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Hirak : la rue face à Gaïd Salah et à son état-major

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Plus de 7 mois après le début de la contestation populaire, la rue algérienne redouble d’ardeur et affiche sa détermination à faire aboutir ses revendications dont la principale, en finir avec le reste de la bande dirigée par le généralissime Gaïd Salah.

Le vendredi 27 septembre a vu la mobilisation s’élargir et s’intensifier et les mots s’uniformiser à l’échelle nationale. Faut-il rappeler que le chef de l’état-major de l’armée Ahmed Gaïd Salah cristallise tout le mécontentement de la rue ? Nombreux sont les slogans qui visent nommément.

Gaïd Salah et son état-major cibles des manifestants

La colère de la rue et les slogans scandés sont dirigés principalement contre cette junte qui détient le pouvoir réel en Algérie. Le plus emblématique d’entre ces slogans est sans conteste « Les généraux à la poubelle et l’Algérie accédera à son indépendance ». Il résume à lui seul l’aversion des Algériens envers ces faiseurs de présidents et ces décideurs qui ont affaibli considérablement le pays et l’ont mené au bord de la dislocation en détournant des centaines de milliards de dollars laissant exsangue le service public et toutes les infrastructures et livrant aux charognards le secteur économique.

Aujourd’hui, plus que jamais, la rue fait face à l’état-major de l’armée et au général-major Ahmed Gaïd Salah. Naguère, il y avait tout un attelage, un paravent derrière lequel se cachaient ces usurpateurs tels des marionnettistes tirant les ficelles, dictant la conduite à mener à de tristes sieurs triés sur le volet pour leur docilité, leur soif de pouvoir et de rapine. Ainsi, les masses populaires mobilisées n’ont comme unique «interlocuteur» qu’un chef d’état major qui abuse de discours creux.

En effet, depuis la mise à l’écart forcée de Bouteflika, Gaïd Salah n’a pas arrêté de discourir, d’abord en tentant d’amadouer la rue en lui affirmant son soutien. Le but recherché étant l’arrêt de la mobilisation. L’internement de quelques figures du système fait partie de ce stratagème. La rue n’est pas dupe et elle a vite compris que toutes ces gesticulations ne visaient en réalité qu’à perpétuer le système.

D’ailleurs, le maintien, voire l’amplification de la mobilisation de la rue a contraint le général Gaïd Salah à se dévoiler. Il a musclé son discours, menaçant les citoyens en les accusant d’être à la solde de la Issaba (la bande). Il ordonne des arrestations pour port du drapeau amazigh. Cette dérive relayée par des relais marginaux et quelques médias soumis avait pour but de diviser le mouvement en mettant à l’index la Kabyle, considérée comme le cœur battant de la mobilisation. Encore une fois, la rue a su déjouer cette manœuvre qui a pourtant fait ses preuves durant des décennies. Cela a d’ailleurs eu l’effet contraire. L’unité du pays en est sortie renforcée. Un acquis non négligeable du mouvement populaire.

Des élections à la hussarde

Voyant que la mobilisation se maintenait et se radicalisait dans ses slogans, l’état-major de l’armée, pas du tout rompu à la discussion et au dialogue, tente le tout pour le tout : organiser, en dépit de tout bon sens, un dialogue surréaliste qui n’a concerné que les clientèles du système. Ce dialogue rejeté par le peuple mobilisé, a abouti, comme l’a ordonné et voulu Gaïd Salah, à la programmation d’élections présidentielles avant la fin de l’année en cours. Depuis, les discours du général sont devenus quasi quotidiens et de plus en plus véhéments. L’objectif, faire peur au peuple et casser la mobilisation, mais c’est sans compter sur la détermination des algériens à faire aboutir leurs revendications. En effet, la volonté de l’homme fort du moment à étouffer le mouvement a eu l’effet contraire. Ses menaces visant à isoler Alger ont revigoré la mobilisation. Elle a été impressionnante les vendredis 20 et 27 septembre.

Ni les menaces de Gaïd Salah, ni les arrestations d’animateurs du mouvement et de citoyens ordinaires, ni la propagande ignoble des médias publics et privés inféodés au système n’ont eu d’effet sur la mobilisation. Les masses populaires ne veulent pas d’élections organisées par ceux qui ont fait les beaux jours du système de Bouteflika. C’est, en effet, avec ceux-là, que Gaïd s’affaire à organiser des présidentielles.

Le peuple veut des élections, mais de vraies. Il ne veut plus être dupé comme il l’a été durant des décennies. Il a compris que l’état major cherche un brin de légitimité à travers ce scrutin. L’incurie du système et sa culture autoritaire et absolutiste le privent de la moindre clairvoyance. Les acteurs mobilisés pour cette élection et le climat général généré par les péroraisons du général et ses hommes de main enlèvent toute crédibilité à ce scrutin.

La nécessaire période de transition

Les Algériens veulent des élections, souhaitent choisir leurs représentants, mais ils savent que de nombreuses conditions doivent être réunies pour que cela soit possible. La constitution actuelle, plusieurs fois violée par Bouteflika doit être changée. Le peuple veut fixer de nouvelles règles et avoir son mot à dire sur tout ce qui le concerne sur tous les plans.

En effet, les débats organisés dans les villes, les quartiers et les villages mettent en avant la volonté des citoyens de rompre avec le système ancien, ses méthodes et sa constitution. Cela impose évidemment une période de transition dont la durée sera fixée par le peuple. Une période durant laquelle seront mises en place de nouvelles institutions indépendantes qui se chargeront des futures élections démocratiques que les algériens choisiront d’organiser.

Une nouvelle constitution est une priorité, car elle redéfinira l’architecture de la future démocratie, l’équilibre et la séparation des pouvoirs. Elle devra réaffirmer la souveraineté du peuple, son droit de disposer de ses propres richesses et de fixer les priorités concernant son développement. Sans oublier son droit de révoquer ceux qu’il aura choisis comme représentants au cas où ces derniers trahissaient son mandat. Nous voyons là la nécessité et l’importance de la période de transition.

Mettre hors d’état de nuire Gaïd Salah et ses sbires et empêcher cette mascarade électorale

L’état-major de l’armée a choisi de foncer tête baissée comme une bête blessée pour aller vers des élections dont personne ne veut. Sa nature profonde caractérisée par l’autoritarisme et le népotisme l’empêche d’envisager un quelconque dialogue sérieux, une sortie de crise honorable. Il porte l’entière responsabilité d’une dérive éventuelle. Passer ses intérêts avant ceux des Algériens revient à les défier.

La mobilisation doit continuer et s’amplifier. Elle a, certes bougé les lignes et permis au peuple de se repolitiser, mais il est évident qu’elle n’a pas mis fin au système de Bouteflika. Pour acculer et achever la bête blessée, il faut amplifier cette mobilisation en faisant, par exemple, du mardi une journée de grève générale de manifestation.

C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, mais c’est à ce prix que l’on viendra à bout du reste de la Isssaba. Pour cela, toutes les forces politiques, associatives et syndicales ainsi que les animateurs du mouvement doivent conjuguer leurs efforts et chercher l’unité la plus large pour organiser la grève générale qui s’impose de plu en plus.

Mohamed Arroudj

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