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La sœur du détenu Karim Boutata témoigne

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C’est une lettre de la sœur du détenu d’opinion, Karim Boutata, incarcéré à la prison d’El Harrach, un témoignage sur ce qu’endurent les familles des prisonniers. Document

« Pour la première fois hier , j’ai vu à quoi ressemblait une prison de l’intérieur. Je suis allée voir mon frère Karim Boutata à la prison d’El Harrach. Ce fût l’expérience la plus dure à laquelle j’ai pu faire face, c’était difficilement soutenable de le voir ainsi derrière cette vitre, ça m’a fait prendre conscience de son statut de prisonnier, et m’a confrontée à la dure réalité que l’on vit actuellement, une réalité injuste et illogique.

Voir ainsi mon frère, amaigri mais souriant, n’ayant rien perdu de ses convictions, conscient de la valeur de son combat malgré les conditions qu’il vit. J’ai vécu un moment déchirant.

En sortant, je suis allée regarder les photos des détenus d’opinion, j’ai ressenti toute la douleur que pouvaient ressentir leurs familles, en les imaginant tous dans cet endroit. J’ai pensé à Ahcene Kadi, l’ami de Karim, un jeune de 22 ans qui devrait être à l’Université ou en train d’occuper un poste digne de son diplôme, j’ai pensé à Samira Messouci et à Yasmine Dahmani, ces jeunes filles de ma génération. Moi qui étais choquée en visitant une prison, elles, elles passent leurs journées et leurs nuits en plein milieu de cet enfer qui est devenu leurs quotidien.

J’ai pensé aux parents qui se sont retrouvés en prison, j’ai pensé à Karim Tabou, Foudil Boumala, Hakim Addad et Fersaoui Abdelouhabe, ces intellectuels qui ont été séparés de leurs familles et qui croupissent dans la prison.

Lakhder Bourgaa, ce vieil homme de 86 ans, qui a sacrifié ses plus belles années pour son pays. Tous les autres détenus dont j’ignore l’histoire et qui sont dans la même situation.

Comment est-il possible de faire vivre un tel cauchemar à de telles personnes ? Est-il raisonnable de voir autant de personnes en prison pour de telles raisons ? La prison n’est pas une place pour eux. Des images horribles que je garderai dans ma mémoire toujours, ces larmes, ces yeux rouges des mamans, les prisonniers qui embrassaient leurs enfants derrière ces miroirs. Je me dis que si on vivait dans un état de droit, celui pour lequel mon frère et ses amis se battent, s’il y avait vraiment une justice, nous ne vivrions pas une telle souffrance, ces personnes seraient libres, aussi, il y aurait probablement moins de personnes qui iraient en prison pour avoir volé, vendu ou consommé de la drogue, elles auraient d’autres alternatives légales pour échapper au chômage et à la privation. »

Sœur de Karim Boutata, détenu d’opinion.

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