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1er Novembre 2019 : le peuple veut l’indépendance

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Le régime a atteint, depuis longtemps, le fond de l’indignité, mais il creuse encore. Abdelkader Bensalah a effectué, malgré sa lourde maladie, le voyage jusqu’à Moscou pour rencontrer Poutine, président de la fédération de Russie. La Télévision « Russie Today », télévision de propagande, a diffusé les longues minutes de la rencontre.

Bensalh a fait un compte rendu de la situation algérienne : le mouvement populaire ne serait pas aussi puissant ; c’est la presse qui en exagère l’importance ; et enfin il a « rassuré » un président russe particulièrement narquois. « Nous contrôlons la situation », a affirmé Abdelkader Bensalah.

Dire que les masses ont été humiliées par ce qui apparaissait comme étant un rapport d’un subalterne à son supérieur, c’est peu dire car voilà le représentant d’un système toujours prompte à crier « à l’ingérence étrangère » surpris à demander de l’aide à une grande puissance au moment où les doutes sont grands sur la tenue de l’élection présidentielle prévue le 12 décembre. Et en plus Bensalah mentait effrontément sur la puissance, la cohérence et la détermination du mouvement. Le lendemain, vendredi 25 octobre, une nouvelle réponse cinglante au régime était donné par le hirak : « Non à l’élection présidentielle ! », « Ni Paris, ni Washington, ni Moscou, notre avenir est à Alger ».

L’épisode aura eu le mérite de montrer que le régime n’a plus que le mensonge en guise de politique mais sans pouvoir tromper des millions d’algériennes et d’algériens qui rentrent dans leur neuvième mois de lutte.

Bensalah n’est pas le seul à mentir

Abdelkader Bensalah n’est pas le seul à mentir. 22 personnalités ont déposé leur dossier de candidat à la candidature. Chacun à son tour a tenu les même propos : « Nous nous présentons pour défendre les revendications du hirak ! ».

Se peut-il qu’ils croient à ce qu’ils déclarent ? Peu probable. Ils sont sourds, aveugles et dénués de toute mémoire.

Le peuple tout entier est sorti dans le rue le 22 février pour refuser à Bouteflika un 5e mandat. Dès le 1er mars, il criait « système dégage » et « la parole au peuple ». Et depuis il s’est tenu à ces aspirations. Par ses manifestations, marches, rassemblements, sit-in et grèves, il est parvenu à faire démissionner Bouteflika, interdire les élections présidentielles du 18 avril et du 4 juillet, envoyé en prison les prédateurs tous personnages du régime honni. Aujourd’hui il est mobilisé contre l’élection présidentielle prévue le 12 décembre prochain. De semaine en semaine, les masses montrent au régime, sans faiblir, la porte de sortie. Sa détermination est si forte que même l’impérialisme et certains de ses avocats doutent que le régime puissent aller jusqu’au bout de sa feuille de route. Le sourire narquois de Poutine, face à Bensalh, ne dit pas autre chose.

La grève générale illimitée des magistrats, suivie à 96%, est une autre pierre dans le jardin du régime car ce corps est doublement essentiel au régime, jusqu’ici à ses cotés, et à l’organisation et au contrôle du scrutin.

Jamais la situation n’a été aussi favorable aux masses pour en finir avec le régime. Les dirigeants de la CSA ont été contraints par les travailleurs de décréter une grève nationale avec des marches dans toutes les grandes villes du pays. La grève a été suivie dans les secteurs et les régions où les syndicats autonomes ont une implantation : éducation, fonction publique, travailleurs communaux, dans l’enseignement supérieur (malgré la trahison du CNES d’ailleurs dénoncée par les enseignants), la santé. La grève a été suivie dans de nombreuses entreprises à l’appel de sections UGTA. Mais elle n’a pas mordu dans les zones industrielles du pays ou l’UGTA est encore dominante. Comme prévu les marches ont été dirigées contre le régime, son gouvernement, ses projets et son élection. Malgré ses insuffisantes, particulièrement la non organisation d’assemblées générales des travailleurs et l’unité de tous les syndicats, la grève nationale du 28 octobre a montré la disponibilité des travailleurs à combattre. Elle a montré aussi que les travailleurs et les syndicalistes refusent l’élection présidentielle prévue le 12 décembre.

Oui nous pouvons en finir avec le régime, son gouvernement, ses institutions tous illégitimes au regard de la démocratie politique et même illégaux au regard de leur propre Constitution ! Nous pouvons mettre un coup d’arrêt à tous leurs projets anti ouvriers et anti nationaux ! Nous pouvons bouter hors du pays le FMI et la Banque mondiale ! Nous pouvons imposer la convocation et l’élection de l’Assemblée constituante souveraine ! Nous pouvons imposer la satisfaction de toutes les revendications démocratiques et sociales !

Pour cela il faut que les organisations syndicales réalisent leur unité, appellent et organisent la grève générale. Qu’elles prennent l’initiative d’organiser partout des assemblées générales de travailleurs, que des comités de grèves soient élus, qu’ils se coordonnent à tous les niveaux jusqu’à constituer « un comité central national de grève », que dans les quartiers et les communes se constituent des « comités populaires ».

Novembre 54 – novembre 2019 : l’indépendance confisquée

Cette semaine finira avec des manifestations monstres notamment dans la capitale. Un appel a été lancé pour que les algériennes et algériens marchent sur l’Alger en une « marche pour la liberté ». Ce vendredi ce sera le 1 er novembre.. Ainsi se réalisera concrètement le lien entre la confiscation de l’indépendance nationale en juillet 1962 et les luttes actuelles pour la souveraineté populaire et nationale et la satisfaction de toutes les revendications démocratiques et sociales.

Ben Bella, s’appuyant sur l’armée des frontières de Boumediène, a confisqué au peuple son indépendance. C’était tourner le dos aux objectifs de la révolution du 1 er novembre 1954 les mêmes que ceux portés par la fraction radicale du mouvement

national. Elle s’était constituée puis développée sur le mot d’ordre de l’assemblée constituante souveraine qui parachevait des revendications démocratiques et sociales dont « la terre aux paysans ».

Lorsque vous avez un mouvement qui met en action des millions de femmes et d’’hommes sur une période aussi longue sur toute l’entendue du pays tous les problèmes non réglés par l’histoire remontent. Quelques soit le problème ou la revendication de départ de l’action il ou elle s’estompe au profit de la question du pouvoir. Les masses affirment toujours une volonté de régler tous les comptes.

Le processus révolutionnaire en Algérie ne fait pas exception : au cours des manifestations pour commémorer le 5 juillet, date anniversaire de l’indépendance formelle du pays en 1962, les masses ont ajouté un slogan à tous les autres mots d’ordres :« Chaab ourid l’Istiqlal » c’est-à-dire « le peuple veut son indépendance ».

Indiscutablement, il y a une continuité politique malgré la volonté du régime, 58 ans durant, d’atomiser les masses. Elle a été portée par toutes les générations pour faire irruption en 2019 dans toutes les rues de toutes villes du pays là ou se joue notre avenir. La puissance du mouvement populaire et sa détermination depuis neuf mois maintenant n’ont pas d’autres explications. Par leurs propres expériences les masses ont tiré les leçons de l’été 1962.

Ce vendredi 1 er novembre 2019, les masses algériennes commémoreront, pour la première fois en toute indépendance, le 1er novembre 1954.

Alger, le 30 octobre

Source : Editorial de « Minbar El Oumal » (Tribune des travailleurs, n°41 du 30 octobre), une publication du Comité d’Organisation des Socialistes Internationalistes d’Algérie (COSI).

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