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Hakim Belahcel (FFS) : « Soyons radicaux mais pacifiques ! »

Kamel Lakhdar-Chaouche

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Le premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS), docteur Hakim Belahcel, revient dans cet entretien sur le mouvement populaire en Algérie, le rôle de la diaspora, les solutions proposées et sur les atteintes aux libertés et aux droits de l’homme.

Reprenant une phrase du chef historique du FFS, Hocine Aït Ahmed, Hakim Belahcel estime que le peuple algérien doit aller jusqu’au bout du mouvement populaire, tout en étant radical mais surtout pacifique.

Entretien réalisé à Paris par le journaliste-auteur Kamel Lakhdar Chaouche.

DzVID : Comment avez-vous trouvé l’engagement de la diaspora ?

Hakim Belahcel (FFS) : Tout d’abord, je tiens à rendre un hommage particulier ces centaines de milliers de nos compatriotes établis ici même en France et ailleurs à travers le monde, pour leur mobilisation permanente et valeureuse et pour leur contribution au prolongement de ce soulèvement populaire au-delà de nos frontières. Sans aucun doute, l’engagement et la solidarité de la diaspora contribueront à faire évoluer positivement le regard et les positions de la communauté internationale vis à vis de notre révolution populaire.

Hélas, aujourd’hui, les positions officielles de certains gouvernements occidentaux vacillent entre une complicité à peine voilée avec la politique menée par les décideurs d’Alger et la nonchalance diplomatique des autres, qui s’apparente à du mépris à l’égard des revendications légitimes du peuple algérien.

Je tiens là, sans équivoque, à préciser que la position du FFS et du peuple algérien est intransigeante sur le principe de non-ingérence des autres pays dans nos affaires internes. Ceci est un principe inaliénable et indiscutable pour nous tous. Néanmoins, nous nous insurgeons contre l’attitude méprisante de ces gouvernements qui contestent à notre peuple son droit fondamental d’accéder à la liberté et à la démocratie.

Comment s’établit la connexion entre la diaspora et le mouvement populaire sur place en Algérie ?

Hakim Belahcel (FFS) : La diaspora fut et sera un moteur de la révolution populaire. Le mouvement national et la Guerre de Libération en témoignent. Faut-il rappeler que le premier parti politique du mouvement national, l’Etoile nord-africaine (ENA), est né en France, dans la diaspora fortement impliqué le mouvement ouvrier français de l’époque. Que dire aujourd’hui à l’ère de la modernisation, d’internet et de toutes les technologies qui lient en temps réel tout le monde et de par le monde !

Le rôle la diaspora est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Car, face à cette obstination dangereuse des détenteurs et des usurpateurs du pouvoir absolu dans le pays, et devant les risques majeurs et dévastateurs de cette crise politique aiguë, le peuple algérien avec sa diaspora à l’étranger, maintient avec beaucoup de courage et de ténacité, sa mobilisation intacte pour faire échec à ce hold-up électoral du 12 décembre prochain.

L’espoir est permis et recommandé, car l’histoire de toutes les révolutions populaires à travers le monde qui ont abouti à des issues politiques satisfaisantes et celles qui continuent à se manifester et à éclore aujourd’hui étaient et sont toutes sujettes à des résistances violentes des régimes despotiques qui tentent de se maintenir par la force, par des procédés mafieux, comme la corruption, et par l’organisation de simulacres d’élection pour garantir des successions clientélistes au pouvoir. Ensemble nous allons vaincre ! ensemble pour déjouer cette mascarade électorale du 12 décembre prochain.

Quel est votre appel ?

Hakim Belahcel (FFS) : Mon appel est celui du Font des forces socialistes, qui tient un discours clair et intransigeant. Face à une crise profonde et multidimentionnelle comme celle à laquelle fait face l’Algérie, il faut une Assemblée constituante souveraine qui établisse un nouveau régime politique, une nouvelle Constitution, de nouvelles légitimités… L’élection d’un Président est un détail qui vient en dernière instance et surtout pas au début du processus, comme on veut nous l’imposer actuellement. C’est cela le discours du FFS depuis sa fondation.

Depuis le début du mouvement populaire, notre discours demeure le même : il nous faut passer par un processus constituant ! Et c’est quoi un processus constituant si ce n’est le « dialogue national » auquel le FFS ne cesse d’appeler, en incluant toutes les forces agissantes de la nation et tous les décideurs pour justement s’entendre sur les modalités de la « transition démocratique » du système actuel pourri et finissant vers le système auquel aspirent tous les Algériens et les Algériennes !

Ce sont tous ses principes qui dictent notre conduite au FFS pour accompagner le peuple dans sa révolution. Il me plait de vous citer ces quelques lignes du père de la Révolution française, Maximilien de Robespierre, « la force peut renverser un trône ; la sagesse seule peut fonder une république. Démêlez les pièges continuels de nos ennemis ; soyez révolutionnaires et politiques ; soyez terribles aux méchants et secourables aux malheureux ; fuyez à la fois le cruel modérantisme et l’exagération systématique des faux patriotes : soyez digne du peuple que vous représentez ; le peuple hait tous les excès ; il ne veut ni être trompé ni être protégé, il veut qu’on le défende en l’honorant. »

Aujourd’hui, le peuple algérien est en trains de subir les affres d’une campagne électorale qui met en compétition 5 candidats connus et reconnus comme étant des symboles du système honni et hauts responsables issus des pouvoirs successifs qui ont ruiné le pays, dilapidé ses richesses, asservi le peuple algérien et confisqué l’avenir des générations passées, présentes et futures.

Mon appel est de poursuivre le processus révolutionnaire de manière radicale mais pacifique. Le pacifisme est l’unique antidote contre les prophètes de malheur. C’est le Docteur qui vous parle ! Je tiens surtout à lancer un appel solennel à mes compatriotes qu’ils soient en Algérie ou établis à l’étranger à la retenue, à la méfiance et à la vigilance pour faire échec aux plans ourdis du désordre et le chaos. Notre combat est pacifique et sera toujours notre ligne de conduite jusqu’à la consécration des objectifs de la révolution populaire. Aït Ahmed disait : « Soyez radicaux et pacifiques ! » C’est une ligne de conduite à l’ordre du jour, soyons radicaux mais pacifiques !

Justement, le pourvoir met la pression pour que le peuple aille voter le 12 décembre et présente cette élection présidentielle comme la solution miracle !

Hakim Belahcel (FFS) : Je pense que les analyses de Si L’houcine (Hocine Aït Ahmed, ndlr) s’imposent. C’est lui qui disait : « Les mascarades électorales étaient un héritage du système colonial : elles n’ont pas tardé à devenir l’un des piliers de l’orthodoxie sécuritaire chargée d’assurer la pérennité du pouvoir absolu de ceux qui ont usurpé vos droits pour mieux accaparer les immenses richesses de notre pays. »

Le peuple algérien est en pleine révolution pacifique contre un système né après le coup d’Etat contre le GPRA. Depuis le référendum de 62 à ce jour, le peuple en a perdu certes des batailles, mais la révolution, radicale et pacifique menée par le FFS contre le système hérité du putsch continue. Et on est là, à Alger, et partout dans le monde, le FFS est présent et porté par les Algériennes et Algériennes. Ses couleurs et son projet sont affichées et secondées, c’est la voix du peuple.

Le mouvement populaire d’aujourd’hui constitue un phénomène social spectaculaire qui n’a pas d’égal, de par le monde, que l’ambiance fraternelle et solidaire qui a engendré la glorieuse guerre de libération nationale du joug colonial. Effectivement, au moment où la contestation populaire bat son plein et atteint son paroxysme en termes de mobilisation, grâce notamment à la brave implication de l’élite, des artistes, des étudiants, des syndicats autonomes, des partis politiques de l’opposition et des larges segments de la société civile et de la diaspora, le pouvoir algérien a répliqué, en mobilisant son arsenal autoritariste et répressif pour imposer une élection rejetée par le peuple.

Ne pensez-vous pas que la situation des libertés, notamment la liberté d’expression et de la presse, s’est dangereusement dégradée avec l’entame de la campagne électorale ?

Hakim Belahcel (FFS) : Nous suivons avec beaucoup d’inquiétude la situation des libertés et les atteintes aux droits de l’homme enregistrés dans toutes les régions d’Algérie. C’est vous dire que l’heure est grave.

La campagne électorale en perspective d’une présidentielle décidée d’une manière autoritaire par les nouveaux dignitaires du sérail algérien se déroule dans un climat tendu et hypothétique. Une ambiance marquée par un désintéressement populaire massif, accompagné d’une vague de répression tous azimut, contre les manifestants, les militants politiques et sociaux, contre les journalistes comme souligné plus haut. Nous subissons les affres d’une campagne électorale qui met en compétition cinq (5) candidats connus et reconnus comme étant des symboles et hauts responsables issus des pouvoirs successifs qui ont ruiné le pays, dilapidé ses richesses, asservi le peuple algérien et confisqué l’avenir des générations passées, présentes et futures. Le choix de ces candidats ne constitue-t-il pas déjà une autre provocation contre le peuple algérien et une défiance méprisante à l’encontre de ses aspirations légitimes ?

C’est un vœu pieu à mettre aux oubliettes. Après une légère ouverture de quelques semaines, la trappe s’est vite refermée. De l’avis même des professionnels des médias en Algérie, la situation est pire qu’à l’époque du régime de Bouteflika. Pressions, intimidation et emprisonnements sont le lot quotidien de la presse Algérie. Les télévisions privées ont été toutes muselées, les journaux imprimés sont mis au pas et la presse électronique subit de terribles restrictions. Seuls, deux journaux privées résistent pour le moment mais, la situation est intenable aussi bien au plan financier qu’environnemental. Il n’est pas exagéré de dire que jamais, depuis l’ouverture démocratique, la machine répressive n’a tourné autant à plein régime. Tout est verrouillé et soumis à la loi du silence. Les journalistes paient le prix très cher. Ils sont soumis à toutes les répressions : censures, suspensions, licenciements, chantages, intimidations, arrestations… Un dispositif fait de répression juridico-policière, de propagande médiatique mensongère et subversive, avec résurgence des archaïsmes éculés basés sur des considérations tribalistes, religieuses et identitaires.

Entretien réalisé par le journaliste-écrivain Kamel Lakhdar Chaouche

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aghioul
aghioul
9 mois plus tôt

LES KABYLES CALMEZ VOUS LA KABYLIE A TROP DONNE TROP DE MARTYRS TROP DE FEMMES VIOLEES CA SUFFIT LAISSEZ LES 45 AUTRES WILAYAS SOUFFRIR

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