le temps des ordres d’en haut, à la manière jacobiniste-FLNiste, est révolu et on doit s’adapter à cette nouvelle ère ouverte par la déferlante du 22 février 2019, tout en tirant profit, bien sûr, des expériences du monde qui nous entoure.

Rachid Hamal

1 Commentaire

1
Poster un Commentaire

avatar
1 Fils de commentaires
0 Réponses au fil
0 Les abonnés
 
Commentaire le plus réagi
Fil de commentaire le plus chaud
1 Commenter les auteurs
Mellah hocine Commentaires récents des auteurs
  S'abonner  
plus récents plus anciens plus de votes
Me notifier des
Mellah hocine
Invité
Mellah hocine

L’auto organisation d’un mouvement issu de nulle part et que personne n’attendait reste une oeuvre de longue haleine. L’intronisation des Mardis pour les marches des étudiants et des vendredis pour toute la population ( hommes ,femmes, vieux et jeunes ) est déjà un pan de cette auto organisation. L’aspect Selmya -pacifique- de ces marchés , respecté sur l’ensemble du territoire , est déjà un autre pan de cette auto organisation. Comme , vous l’écrivez, l’auto organisation ne veut pas dire la structuration du mouvement. La structuration d’un tel mouvement tendra inévitablement vers sa dislocation , comme fut le mouvement de… Lire plus »

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Publicité

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

A La Une

Articles récents

Populaires