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Saïd Sadi : « Amendes des prisonniers, notre dette d’honneur »

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Le nom du magistrat qui a prononcé son verdict, en violation de la loi, dans la nuit du lundi à mardi au tribunal de Sidi Mhamed (Alger) figurera en bonne place dans l’épais livre noir de la justice algérienne.

Il a condamné à des peines d’emprisonnement ferme et des amendes des jeunes qui ont manifesté pacifiquement pour la démocratie en brandissant le drapeau amazigh. A la barre, l’intelligence, la détermination, la dignité et le courage de ces détenus a déjà fait de ce procès l’un des moments qui, sans doute, contribuera à la cristallisation des référents symboliques de la révolution citoyenne. Cette attitude exemplaire nous oblige tous. Nous devons lui faire écho et l’honorer. Comment ?

Dans les années 80, quand nous étions libérés, nous refusions de nous acquitter de nos amendes. A ce jour, elles sont d’ailleurs demeurées impayées. C’était, pour nous, une manière de contester toute forme de légitimité à nos condamnations. Il est important que l’ensemble des détenus discutent de la suite à donner à cette décision afin que tous adoptent la même position. S’ils refusent de payer, il faudra que les citoyens se mobilisent à leur côté si d’aventure l’appareil judiciaire était tenté de s’acharner contre ceux qui rejettent son diktat.

Néanmoins, la politique étant évolutive, il se peut que pour diverses raisons la conjoncture dicte d’autres options. Si les jeunes condamnés choisissent le paiement, ceux qui se revendiquent de la révolution du 22 février peuvent et doivent faire de sorte que cette injustice soit l’occasion d’un sursaut patriotique.

En attendant l’Etat de droit dont le gouvernement légitime apportera la réparation morale et matérielle due à tout citoyen victime d’une erreur ou d’une faute judiciaire, nous devons veiller à ce que ces amendes ne soient pas imputées aux familles des prisonniers.

Cette peine a été infligée pour des motifs qui nous concernent tous. 
Ces militants et activistes ont été emprisonnés pour notre liberté et notre honneur.

En prenant en charge leurs amendes, nous disons à l’état-major qui les a exigées, qu’à travers les souffrances endurées par ces jeunes, c’est la Révolution qui est atteinte et qu’en conséquence, c’est à la Révolution de réagir et de se défendre en affrontant les outrances dont elle est l’objet. Chacun entend bien que la question dépasse largement le strict aspect comptable.

Les révolutions qui marquent l’Histoire sont celles qui élaborent les bonnes doctrines, prennent les bonnes décisions, adoptent les bonnes méthodes, le tout se transmettant dans l’Histoire par des actes symboliques forts.

En l’occurrence, les acteurs pouvant réaliser cette réaction citoyenne existent.

Avec des moyens dérisoires, le comité national pour la libération des détenus ( CNLD ) a déjà accompli un remarquable travail de communication, d’accompagnement moral, tout en invitant ceux qui le peuvent à se rapprocher des familles pour leur apporter un soutien financier. Toutes les ONG le savent. La première protection d’un détenu politique est l’information qui dévoile publiquement tout ce qui se rapporte à sa séquestration : manière dont est exécuté l’abus, date de sa commission, lieu de sa détention…De tout temps et en tout lieu, la hantise des pouvoirs totalitaires est la lumière.

Le CNLD pourrait organiser la prise en charge collective du paiement de ces amendes. Cette opération sera un message clair délivré au pouvoir : nous assumons solennellement ce qui est reproché à des jeunes qui ont honoré la patrie que vous avez dégradée.

En vérité, ces amendes sont d’abord les nôtres; en les payant, nous nous affranchissons d’une dette d’honneur.

Saïd Sadi

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