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Les jeunes d’octobre 88, en dehors des mythes

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Lorsque les jeunes d’octobre 88 se sont attaqués aux Souk El Fellah et aux Galeries algériennes, ils croyaient s’attaquer à la corruption qui y régnait. Cette corruption qui côtoyait la possibilité pour le smicard de s’acheter une télé ou un réfrigérateur neuf pour peu qu’il y ait une disponibilité.

Il y avait aussi ces pénuries de cacahuètes ou de bananes, que le pouvoir contingentaient afin de laisser libre cours au privé national de prendre un marché vierge et d’y prospérer, à l’abri de la concurrence des dragons occidentaux ou asiatiques. Il y avait cette rareté de certains produits vestimentaires, qui obligeait à consommer ceux de nos usines, qui faisaient travailler et vivre des hommes et des femmes, à l’abri du chômage et de la précarité. Il y avait cette soif de consommer comme« là-bas », de voir des vitrines achalandées comme celles de nos voyages « autorisés », il y avait ce dépit de devoir faire la chaîne pour n’importe quoi. Pour le pain, pour le lait et pour les lentilles.

Les jeunes d’octobre 88 ne savaient pas et ne voulaient pas que le « populisme » soit remplacé par le libéralisme. Ils voulaient que l’on aille plus loin dans la justice et dans l’équité économique. Ils ont dû se mordre les doigts que leurs sacrifices aient servi à ouvrir les portes à des prédateurs dont ils ne soupçonnaient ni la taille, ni l’appétit.

Les jeunes d’octobre 88 ne savaient pas que les usines et leurs coopératives allaient fermer, pour attendre que des investisseurs qui ne sont jamais venus les rouvrent et en ouvrent d’autres plus nombreuses, comme il s’est dit, pour donner de l’espoir.

Les jeunes d’octobre 88 ne savaient pas que l’on imposerait la « vérité des prix » sans la vérité des salaires. Pour tout et pas que pour le luxe. Pour les médicaments et pour les soins. Ils ont cru des prêcheurs en kamis et en costume cravate, qui leur ont loué l’économie de marché, sans leur expliquer que cela sera chacun pour soi et que le fort bouffera le faible, que le « frère » sera remplacé par « l’associé » (kho par chriki).

On ne leur a pas expliqué que leur pays est un pays arriéré et que de ce fait son économie, privée ou publique, ne pouvait entrer en compétition avec la flibuste internationale. On ne leur a pas dit qu’il ne suffisait pas de « retrousser les manches » pour être performants, mais que le marché n’attend pas et que ses effets sont immédiats, qui ne laissent pas le temps de respirer et de riposter.

Aujourd’hui, des conseilleurs, à la critique sans risque pour leur prospérité personnelle, haranguent la foule du haut de leur science aseptisée pour appeler à la continuité du délire destructeur.

Jusqu’à la dernière goutte de pétrole et la dernière vapeur de gaz.

Ce jour, ils trouveront bien quelque chose à dire, qu’ils disent déjà, celle qu’il fallait libéraliser. On veut bien, si la formule n’avait pas été expérimentée avec un zèle sans pareil dans le monde, au point où les bons points du FMI ont été immédiatement délivrés.

Ceci dit, la remise en cause du libéralisme n’est pas à l’ordre du jour, du moins dans les orientations actuelles du pouvoir politique, qui semble juste mimer ce qui se fait ailleurs, chez les maîtres à penser en la matière, un peu de régulation, un peu de protectionnisme, juste ce qu’il faut pour éviter les surprises d’une crise qui aggraverait la situation d’arriération dans laquelle se trouve le pays.

Alors, les anticipations alarmistes des libéraux de chez nous, bien au chaud dans leurs pantoufles, sont suspectes lorsque le FMI lui-même est plus discret sur la recette.

Ahmed Halfaoui

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