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Le gouvernement Bedoui se soumet aux directives du FMI et de la BM

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Au moment où le gouvernement Bedoui communique sur le projet de loi de finance 2020 relisons les rapports de fin 2018 du FMI et de la Banque mondiale (BM), pour comparer leurs recommandations avec les récentes décisions et celles qu’il envisage de prendre. Comme nous allons le voir le gouvernement a mis ses pieds dans les souliers de ces deux institutions financières de Bretton Woods.

Les deux rapports s’accordent pour critiquer plusieurs mesures du gouvernement Ouyahia en place en décembre 2018 : « Les  mesures (maintien du 51/49, maintien du soutient de l’état aux produits de premières nécessités, contrôle partiel sur les importations, planche à billet…) risquent d’aggraver les déséquilibres, accentuer les tensions inflationnistes et accélérer la perte de réserves de changes. En conséquence, il se peut que l’environnement économique ne devienne propice ni aux réformes, ni au développement du secteur privé ».

En lieu et place, les deux institutions préfèrent les mesures suivantes : « les bons du Trésor, les partenariats publics-privés, les ventes d’actifs et, idéalement, des emprunts extérieurs pour financer des projets d’investissements bien choisis ». Il s’agit de mesures classiques toujours préconisées par le FMI au nom de l’équilibre budgétaire. Elles aboutissent  à mener une politique d’austérité (blocage des salaires, arrêt des recrutements, gel des projets des projets sociaux…), à s’endetter sur le marché financier international, à privatiser à outrance (cession d’actifs)  en utilisant les moyens de l’état au nom du partenariat public/privé, à lever toutes les barrières douanières avec pour conséquence la disparition de tous les secteurs économiques peu ou pas compétitifs comme le textile. 

Mais ce n’est pas tout. Le FMI et la Banque Mondiale (BM) recommandent « une réforme de l’administration (c’est la diminution des effectifs), réforme du marché du travail (c’est-à-dire remettre en cause les CDI au profit des CDD) et enfin mettre en place un cadre institutionnel pour accroître l’efficacité de sa politique économique (c’est-à-dire de lever toutes les entraves à l’investissement étranger) ».   

Dans une interview accordée à l’APS, Mohamed Loukal, ministre des Finances, confirme que le gouvernement Bedoui a décidé de mettre ses pieds dans les souliers des institutions de Bretton Woods (FMI et BM).

A part les hydrocarbures, les investisseurs étrangers pourront devenir actionnaires majoritaires. Pour le ministre, « cette mesure (la suppression de la règle 51/49) devrait améliorer l’attractivité de l’économie nationale en débarrassant l’acte d’investir de ce genre de contraintes.»

Les grands projets (diminués des projets sociaux) seront financés par l’emprunt extérieur au près des banques internationales, notamment celles qui ont toujours jouées la fonction d’étrangler les pays dépendants comme la banque africaine de développement qui n’a d’africain que le nom.

Mohamed Loukal n’a pas caché que l’austérité sera accentuée pour arriver rapidement à l’équilibre budgétaire (budget d’équipement de l’Etat moins 20%, Budget de fonctionnement de l’Etat 12%). Une déclaration qui laisse entendre que la modification du soutien de l’Etat aux produits de premières nécessités sera remis en cause à terme. La puissance du hirak ne lui permet pas de le faire dès l’année prochaine. Mais en attendant, il y aura des augmentations sur les prix de l’eau, l’électricité, le gaz…

Secteurs stratégiques : ouverture du capital aux investisseurs étrangers

Le gouvernement Bedoui a abrogé la règle 51/49 qui permet donc à un investisseur étranger de se rendre propriétaire de toute entreprise mais aussi de délocaliser ses entreprises en Algérie car « il trouvera, explique le porte-parole du gouvernement, un personnel qualifié à bon marché », conformément aux recommandations du FMI et de la BM. Mais, « rassure » le gouvernement, cette disposition n’est applicable que dans les secteurs non stratégiques. 

On le dit moins et pourtant, les secteurs stratégiques seront désormais ouverts au capital étranger à hauteur de 49%. Pour le ministre des Finances, il s’agit des hydrocarbures, des mines, des banques et des assurances. En termes plus simples, un investisseur étranger pourra détenir des actions d’entreprises publiques jusqu’ici considérées comme inaccessibles au captal étranger ou de créer des entreprises dans ces secteurs avec des partenaires algériens privés ou étatiques. L’expérience a montré que le régime et ses partenaires procèdent par étapes. On peut donc être sûr qu’il ne s’agit que d’une mesure transitoire. L’ouverture libre du capital sera la prochaine étape, comme il a été procédé pour les secteurs non stratégiques. Si le peuple n’y mette fin.

Le projet de loi Bouteflika-Khelil sur les hydrocarbures à nouveau sur la table

Ce sont les responsables de la Sonatrach qui ont exigé que ce projet de  loi sorte des tiroirs où il était camouflé  depuis deux décennies. En 2004 une première tentative de le faire adopter par l’APN, pourtant aux ordres, avait échoué en raison de la mobilisation des travailleurs et d’une partie de l’appareil syndical. Depuis il était comme l’arlésienne : on en parlait mais jamais on le voyait. L’affaire Total de cet été avait amené des responsables politiques à demander la publication du projet. L’entreprise française avait réussit a devenir formellement la première entreprise « algérienne » supplantant la Sonatrach en rachetant des actifs d’une autre entreprise étrangère l’Américain Anadarko. Cette affaire n’est toujours pas réglée, le gouvernement faisant mine d’entendre le hirak qui avait dénoncé cette opération. Depuis le contenu du projet de loi fuite à intervalles réguliers.

Selon la presse particulièrement El Watan le texte propose d’ « accorder plus d’avantages aux firmes pétrolières multinationales notamment des exonérations fiscales et la facilitation du  rapatriement des bénéfices réalisés».. Et ce explique les initiateurs de ce projet de  loi, « afin de les attirer à venir investir en Algérie en partenariat avec Sonatrach ».

Concrètement le projet de loi prévoit les mesures suivantes : exploitation  des champs de pétrole et de gaz pour les investisseurs étrangers sans restriction durant 32 ans ; l’exploitation des champs de gaz de schiste pendant 35 ans ; Permis de recherche et d’exploration du gaz et du pétrole pendant  9 ans ;  autorisation d’augmentation de la production ; réduction du droit de préemption de l’état à 60 jours ; dispense de l’impôt et des droits de douane pour les entreprises effectuant de la recherche de l’exploration et de la prospection ;  dispense de la TVA pour les investisseurs étrangers ; dispense du paiement  de la redevance sur l’activité professionnelle et des frais de douanes sur les importations de biens ;  dispense des frais sur le transport des hydrocarbures par tuyaux. 

Officiellement donc, il s’agit, après 57 ans d’indépendance, de remettre en cause la souveraineté nationale sur les richesses du sol et du sous sol. Dans « le roman national », les richesses du Sahara occupent une place particulière. Leur caractère national vit «dans la conscience des masses depuis les accords d’Evian dont la signature a été retardée tant que la France coloniale n’avait pas reconnu que le Sahara était parti intégrante du pays et ses richesses appartenaient au peuple algérien.

Pour faire passer toute cette politique anti-ouvrière et anti-nationale, il reste au gouvernement Bedoui à casser le mouvement populaire pour répondre pleinement aux souhaits de l’impérialisme (FMI et BM, entre autres) de « stabiliser » le pays pour pouvoir faire des affaires. Le soutien de l’impérialisme à ses agents et à la tenue de l’élection présidentielle n’a donc pas de secret.

Nadia Sabry

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