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Algérie : bloquer l’élection présidentielle de la bande

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Le peuple algérien, fatigué par des décennies de despotisme, de privations, de corruption et d’humiliations, a décidé, il y a de cela 8 mois, de prendre son destin en main. La perspective d’une élection présidentielle avec un cinquième mandat pour Bouteflika a constitué l’humiliation de trop. C’était l’étincelle qui a poussé des millions d’Algériens dans les rues.

Après la première manifestation de refus de cette élection-mascarade à Kherrata et l’arrachage d’un portrait géant de Bouteflika à Khenchla quelques jours plus tard, un appel pour une première manifestation nationale le 22 février est lancé. Le succès est foudroyant. Des millions d’Algériens ont déferlé dans les rues des petites et grandes villes du pays. Depuis, la rue algérienne n’a cessé de gronder. Le cinquième mandat est tombé à l’eau. L’élection présidentielle programmée dans l’urgence pour le 04 juillet a subi le même sort.

L’évolution du mouvement

Le mouvement a depuis gagné en maturité et en expérience. Il a tenu bon malgré les aléas de la vie. Ceux qui ont misé sur son essoufflement pendant le ramadan ou durant la saison estivale ont eu pour leurs frais. En effet, malgré un recul relatif durant certains vendredis, la mobilisation s’est globalement maintenue.

L’armée, qui a été contrainte de lâcher Bouteflika, use depuis de tous les subterfuges et de toutes les manipulations pour tenter de régénérer le système. On a assisté à une sorte de cirque judiciaire dont ont été victimes quelques caciques du système. Les Algériens, heureux de les voir sous les verrous, ont vite relativisé la sincérité de ce spectacle ahurissant. On a compris qu’il s’agit là d’une entourloupe dont l’unique objectif est de se donner une certaine crédibilité. On ne peut ignorer dans tout cela que la guerre des clans qui était jusque-là confinée dans les officines du pouvoir a surgi sur le devant de la scène politique. Le clan de Gaïd Salah a frappé le premier et s’est même appuyé sur la mobilisation populaire pour mettre hors d’état de nuire ses plus dangereux adversaires.

Diviser pour régner

Le mouvement populaire très aux faits des manigances de l’état-major de l’armée s’est montré lucide. Tout en insistant sur le pacifisme des manifestations, il a exigé de façon limpide le départ du système qui a ruiné le pays depuis 1962. Le divorce est consommé et l’état-major de l’ANP, à travers son chef, a changé de langage et d’attitude. Les discours de Gaid Salah sont devenus de plus en plus nombreux et belliqueux. En parallèle à cela, on tente de mettre la Kabylie à l’index à travers l’affaire des «Zouaves», mais surtout en osant interdire de façon ferme la présence des drapeaux amazighs. En effet, des dizaines de porteurs de ces drapeaux ont été arrêtés et sont toujours détenus arbitrairement dans les prisons du système mafieux.

L’effet recherché par le pouvoir réel et ses clientèles n’a pas eu lieu. Au contraire, l’Algérie profonde a décrié cette manœuvre dangereuse de l’état major de l’armée. Depuis, l’unité nationale est au cœur du mouvement.

Le système, effrayé à l’idée de céder le pouvoir et rendre des comptes au peuple, insiste sur l’organisation d’élections présidentielles dans les plus brefs délais. La rue répond par non à l’élection présidentielle avec le même système et les mêmes hommes. On ne connait que trop ce système qui a toujours innové dans l’art de la fraude électorale.

L’ombre de 1954

On assiste en Algérie et dans la diaspora au foisonnement de débats d’idées sur toutes les questions. Les Algériens ont appris à se parler, à se respecter, à respecter les femmes nombreuses et actives dans le mouvement. On assiste, sans l’ombre d’un doute à une révolution nouvelle ou peut-être à la résurgence de celle de 1954. En effet, la rue y fait référence et exhume ses principaux leaders dont beaucoup sont exécutés par le système en place qui a spolié l’indépendance de l’Algérie. De même que le slogan «Les généraux à la poubelle et l’Algérie accédera à son indépendance» souligne ce lien avec plus d’acuité.

Le passage en force ?

Les masses populaires mobilisées exigent une rupture radicale avec le système en place, de même qu’avec ses pratiques. Dès la rentrée sociale 2019, ne voyant pas la mobilisation refluer, l’armée affolée décide un passage en force. Des attaques en règle sont menés contre le mouvement populaire le traitant de tous les noms, et grave encore en le présentant comme à la solde de la Issaba. Ainsi, les menaces pleuvent et les arrestations des leaders du mouvement sont quasi-quotidiennes.

Les institutions en place n’ont plus aucune légitimité aux yeux du peuple et ne sont plus que fantômes alors que le vrai, l’unique pouvoir, c’est l’état major de l’armée. Sous les ordres de Gaid Salah, on crée en quelques semaines un panel de dialogue auquel on fixe les prérogatives. C’est le général, lui-même qui exige la convocation du corps électoral et la tenue des présidentielles à des dates précises. Si, jusque-là, l’armée se tenait derrière les rideaux et dirigeait tels des marionnettistes une personnel politique veule sans épaisseur, sans valeurs, corvéables et malléables à merci, aujourd’hui, elle occupe le devant de la scène. Le mouvement a compris cette stratégie et il cible de plus en plus l’état major de cette institution. En clair, la rue sait qu’elle fait face à l’armée ou du moins, à son état major. Elle tient à son pacifisme, mais n’exclut pas de radicaliser ses moyens. On évoque avec insistance la grève générale et même une manifestation sur Alger. On parle aussi de l’auto-organisation du mouvement. Voilà des moyens efficaces pour exercer sur le système la plus grosse pression possible.

Malgré la montée en puissance du mouvement avec des millions de personnes qui déferlent chaque mardi, mais surtout les vendredis sur les rues des villes algériennes, le pouvoir, de plus en plus isolé, fonce tête baissée telle une bête blessée vers l’organisation des présidentielles dont personne n’en veut.

Dans sa fuite en avant, l’État major de l’armée soumet les médias audiovisuels publics et privés à sa volonté. Ils sont du coup, transformés en organes de propagande et de désinformation. Au même temps, les hommes armés du régime arrêtent à tours de bras des animateurs du mouvement et de simples citoyens et ferment les accès vers la capitale tous les vendredis.

L’état-major de l’armée acculé

Acculé de toutes parts par un mouvement populaire de plus en plus déterminé et conscient des enjeux, l’état major se trouve de plus en plus isolé. De plus, sa clientèle se réduit comme peau de chagrin. Cette perte de lucidité de ce régime finissant se lit dans les discours pléthoriques où est absente une ligne directrice claire. Le pouvoir fait du sur place et ses discours ne sont plus que des affirmations qui n’ont aucun lien avec la réalité du terrain, quand ils ne sont pas réduits à un flot de menaces destinées à faire peur aux manifestants. Ce qui est bizarrement notable dans la démarche du pouvoir, c’est l’absence de toute tentative de dialoguer avec la rue ou du moins lui faire des propositions. Habitué à user et abuser de la violence contre des révoltes spontanées ou des émeutes, ils se retrouvent démunis face au la pacifisme exceptionnel de la révolution.

L’élection présidentielle, rien que l’élection présidentielle…

Depuis la mise hors d’état de nuire de l’ancien président, l’armée tient mordicus à la tenue de l’élection présidentielle. Les mois de révolte n’ont pas eu raison de son entêtement. Pourquoi ? Le régime militaire n’a besoin que d’une vitrine et c’est le seul moyen de l’avoir. Penser à un dialogue sérieux, à un processus qui aboutirait à des propositions constructives n’intéresse aucunement le système.

En effet, les enjeux tant intérieurs qu’extérieurs sont énormes. Le surgissement du peuple sur la scène politique remet tout en question. Il veut avoir son mot à dire. Le pouvoir qui vit de rapine et d’énormes privilèges, mais aussi les puissances étrangères qui tirent leur épingle du jeu veulent le statu quo tellement leurs intérêts avec ce régime sont immenses. On leur concocte même de nouvelles lois en pleine révolution pour quémander leurs soutiens.

L’élection présidentielle ne cherche qu’un brin de légitimité dont le pouvoir, les médias qui lui sont inféodés et les clientèles « cachérisées » se serviraient dans leur propagande contre-révolutionnaire.

Le black out des médias internationaux

Dans leur plus grande majorité, les médias internationaux, notamment français, s’alignent sur ceux du système. Ils boycottent systématiquement les nombreuses actions de la révolution. Si au début, on a assisté à une certaine couverture des événements plus ou moins honnête, mais comme il n’y avait pas de violence et de harcèlements, ce qui aurait fait le bonheur de certains de ces médias, on a commencé à sous estimer le nombre de manifestants. Quand il y avait des centaines milliers de manifestants, ils parlent de milliers, quand ils sont plusieurs millions, eux comptent des dizaines de milliers. Tout le monde sait que les médias, même en Occident, ne sont pas aussi libres qu’on le pense, ils obéissent aux injonctions de leurs patrons et à l’état quand il s’agit de médias publics. Ce qui est frappant c’est que la non couverture des événements d’Algérie touche la quasi-totalité des médias étrangers. Cela nous fait objectivement penser à une politique concertée de tous ces médias.

La question qui se pose est de savoir les raisons de ce boycott. Taire un mouvement populaire massif avec des revendications précises, passer sous silence les exactions que lui fait subir le régime militaire en place répond à des desseins précis. A-t-on peur de la contagion, que le mouvement fasse tache d’huile un peu partout dan le monde ? Certainement. Sinon comment expliquer qu’on consacre des heurs d’antenne à d’autres événements à travers le monde, Hong Kong, l’Équateur, le Liban et bien d’autres ? L’Algérie est un pays continent, très riche, possédant une infrastructure non négligeable, des millions d’étudiants et des potentialités énormes. Mais le constat amer est que seule une infime minorité des citoyens profite de ces richesses. Les puissances étrangères et leurs multinationales sont les autres gagnantes. Les hydrocarbures profitent à elles. D’autre part, le marché algérien est inondé des marchandises de ces mêmes multinationales, empêchant ainsi l’émergence d’une quelconque industrie.L’explication de ce black out se trouve peut-être là.

Poursuivre la révolution à tout prix

Aujourd’hui, le mouvement révolutionnaire a atteint un niveau de conscience et de maturité extraordinaires. La mobilisation est exponentielle et pousse le régime dans ses derniers retranchements. La question des détenus d’opinion est devenue centrale, car l’arbitraire de ces arrestations est inacceptable. Il faut augmenter la pression sur le régime, mettre en échec l’élection présidentielle du 12 décembre.

Continuer à faire des vendredis des journées de très grandes mobilisations, notamment le vendredi 1er novembre qui doit constituer un moment décisif, tant le symbole est fort. La mobilisation du 1er novembre doit être d’une telle ampleur qu’envisager la tenue de l’élection présidentielle du 12 décembre apparaîtrait comme une hérésie. La grève générale qui se prépare est un moyen très efficace pour contraindre ce régime militaire à négocier sa sortie.

Face à ce pouvoir têtu, la rue doit non seulement augmenter la pression par tous les moyens possibles et imaginables (grèves, manifestations, concerts de bruits de casseroles, assemblées générales, débats…), mais aussi offrir au peuple une alternative politique crédible, celle qui propose un processus constituant qui va permettre de refonder notre système politique et nos institutions pour aller vers une société où chacun, chacune d’entre-nous trouvera sa place, vivra dans la dignité et la justice sociale.

Mohamed Arroudj

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