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Le chant, les jeunes et la révolution du sourire

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Le chant a toujours été au cœur du combat des peuples pour conquérir leurs droits. Le lien entre les deux est indéfectible.

A titre d’exemple, on peut citer le chant des femmes Xhosa contre l’Apartheid en Afrique du Sud, le Gospel qui accompagnait la lutte pour les droits civiques des noirs aux USA, les chants patriotiques en Irlande, les chants révolutionnaires contre les dictatures militaires en Amérique du Sud ou encore aujourd’hui avec le fameux « Glory to Hong Kong » qui connait un succès considérable sur les réseaux sociaux.

Le chant a un pouvoir fascinant qui lui permet d’affecter les émotions humaines d’une manière plus puissante que tous les autres modes de communication. C’est un moyen de rassembler et de souder des groupes humains épars.

Le chant, arme de résistance contre le colonialisme

En ce qui concerne notre pays, tout un chacun connait ce « patrimoine hymnique » qui a accompagné l’histoire du mouvement national algérien. Alors que les journaux et les tracts diffusés par les partis du mouvement national touchent une élite instruite très minoritaire dans la société algérienne de l’époque, le chant est le moyen efficace pour répandre les idées d’indépendance auprès du plus grand nombre.

Ce patrimoine composé de chants en arabe ( الجزائر فداء ) et en tamazight (Kker a mmis umazigh) a connu un succès populaire qui repose sur un répertoire savamment conçu pour exalter la fibre patriotique et réveiller les consciences politiques.Pendant la guerre de libération, le chant était un cri de ralliement autant qu’un moyen de mobilisation et de recrutement.

Le stade espace de contestation contre la mafia politico-militaire

Au lendemain de l’indépendance, un clan mené par Ben Bella, Boumediene et Bouteflika s’accapare du pouvoir par la force et impose un système politique dans lequel l’Etat-major de l’armée exerce un contrôle quasi-total sur les institutions de l’Etat. Faisant fi du lourd tribut payé par le peuple algérien, le pouvoir a instauré le règne de la violence étatique, la corruption, la censure, le contrôle des médias et l’accaparement des richesses du pays au profit d’une mafia militaro-politique.

Dans ces conditions d’absence et de négation des libertés individuelles et collectives, le stade de football est devenu un espace de contestation du pouvoir dès les années 1970. Ainsi, en 1977, lors de la finale de la coupe d’Algérie opposant la JSK au NAHD, les supporters kabyles ont scandé des slogans hostiles au redoutable Boumediene et en faveur de la reconnaissance de la culture amazigh. C’était l’acte fondateur de la contestation politique dans les stades !

Cette tradition allait connaitre un formidable essor, particulièrement durant les dernières années du règne de Bouteflika. Pour la jeunesse algérienne, les stades algériens sont devenus de véritables laboratoires, où s’exercent des expériences de groupe, des pratiques d’auto-formation collective et de diffusion de la culture de la résistance politique. Une résistance traduite par une inventivité artistique phénoménale. Le succès de la chanson « La Casa del Mouradia » lancé par Ouled El Bahdja (supporters de l’USMA) en est l’une des plus belles illustrations.

Le chant dans les manifestations de la révolution populaire pacifique

Si ce chant phare est devenu depuis le 22 février, l’un des hymnes de la révolution populaire pacifique, d’autres chants sont inventés et entonnés à l’occasion de chaque marche, mettant en évidence le génie populaire dans toute sa splendeur.

Les caractéristiques propres aux chants du Hirak obéissent à des procédés rémanents : l’utilisation des langues populaires (Arabe algérien et Tamazight), la mobilisation des affects (fierté, orgueil, dignité…) et le recours à l’usage du « Nous » collectif représentant le peuple en opposition à « Eux » fraction antagoniste représentant le pouvoir mafieux. La combinaison de ces trois facteurs favorise la création d’une communauté émotionnelle et la reconstitution d’identités solides longtemps malmenées par un pouvoir qui a toujours utilisé la division comme un mode de gestion et de domination.

Certes, les chants du Hirak sont ancrés dans un combat présent affirmé, mais ils cherchent obstinément à marquer leur filiation au passé historique héroïque du pays, notamment celui lié à la guerre de libération. Le souci de donner une profondeur historique au combat actuel est dicté par un besoin de reprendre le combat inachevé engagé pour libérer le pays et le peuple.

Ces chants apportent une dimension festive pacificatrice aux différentes manifestations et participent aussi à redonner le goût du combat politique à une jeunesse décidée plus que jamais à reprendre son destin en mains.

Qui peut imaginer une seule manifestation sans ce formidable « paysage sonore » qu’offrent les chants du Hirak ? Personne évidemment.

Abbes Hamadene

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