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Politique

Le pouvoir tient coûte que coûte à sa présidentielle

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Le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah va-t-il réussir son pari : imposer à la rue algérienne une présidentielle que celle-ci dénonce comme une « mascarade électorale » ? Le scrutin, très contesté, se déroulera sous haute protection de la police et de l’armée.

La tension monte à la veille de la présidentielle algérienne, le 12 décembre 2019. Le pouvoir est prêt à passer en force pour imposer cette élection contestée par une bonne partie de la population et veut imposer un des cinq candidats (sur 22 postulants) validés par l’Autorité nationale indépendante électorale (ANIE). Parmi eux, on compte quatre anciens ministres du président déchu Abdelaziz Bouteflika, resté à la tête du pays durant 20 ans.

Mais la question qui peut inquiéter le régime, c’est le taux de participation. Les quelque 24 millions d’Algériens en âge de voter (ils doivent avoir plus de 19 ans) vont-il se déplacer jusqu’aux urnes ? Vont-ils gêner la tenue du scrutin ?

Conscient du défi, l’homme fort du moment, le chef d’état-major de l’armée Ahmed Gaïd Salah, a donné pour instruction aux personnels militaires de s’acquitter du « devoir électoral », « conformément à l’instruction que j’ai émise dans ce sens et en conformité avec les dispositions légales applicables dans ce domaine », a-t-il affirmé dans un communiqué comminatoire.

Sur le résultat lui-même, pas d’inquiétude. Les cinq candidats, triés sur le volet, sont tous compatibles avec l’oligarchie politico-militaire au pouvoir. A moins que la journée du 12 décembre ne tourne à l’émeute, l’un d’entre eux sera élu, quitte à se satisfaire d’une très faible participation. 

Cinq candidats en lice issus du sérail

Parmi les candidats, figurent deux anciens Premiers ministres de Bouteflika : Ali Benflis, 75 ans, et Abdelmadjid Tebboune, 74 ans. Deux personnages issus du sérail, mais qui se sont montrés parfois critiques.

Poids lourd du scrutin (à deux tours), Ali Benflis s’efforce depuis quinze ans de revenir aux affaires après avoir été mis sur la touche. Il a perdu à deux reprises contre Abdelaziz Bouteflika, en 2003 puis en 2014, arrivant à chaque fois en deuxième position.

Aujourd’hui, il prétend incarner une « opposition responsable ». En 2014, il déclarait dans un entretien à L’Express : « J’incarne une autre forme de protestation contre un système corrompu, vieillissant et finissant. » Une phrase forte qui ressemble aux slogans entendus dans les rue du pays ces derniers mois. Pour autant, le Hirak ( (la contestation populaire) ne lui fait pas confiance et empêche la tenue de ses meetings. Les Algériens n’ont pas oublié que l’homme a été Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika (en 2000) après avoir dirigé sa campagne électorale.

Egalement ancien Premier ministre de Bouteflika, Abdelmadjid Tebboune se présente lui aussi comme un candidat « indépendant ». Agé de 73 ans, il a été haut fonctionnaire, puis plusieurs fois préfet. En 1999, quand Bouteflika arrive au pouvoir, Tebboune est nommé ministre de la Communication. Il prend en mai 2017 les rênes du gouvernement, avant d’être limogé abruptement sur fond de lutte des clans. Une opération mains propres (contre l’argent sale), initiée par son gouvernement à l’encontre d’un certain nombre de grands patrons lui coûtera son poste. Il sera remercié au bout de trois mois.

Parmi les cinq « promus », on retrouve également Azzedine Mihoubi, ex-ministre de la Culture et secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique (RNB), traditionnel soutien du président Bouteflika. Le président du RNB, l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, est actuellement en prison pour corruption. Azzedine Mihoubi a été (jusqu’en mars 2019) le dernier ministre de la Culture du président déchu. Fidèle parmi les fidèles, cet ancien journaliste et écrivain affirme vouloir « établir une République exemplaire ». Selon certains observateurs, Il aurait les faveurs du régime.

Egalement candidats à la magistrature suprême, Abdelaziz Belaïd, ancien cadre du FLN et fondateur en 2012 du petit parti le Front El Moustakbel, est le seul candidat à n’avoir occupé aucun poste gouvernemental sous Bouteflika. Son programme est axé sur l’éducation et la santé.

Enfin, Abdelkader Bengrina, 57 ans, ancien ministre du Tourisme, est moqué sur les réseaux sociaux, en raison de sa prétention à vouloir se présenter comme le candidat officiel du Hirak. Il se présente pour sa part sous les couleurs d’El-Bina, un parti membre d’une coalition islamiste qui compte plusieurs dizaines de députés au Parlement. Il propose d’augmenter les salaires et d’instaurer une allocation pour les femmes au foyer. 

Mais quel que soit le président élu, il bénéficiera d’une très faible légitimité, ce qui limitera sa capacité à gouverner. 

Intimider les opposants et la population

Malgré les centaines de milliers d’Algériens qui défilent chaque vendredi pacifiquement dans les rues d’Alger pour réclamer des élections libres et démocratiques, le régime a jusqu’ici tenu bon. Et le scrutin, même chaotique en raison de possibles manifestations, devrait pouvoir avoir lieu, sécurisé par la police et l’armée.

Depuis 10 mois, les manifestants refusent pourtant que « le système » organise la présidentielle qui ne vise, selon eux, qu’à recycler « la vieille clique du FLN et de l’armée », au pouvoir depuis 1962. Ils réclament une période de transition pour organiser de vraies élections transparentes et pluralistes. Car ils redoutent une nouvelle fraude organisée.

Non violente et disciplinée, l’opposition en Algérie n’a pas réussi en dix mois à se structurer et à faire émerger de véritables leaders, capables d’incarner cette « Révolution du sourire ». Il faut dire que le général Ahmed Gaïd Salah a lancé une vaste campagne d’intimidation, emprisonnant à tour de bras, empêchant toute personnalité de la société civile d’émerger.

Les figures du Hirak réduites au silence

Les opposants qui signent des appels sur internet sont traqués par la police. Ils seraient plusieurs centaines à avoir été emprisonnés. Gaïd Salah a largement réprimé le mouvement d’opposition, appuyé par la justice. Un à un, les militants les plus en vue ont été arrêtés dans la rue ou à leur domicile par des policiers en civil.

Quelques figures du Hirak sont aujourd’hui en prison, comme Karim Tabbou, coordinateur de l’Union démocratique et sociale (UDS), Samir Benlarbi, figure du mouvement, ou encore Lakhdar Bouregâa, 86 ans. Officiellement, cet ancien combattant de la guerre d’indépendance est poursuivi pour « outrage à corps constitué et atteinte au moral de l’armée ». Il affirmait, lors de l’une de ses sorties publiques, que « le pouvoir avait déjà le nom du futur président et qu’il cherchait à le légitimer via une élection présidentielle à laquelle il ne prêtait pas de crédit ».

On pourrait également citer Karim Boutata et Ahcene Kadi, deux dirigeants du Rassemblement action jeunesse (RAJ), une association très active dans le mouvement. Nul ne sait à ce jour où ils se trouvent. Ils ne seront relâchés qu’après les élections, si les choses se calment. Leur libération est posée comme condition par le Hirak à toute discussion avec le pouvoir.

Le vendredi 6 décembre 2019, quelques jours avant le scrutin, plusieurs millions de citoyens ont encore manifesté dans tout le pays pour réclamer un renouvellement complet de la classe dirigeante. Une élection présidentielle à laquelle ne participeront donc aucun membre de la société civile, ni aucune figure du Hirak. Avec Francetvinfo

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