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Nuremberg, le procès du « crime contre les blancs »

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Le procès de Nuremberg se déroula sous les auspices d’un Tribunal militaire international, constitué par les gouvernements des États-Unis d’Amérique, du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, de l’Union des républiques socialistes soviétiques et par le gouvernement provisoire de la République française.

Il fallait juger les dirigeants du IIIe Reich Allemand. Le procès de Nuremberg découlait, en principe, de l’indignation, de la révolte et de l’horreur ressenties devant les crimes perpétrés par le régime hitlérien.

L’accusation porte, entre autres chefs, sur des crimes contre la paix et des crimes de guerre. A ce sujet, on se réfère à la 6e conférence panaméricaine de 1928, dont une résolution affirme : «La guerre d’agression constitue un crime contre l’espèce humaine […] toute agression est illicite et comme telle déclarée interdite».

Pour la première fois dans l’Histoire, la guerre est qualifiée de crime. Les faits qualifiants cités sont, parmi d’autres, «l’assassinat et les mauvais traitements des populations civiles ou des prisonniers militaires, la déportation des populations civiles, l’exécution d’otages, le pillage de biens, la dévastation et la destruction de villes ou villages sans motifs».

Ce procès s’est ouvert le 20 novembre 1945 et s’est achevé le 1er octobre 1946, avec de très lourdes peines pour les officiers allemands coupables.

Six mois avant le début des audiences se produisaient, en Algérie, les «événements du 8 mai 1945». Ils n’ont pas fait l’objet d’un procès, pas même d’un signalement.

Pour tous, sauf pour les Algériens, il ne s’était rien passé qui vaille la peine. Le gouvernement provisoire de la République française, maître d’œuvre des massacres sur le territoire algérien, juge les Nazis pour les mêmes crimes qu’il vient de commettre.

La justice puisait sa raison ailleurs que dans les faits.

A ce moment-là, il était déjà évident, pour ceux qui voulaient bannir la barbarie, que leur œuvre ne concernait pas tous les Hommes. Cela n’était pas évident pour les damnés qui ont continué longtemps de croire à l’universalité des actes de Nuremberg.

Mais on y vient, doucement et sûrement.

Deux Humanités se sont constituées. Celle qui jouit des droits et de la sincère émotion des juges et celles qui n’existe que pour subir et se taire.

Les Palestiniens, par exemple, peuvent être spoliés, déportés, massacrés, ils n’entrent pas dans le champ du droit international. Israël peut assassiner, déporter, détruire des villages, déporter des populations, piller des terres, ces actes ne sont pas des crimes, tant qu’ils ne portent pas atteinte à l’Humanité reconnue comme telle, dont ne font pas partie les Palestiniens.

Il apparaît, immédiatement, que ce qui est reproché aux Nazis, ce n’est pas d’avoir fait ce qu’ils ont fait, mais de l’avoir fait contre des blancs.

Le procès, organisé dans l’urgence et dans l’improvisation, répondait simplement au besoin d’exorciser cette impensable possibilité que cela se reproduise. Il ne vise pas n’importe quelle «guerre d’agression».

Celles des Etats-Unis contre le Viêt-Nam, l’Irak et l’Afghanistan, celles d’Israël contre Ghaza et le Liban, ne constituent pas «un crime contre l’espèce humaine». Elles relèvent d’une autre sémantique qui échappe aux catégories ordinaires et trouvent une justification au cœur même de «l’Humanisme» dominant.

Une pied-noire écrit en 1961: «Les Romains occupaient le pays en profondeur et maintenaient les Berbères dans le respect de leurs légions. Après le départ des Romains, que retiennent les Berbères de cet enseignement ? Rien.» Elle écrit en défense des «bienfaits de la colonisation». Elle poursuit : «Au commencement du XVIe siècle, la Berbérie n’est plus qu’un malheureux pays dévasté où se disputent entre elles les collectivités, engluées dans leurs querelles de famille sous le signe du «Mektoub» (c’était écrit) que leur a enseigné l’Islam».

A la fin du XIXe siècle, toujours à propos des berbères, un autre écrit affirmait : «Nos plantations les séduisent si peu qu’ils coupent pour s’en faire des bâtons de voyage les arbres dont nous bordons les routes.» Nous pouvons citer, à l’infini, des phrases, des sentences et autant de vérités assénées qui établissent, une fois pour toutes, la supériorité du colon sur l’indigène. Une supériorité qui émane du sauvetage d’un pays malgré ses natifs. Pour leur faire du bien, en boisant les terres, en asséchant les marécages, en faisant surgir des jardins sur des terres abandonnées, en apportant, en prime, la civilisation. Et tutti quanti. Cela a donné au colon tous les droits. Surtout ceux conférés par l’effort et par le travail.

Cette idéologie reprend du service et se met à porter de la voix, elle sent que les moments que traverse le monde sont propices et veut en profiter. Parce qu’on semble retourner à grands pas vers les temps bénis où le canon ne faisait pas dans le détail, sans que s’émeuve qui que ce soit, devant le sang et les larmes de ceux-là que la terre ne porte que pour obéir et servir. Ceux-là pour lesquels aucun procès ne sera organisé pour les défendre et pour punir les canonniers.

De plus, après Nuremberg, il y a eu le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies qui veille au grain. Un veto vaut toutes les voix de toutes les nations et a surtout servi à rendre inopérantes toutes les résolutions, même les moins hostiles, contre Israël et contre les droits des Palestiniens.

Ainsi, la violence qui remodèle le monde décolonisé peut, à loisir, restructurer après les avoir démolies toutes les sociétés humaines qui font partie de l’infra humanité, non sujette à la compassion réservée aux détenteurs de la force.

Cela accompli, on pourra instaurer de nouveaux systèmes de références de l’économie et des territoires et, enfin, consacrer le règne de ceux qui ont jugés à Nuremberg.

Ahmed Halfaoui

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