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Hirak : pas de révolution sans auto-organisation !

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Après plus de 8 mois de révolution avec des acquis certains dont la mise hors d’état de nuire de Bouteflika, mais aussi la formidable conscience que des masses populaires ont acquise durant les 8 mois de combat, le mouvement populaire (hirak) ne parvient pas, malgré les multiples actions, à abattre le système politique qui vacille, mais ne tombe pas.

La mobilisation sans précédent du hirak lors du 1er novembre qui a vu des millions d’Algériens et d’Algériennes envahir de nuit comme de jour les villes et les villages du pays constitue sans aucun doute un moment charnière de la jeune révolution.

Convaincus de la justesse de leurs revendications, les citoyens ont réaffirmé leur détermination à venir à bout des restes de la Issaba. On a parlé, à juste titre, de la rencontre de deux révolutions, celle de novembre 1954 et celle du mouvement populaire actuel (hirak). On a exhumé les héros d’hier à l’instar de Ali Lapointe, Abane, Ben M’hidi et de bien d’autres comme une volonté de poursuivre l’œuvre entamée il y a 64 ans, mais dévoyée par ceux qui ont usurpé la légitimité à l’indépendance.

Face à cette détermination sans faille, le régime de Gaid Salah demeure sourd, inflexible et incapable de la moindre concession, du moindre dialogue sérieux, mais s’engage, au contraire, dans une folle fuite en avant dont l’unique et l’inique objectif est de se régénérer malgré l’opposition totale de la rue.

Trop d’intérêts sont en jeu

La volonté du régime d’organiser des présidentielles, vœux, en réalité, affiché depuis le départ forcé de Bouteflika, obéit à une stratégie bien élaborée. Au départ, le pouvoir ne s’attendait pas à ce que le mouvement né du refus du cinquième mandat prenne une tournure plus radicale et revendique la chute du régime. Gaïd Salah se montrait, hypocritement, aux côtés du mouvement, lui qui naguère soutenait bec et ongles la candidature de Bouteflika. Mais devant l’ampleur de la mobilisation et le refus du rafistolage proposé par l’état-major de l’armée, (prolongation du 4e mandat, puis la présidentielle le 04 juillet) le ton a vite changé. Fini le discours conciliant et place aux menaces et à l’intimidation.

Les discours du chef de l’état‐major de l’armée deviennent récurrents et véhéments traitant le mouvement de tous les noms. La rue, de son côté, a campé sur ses positions de rupture radicale. Ne voyant pas la mobilisation reculer, notamment durant le mois de ramadan et la saison estivale, le régime passe à la répression, aux arrestations et à la propagande visant l’unité du mouvement et impose un calendrier avec à la clef une présidentielle le 12 décembre.

Que faire après le pic de mobilisation du 1er novembre ?

Aujourd’hui, le régime militaire, sans faire la moindre concession, mais au contraire, en multipliant les arrestations et la répression, met tout en œuvre pour organiser la mascarade du 12-12. Les discours de Gaïd Salah, certes moins nombreux, mais tout autant véhéments et à mille lieux de la réalité, continuent. Ils laissent pantois par leur manque de crédibilité, mais surtout par l’objectif qu’ils visent. Il est clair que le pouvoir ne veut faire aucune concession de crainte qu’il soit interprété comme un signe de faiblesse. Mais la ficelle est un peu grosse, car ce semblant d’assurance cache mal la peur réelle qui a gagné le sérail.

D’abord, son isolement est encore une fois mis en évidence par la nature même des candidats qualifiés pour la présidentielle. En effet, ils sont tous issus du cœur du système de Bouteflika. D’abord, le régime a peur de sa fin, car les intérêts en jeu sont colossaux et l’éventualité de rendre compte de ses nombreux méfaits l’effraient au plus haut point.

Les puissances étrangères et leurs multinationales qui pillent les ressources du pays ne veulent pas non plus perdre au change. Ce qui explique d’ailleurs l’attitude de ces États et de leurs médias face au mouvement populaire. De plus, l’Algérie est un pays important et la réussite de la révolution en cours aura sans aucun doute des répercussions aux niveaux régional et international.

Face à l’entêtement du pouvoir

Malgré le pic de mobilisation du 1er novembre, le régime continue à faire la sourde oreille et jure par tous les saints que la présidentielle du 12 décembre sera maintenue quelles qu’en soient les conséquences. Cela met en évidence l’insuffisance des moyens utilisés jusque-là par la révolution et surtout la nécessité de penser à d’autres moyens susceptibles de faire aboutir les revendications du mouvement populaire (hirak).

Beaucoup d’animateurs du mouvement révolutionnaire et mêmes les partis du Pacte pour une alternative démocratique appellent à l’auto-organisation des masses populaires. Des syndicats appellent à la grève générale et certains en organisent dans différents secteurs. C’est en effet à ce niveau-là que réside la véritable réponse.

Tous ceux qui ont une influence dans le mouvement, aussi marginale soit-elle, doivent considérer avec le plus de sérieux possible la nécessité de s’auto-organiser. Il est à noter, par exemple, qu’après 37 actes de mobilisation, les étudiants n’ont pas pu se donner des coordinations régionales et nationale autonomes.

On peut comprendre les peurs de la manipulation que manifestent certains pans de la révolution. Il faut tenter de les dissiper en expliquant que désigner un délégué ou un représentant n’est pas cette chose horrible qu’il faut rejeter d’emblée et préciser la possibilité de révoquer le ou les délégués qui ne donneraient pas satisfaction.

Il faut que tout le monde s’engage dans cette voie en commençant par les secteurs et les régions qui sont en mesure de le faire.

Concernant la grève générale, on doit sortir des appels anonymes qui fleurissent ça et là et réunir toutes les énergies syndicales et politiques, dans l’unité la plus large, pour organiser cette grève générale plus que jamais à l’ordre du jour.

Donc, l’auto-organisation et la grève générale doivent être sérieusement envisagées pour répondre aux aspirations du mouvement. Il ne faut nullement oublier que les mobilisations du mardi et du vendredi sont précieuses pour la révolution et il faut les maintenir et les amplifier pour faire aboutir le hirak.

Mohamed Arroudj

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