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Chronique

La darja, du rôle d’alibi au sacrilège

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Il est patent que c’est dans une confusion politisée des genres que l’arabité des Algériens et des nord-africains a été proclamée puis décrétée.

L’argument le plus couru étant que la langue dominante, dans le pays, est l’arabe. Peu importait, alors, le glissement qui a fait de la darja, la langue arabe elle-même.

Mais, tant qu’à faire, pourquoi la darja serait-elle redevenue un « dialecte » qu’il ne sied pas d’introduire à l’école, ou une arme entre les mains de « néocolonialistes » et/ou de « francophones unilingues » ?

Avant de surgir chez nous ce débat avait agité et agite le Maroc, depuis 2013 au moins, où les Frères du Parti de la justice et du développement (PJD) et l’Istiqlal, se sont insurgés en défense de l’arabe classique, en créant un « Collectif national pour la langue arabe ».

Le point de départ a été un colloque international sur l’éducation, organisé les 4 et 5 octobre 2013 à Casablanca par la Fondation Zakoura éducation.

Il y a été question de proposer l’enseignement en darja dans le préscolaire et pendant les deux ou trois premières années du primaire, en tant que « meilleure manière d’apprendre aux enfants les choses de la vie et les fondamentaux de la communication », sur la base du fait que « la darija est parlée par 90% des Marocains.»

La réponse des Frères et de leurs alliés a été cinglante et a dû fortement inspirer les Frères algériens. Le 21 février dernier, dans un communiqué, « Le PJD rejette les différentes campagnes qui s’orientent vers l’enseignement de la darija. Ces campagnes visent à limiter les deux langues nationales (lire le Tamazigh et l’arabe) pour ouvrir le champ à l’hégémonie des langues étrangères ».

Passons sur les accointances, devenues notoires, des Frères avec les puissances occidentales. Passons sur l’association opportuniste de Tamazight (il ne faut pas froisser le roi) et passons sur le qualificatif de « langue de la rue » infligé, par les Frères, à la darja et sur la connotation péjorative qu’il traîne.

Un dirigeant de l’Istiqlal, Mhamed Khalifa appelle, quant à lui, à « refuser cet acte de mépris contre la civilisation portée par le Maroc, ses valeurs, ses traditions et celles de ses rois, qui ont toujours élevé leurs enfants princes héritiers et les autres princes dans l’apprentissage du Coran et de la langue arabe classique ».

Ainsi, en Afrique du nord, très rare région du monde où les enfants ne trouvent pas leur langue maternelle à l’école, où la langue officielle et nationale n’est parlée par personne chez lui et dans la rue, il se trouve des passions exacerbées dès l’évocation des langues populaires.

Le plus désolant est que dans tous les cas il n’y en a que pour les insultes et les anathèmes, jamais pour une invitation à la réflexion. Signe évident d’une volonté de brider la pensée et de ne rien laisser, comme espace, à l’intelligence. D’autant que le dogmatisme hégémonique facilite ce type d’entreprise, en servant de réservoir inépuisable aux marchands de religion et aux illusionnistes d’une « identité » vaporeuse, dont le stock culturel ne se situe nulle part dans le quotidien des gens, qui savent de toute façon où puiser leur identité.

Ahmed Halfaoui

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