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RCD : le député Yassine Aissiouane démissionne de l’APN

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Le député du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), Yassine Aissiouane, vient de démissionner de la chambre basse du Parlement, l’APN, en rendant publique la déclaration suivante que nous publions intégralement. Document.

Devoir et responsabilité

La révolution en cours dans notre pays a un seul objectif : le changement radical du système. Le rejet du seul 5ème mandat de Bouteflika, dans lequel certaines parties de la mafia ont voulu au départ cantonner la contestation populaire, a vite été dépassé. Le peuple déterminé à mettre fin à l’ordre ancien qui a plombé le destin algérien a pris de court le système qui, pendant longtemps, s’est laissé persuader par l’illusion de pouvoir maîtriser la rue. Après 32 vendredi de mobilisation pacifique, le bilan partiel est déjà là : le 5ème mandat de Bouteflika a été avorté, les deux calendriers initiaux annoncés pour la tenue de l’élection présidentielle ont été abandonnés, une partie de la camarilla est en prison et l’immixtion de l’armée dans le champ politique est plus que jamais remise en cause.

Aujourd’hui, ce n’est pas par hasard que les Algériennes et Algériens que nous sommes entonnons dans la rue « Dawla madania, machi 3askaria » (Etat civil et non militaire), « les généraux à la poubelle » ou encore « acha3b yourid iskat Gaid Salah » (le peuple veut la chute de Gaid Salah). Si ces slogans sont dominants et scandés avec force, c’est parce que l’entrave majeure qui menace la révolution du peuple n’est autre que la mainmise de l’institution militaire sur la décision politique. Les responsables de l’armée se sont toujours arroger le droit de confisquer le pouvoir et disposer de l’Algérie comme si notre pays relevait d’une propriété privée. Quand ils ne sont pas directement la source de nos drames, ils les ont encouragés.

Ceux qui sont à l’origine de l’impasse ne peuvent incarner la solution.

Le principe de la primauté du civil sur le militaire est plus que jamais d’actualité. C’est ce qui est réclamé aujourd’hui avec force par le peuple. L’Algérie ne peut en aucun cas être une caserne et il est important, voire indispensable, de saisir le sens de l’Histoire. Si elle veut préserver un minimum de crédibilité, l’armée n’a d’autre choix que de se retirer du champ politique pour laisser les Algériennes et Algériens décider de l’Algérie nouvelle qu’ils souhaitent construire.

Le 3ème calendrier de l’élection présidentielle ordonnée par le chef de l’état-major de l’armée qui s’est approprié tous les pouvoirs à un âge indu, sauf à vouloir l’imposer par la force des armes, est d’ores et déjà rejeté par la population. Les deux derniers vendredi de mobilisation sont une réponse cinglante de notre peuple qui refuse d’abdiquer en renonçant à sa liberté.

Mais, pour autant, faudrait-il se contenter de cela ?

Il est temps d’envisager d’autres formes d’actions pacifiques pour avoir raison du système qui a ruiné le pays et faire aboutir notre révolution. Les grèves cycliques d’une à deux journées qui toucheront l’ensemble des secteurs, le non payement d’impôts, l’insoumission à la justice aux ordres du chef de l’armée…sont autant d’actions auxquelles il faudrait réfléchir rapidement. C’est la désobéissance civile pacifique scandée par le peuple dans les différentes manifestations à travers le territoire national qu’il s’agit de mettre en perspective dans les plus brefs délais. Le temps nous est compté.

La solution ne peut pas venir du cadre institutionnel actuel. Sans légitimité constitutionnelle ni populaire, les institutions existantes sont dépassées par les évènements. Il faut opérer une véritable remise à plat de toute la sphère politique algérienne.

La mise à la retraite de Gaid Salah telle que prévue par la loi, le départ du chef de l’Etat et du gouvernement Bedoui ainsi que la dissolution de l’APN et du Conseil de la Nation font l’unanimité chez nos concitoyens. Pour accélérer l’effondrement de cet artifice institutionnel sur lequel s’appuient les spoliateurs du destin algérien, la démission des parlementaires dignes est plus que nécessaire.

Nous avions dit que nous allions au Parlement pour exploiter la fonction tribunitienne qu’il nous offrait. Aujourd’hui, nous pouvons estimer que la mission est accomplie. Y demeurer ne peut être assimilé qu’à une compromission. Si nous avons hésité à le faire par discipline militante et tant que la décision ne nous appartenait pas personnellement, nous n’avons cessé d’alerter sur la nécessité de quitter l’Assemblée au lendemain de nos dernières interventions qui ont marqué l’opinion au déclenchement de la révolution.

Maintenant que les statuts du parti sont violés par le premier responsable qui est sensé veiller à leur application, que des suspensions arbitraires, sans aucun motif, sont prononcées à l’encontre du plus jeune maire RCD de la wilaya de Tizi ouzou, Ahmed Haddadi et des cadres du parti, qu’il manœuvre pour lever la couverture politique au maire de Bouzeguene qui a courageusement rejeté les élections du 12 décembre 2019 à travers un courrier officiel signifié aux juges, il est temps de mettre un terme à cette situation. La discipline et la responsabilité ont des limites.

Pour ma part, j’ai décidé de reprendre ma liberté de citoyen en démissionnant de l’APN. J’en appelle à la conscience de mes camarades de l’opposition démocratique pour faire de même et être au diapason des revendications de notre peuple. Dans ce sillage, nous ne ménagerons aucun effort dans le but d’ouvrir de nouvelles perspectives avec toutes les forces vives qui souscrivent aux fondamentaux démocratiques qu’appelle la construction de l’Algérie nouvelle.

La révolution actuelle est l’œuvre du peuple. Aucune structure politique, aucune organisation, aucune association ou collectif ne peut revendiquer sa paternité. Elle est le fruit de l’audace et du génie Algériens. C’est une révolution citoyenne porteuse d’espoir. Elle s’accomplira par une transition démocratique en-dehors et contre le système en place. Les Algériennes et les Algériens veulent un nouvel ordre qu’ils façonneront eux-mêmes. Ils veulent un paysage politique nouveau où le citoyen, au centre de toute décision et action, sera le moteur du progrès. Ni les menaces de Gaid Salah ni la répression ni les interpellations arbitraires dont sont victimes bon nombre de nos camarades militants ne peuvent arrêter la marche de l’histoire.

Yassine Aissiouane

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