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Octobre 88 : le rêve brisé d’une jeunesse algérienne

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Les évènements d’octobre 88 constituent un repère dans notre mémoire collective. Les méthodes répressives dont a usé le régime rappellent à bien des égards le colonialisme et sa sauvagerie. Le coup d’état militaire de janvier 92 et la décennie noire qui s’en est suivie prouvent que les généraux, le noyau dur du système, sont prêts à mettre le pays à feu et à sang pour garder leur pouvoir. Lecture dans les événements d’octobre, à la lumière de la révolution en cours.

Octobre 88 : méthodes répressives qui rappellent le colonialisme

Octobre 88 restera à tout jamais gravé dans la mémoire collective nationale. C’est le premier soulèvement populaire d’ampleur nationale contre le pouvoir politico-militaire depuis l’indépendance. Un soulèvement réprimé dans le sang.

Lors de ce soulèvement populaire, les Algériens découvrent avec effroi, le visage d’un pouvoir capable de tuer ses propres citoyens avec une sauvagerie inouïe et impensable.

A Bab El Oued et dans beaucoup de villes du pays, les forces de l’ordre tirent sur des jeunes désarmés qui manifestent pour exprimer leur colère contre la Hogra et leur désir de vivre dans la liberté et la dignité.

Des milliers de personnes sont arrêtées et soumises aux méthodes de torture les plus atroces, les mêmes que celles utilisées par la 10e division parachutiste du Général Massu pendant la Bataille d’Alger.

Dans les commissariats, les brigades de gendarmerie, les locaux de la SM (Sécurité militaire), dans des lieux indéfinis, on torture des milliers d’Algériens souvent arrêtés par hasard. Les tortionnaires étaient conduits à faire subir à leurs innocentes victimes des douleurs physiques et psychologiques sans un but apparent. Il n’y avait aucun aveu à arracher à de simples citoyens qui n’appartenaient à aucune organisation terroriste ou « subversive ».

Sadisme à l’état pur ? Inconscience frisant l’imbécillité ? Ou volonté délibérée et calculée pour pousser des milliers de jeunes dans les bras de l’Islamisme radical et de la violence politique ?

Tout compte fait, octobre 88 a confirmé que la violence est une valeur fondatrice du pouvoir militaire en Algérie. Elle fonctionne chez lui comme une pathologie, concrétisée dans le mépris de la vie du citoyen.

Le bilan répressif d’octobre 88 est certes très lourd par son ampleur (plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés), mais ce qui est encore plus insupportable pour les Algériens, ce sont les méthodes utilisées par les forces de l’ordre qui leur rappellent beaucoup celles employées par l’armée coloniale durant la guerre de libération. Ce rapprochement est venu réactiver une mémoire traumatique de tout un peuple, longtemps anesthésiée par l’espoir tant attendu de vivre dans la dignité promise par l’indépendance.

Le policier français qui a tué de sang-froid à Sétif le chahid Bouzid Saâl (première victime des massacres du 8 mai 1945) portant le drapeau algérien et le policier ou le militaire algérien qui a tué de sang-froid un jeune désarmé en octobre 88 obéissent à une même logique : le mépris de la vie humaine de l’indigène pour le premier et du citoyen pour le deuxième.

Octobre 88 et la recréation démocratique

Le soulèvement populaire d’octobre 1988 est un chapitre de notre histoire tragique et encore brouillé. Beaucoup de choses ont été dites et écrites à ce sujet, des hypothèses contradictoires sur les manipulations possibles qui l’ont entouré. Il est encore difficile de disposer de données suffisantes pour privilégier une hypothèse sur une autre.

Dans la foulée de cette révolte, des réformes sont annoncées tambour battant par le pouvoir, dont la plus importante est la fin du parti unique. Malgré les ambiguïtés du discours officiel, les Algériens sont nombreux à croire à la fin de la dictature militaire.

Cet espoir s’est amplifié avec la reconnaissance du multipartisme, le retour de prestigieux exilés politiques (Aït Ahmed, Ben Khedda…), la sortie de la clandestinité de partis et organisations politiques, l’ouverture relative et contrôlée du champ médiatique…

Pendant ce temps-là, un clan de généraux constitué principalement d’anciens officiers de l’Armée française conduit par Larbi Belkheir, Khaled Nezzar et Toufik Mediene avait pris le contrôle de toute l’institution militaire.

Une stratégie a été mise en place par cette caste de généraux pour continuer de jouer le rôle central dans le processus politique. Il n’est pas question pour eux de lâcher le pouvoir ou même de le partager.

Douze mois plus tard, c’est le cauchemar de la décennie noire.

Du 8 mai 1945… au 22 février 2019 : un même combat !

Les manifestations populaires du 8 mai 1945 (Sétif, Guelma et Kherrata) , du 20 août 1955 (Skikda), du 17 octobre 1961 à Paris, d’ avril 1980 (Kabylie), novembre 1986 (Constantine), avril 2001 (Kabylie), février 2019 s’inscrivent dans des contextes historiques différents, mais elles sont portées par la même espérance : construire une Algérie libre, démocratique, populaire, sociale et pacifique.

Cette construction doit passer aujourd’hui par une transition démocratique dont la finalité est d’aboutir à une refondation institutionnelle qui remette les droits fondamentaux des citoyens, les libertés individuelles et collectives, le pluralisme politique et culturel, l’égalité en droits entre hommes et femmes, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse au cœur d’une nouvelle constitution issue d’une Assemblée constituante librement élue par le peuple.

Trop habitué à asservir les Algériens, le pouvoir pense pouvoir encore une fois substituer son agenda politique à celui du peuple en cherchant à imposer son projet farfelu : organiser une farce électorale pour désigner sa nouvelle marionnette civile. La révolution populaire et pacifique en cours a libéré les Algériens. L’ampleur, la durée et la détermination des Algériens montrent que le peuple va continuer son combat pacifique jusqu’à la conquête de sa deuxième indépendance.

Les Algériens veulent voir l’Algérie à l’image d’une mère qui peut assurer du lait à tous ses enfants, les protège, éclaire leur avenir, leur donne le sourire et la fierté. Et, en enfants dignes, ils sauront lui être reconnaissants.

Abbes Hamadene

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