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Chronique

De la francophonie

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En quoi le fait d’être le deuxième pays francophone, après la France, se traduirait-il par la nécessité d’adhérer à l’OIF (organisation internationale de la francophonie) ?

La question se pose du fait de la récurrence de l’étonnement affiché sur le fait que l’Algérie ne se décide pas à franchir le pas, ce qu’elle devrait presque naturellement faire, en considération d’avantages qu’elle est supposée tirer de devenir le 78e pays de la liste.

Rappelons que l’OIF est, à tout seigneur tout honneur, fondamentalement financée par la France, le Canada et la Belgique. Des pays qui caracolent loin au-dessus des autres, dans la hiérarchie mondiale. Dès lors, un examen du budget de l’organisation est très édifiant, sur ses objectifs et sur sa nature profonde.

Car les enveloppes attribuées à certaines rubriques posent de gros points d’interrogation, telles ces « actions transversales », dont la « société civile », qui se voient consacrer 27% du financement ou le volet « paix-démocratie-droits de l’homme » qui bénéficie de 23%, tandis que la rubrique « éducation-formation » n’a droit qu’à 13%. Une répartition pour le moins bizarre en termes d’objectifs.

Etant donné que, sur ce plan, ce ne sera jamais le Sénégal ou le Niger qui irait intervenir en Occident, il paraît évident que les pays de la périphérie se soumettent à une ingérence déclarée dans leurs affaires intérieures en faisant allégeance aux puissants, qui ont tout le loisir d’imprimer leur diktat. L’intérêt bien compris n’est pas, pour autant, avoué.

De plus il y a cette arrogance teintée de mépris qui fait des « francophonistes » des obligés d’une « mère patrie » linguistique.

Le 23 octobre 2010, à l’occasion du 13ème sommet de la Francophonie, à Montreux (Suisse), Nicolas Sarkozy, a dit ceci :

« Dans un monde où progresse le risque — car c’est un risque — du monolinguisme, au fond de l’uniformité, je voudrais dire de l’aplatissement, se battre pour notre langue et pour les valeurs qu’elle porte, c’est se battre pour la diversité culturelle. Que serait notre monde s’il n’était fait que d’une seule langue, d’une seule culture ? Que serait notre monde si la diversité n’y avait plus le droit de cité. ».

Il parle, bien sûr du français, « notre langue », et invoque le « monolinguisme », c’est-à-dire le règne sans partage de l’anglais. Il ne se préoccupe pas, dans un seul des mots de son discours, des langues des 77 pays membres de l’OIF. Le postulat est qu’elles n’ont pas droit au chapitre, devant la seule langue qui compte, le français.

Plus tard, le 22 janvier 2014, est enregistré, à la Présidence de l’Assemblée nationale française, un rapport d’information déposé par la commission des affaires étrangères en conclusion des travaux de la mission d’information sur la Francophonie. Le ton est alarmiste devant le recul du français dans certains pays dits francophones, au point qu’il devient menaçant : « si l’on ne parle plus le français dans les banlieues de Kinshasa, de Casablanca ou de Beyrouth, on ne le parlera plus bientôt dans les couloirs des Nations-Unies ».

Il faut dire que l’un des exemples cités parle de lui-même : « Le Sénégal est l’exemple d’une « vitrine » qui ne correspond plus à la réalité : les deux tiers de la population ne comprennent pas le français. » Comprendre qu’environ 70% des sénégalais sont illettrés. On en vient à se demander le rôle de l’OIF dans le domaine, au moins quand il s’agit de corriger l’état de délabrement socioculturel laissé par la France coloniale.

Ahmed Halfaoui

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