Connectez-vous avec nous

Économie

Algérie : l’urgence d’un gouvernement de rupture avec le libéralisme

Publié

le

L’éditorialiste du quotidien El Moudjahid, par lequel s’exprime le régime, affirme que « le gouvernement est sans cesse présent sur le terrain (…) De nombreux chantiers sont à ouvrir ou à parfaire, juste après l’élection présidentielle, pour les cinq années à venir ». Le gouvernement Bédoui, illégitime au regard de la démocratie, est très actif sur le plan national comme au niveau international. «Le temps n’est pas de notre coté», ajoute le journal pour justifier tous les dossiers en préparation dans le dos du mouvement populaire.

Il faut rappeler dans cet espace l’urgence d’instaurer un nouveau gouvernement, un gouvernement de rupture avec le libéralisme et l’orientation économique anti-nationale et qui se fixe comme objectif la satisfaction des besoins des larges couches de la société.

L’impérialisme, le FMI, et la banque mondiale sont au chevet du régime

Mais qui donc compte au pays le temps ? El Moudjahid apporte une première réponse. Bédoui s’est rendu ces jours derniers au Japon. Il y est revenu signataire « d’une convention sur la promotion et la protection de l’investissement et la non-double imposition ». En termes plus simples : ce gouvernement illégitime négocie des accords qui protègeront les investissements japonais en Algérie, c’est-à-dire la possibilité de transférer librement  au japon ou ailleurs dans le monde les bénéfices réalisés en Algérie par les entreprises Japonaises, voire d’ailleurs le transfert de tous leurs capitaux quand cela leur chantera. Le gouvernement leur garantit également de ne pays payer d’impôt en Algérie selon la si fameuse formule de la non double imposition.

En contrepartie, le gouvernement japonais soutiendra la feuille de route officielle : « des élections dans les meilleurs délais ». Les autres impérialismes n’en font pas moins. Le ministre français des Affaires étrangères a indiqué à son homologue algérien que son pays ne pouvait être « indifférent (à la situation) en raison de notre partenariat d’exception ». Il a ensuite formulé « ses vœux pour que se tienne un dialogue entre Algériens ». L’Allemagne d’Angéla Merkel qui règne sur le réseau des  petites et moyennes entreprises n’a pas besoin de parler fort. Il lui a suffi d’augmenter les budgets de ses très nombreuses ONG présentes dans le pays pour être comprise par ses partenaires. Elle pourra tranquillement bénéficier de contrats publics et privés. « Verdir » l’économie algérienne lui va si bien et puis c’est très à la mode. Les Etats-Unis ne changent pas leur fusil d’épaule. Ils n’ont pas besoin de parler. Le FMI et la Banque mondiale le font pour eux. Depuis la présidence Clinton, les Etats-Unis  s’informent directement ou par leurs propres institutions, notamment celles qu’ils ont créées à Breton Wood. Pour leurs affaires, ils se passent depuis de l’œil de Paris à qui ils ont pris une bonne part du marché des hydrocarbures en attendant celui du gaz de schiste. Les Etats-Unis qui savent qu’ils peuvent compter sur le régime pour leurs « affaires » souhaitent qu’il en fasse plus en s’ingérant directement au Sahel et en lui ouvrant le pays pour des bases militaires. Hélas pour eux, le principe de non ingérence vit dans la conscience du peuple algérien.

La Russie de Poutine est sortie de son silence pour appuyer le régime. l’ambassadeur de Moscou à Alger a déclaré très clairement : « la solution à la crise politique réside dans la tenue de la présidentielle dans les plus brefs délais. ».

Du côté des grandes puissances, le régime n’a donc non seulement rien à craindre mais il lui ait apporté le plus ferme soutien.    

Elles savent à qui elles ont à faire : des partisans des recommandations du FMI et de la Banque mondiale. Bien avant le mouvement du 22 février, les autorités algériennes et de nombreux partis et organisations politiques avaient donné leur quitus aux réformes sorties des bureaux de Breton Wood.

Ce que prépare le régime !

La remise en cause du système de soutien  des prix des produits de première nécessité et l’application de « la vérité des prix », la révision du code du travail, notamment la remise en cause des CDI par la généralisation des CDD, maintenir l’interdiction de recruter dans la Fonction publique étendue à toutes les entreprises publiques, revoir encore une fois le système des retraites estimé encore trop social (droit à la retraite à 55 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes) par l’allongement de la période de travail et de celle du calcul de la pension (jusqu’à maintenant calculée sur les 5 dernières années), privatiser plus encore la prise en charge des malades dans les structures publiques de santé, casser la formule 51/49 pour le partenariat économique qui « ne serait pas le coran», selon le ministre des Finances, se défaire ou privatiser des entreprises publiques, dévaluer le dinar algérien, obtenir des crédits sur le marché mondial, c’est-à-dire s’endetter et à terme se faire garrotter, réduire voire supprimer des projets d’équipement, notamment les équipements sociaux et ceux touchant aux infrastructures de bases, et enfin signer sans attendre les accords avec l’OMC et l’Union européenne, et l’Union africaine pour « le libre échange des capitaux » et la suppression des taxes douanières. Et puis il y a enfin le projet de loi de finance 2020  dans la continuité de ceux des dernières  années, c’est-à-dire dire d’austérité au nom de la rigueur économique, pour tenir compte de la baisse du prix du baril de pétrole, et de la baisse sérieuse des réserves de changes. Il devra traduire dans les faits les recommandations des institutions financières mondiales.

L’assemblée nationale qui a effectué  sa rentrée est prête à agir le doigt sur la couture du pantalon, c’est-à-dire à agréer tous les projets qui lui seront transmis.

Les experts du FMI et de la Banque mondiale élaborent pour le compte de l’impérialisme, transmettent au gouvernement leurs recommandations, et ce dernier les convoient vers le parlement pour adoption, et si cela est nécessaire il y a toujours les ordonnances.

Rejeté, le gouvernement Bedoui se maintient…                                                    

Ce peut-il qu’un gouvernement autant décrié puisse agir ainsi ? Il a contre lui un mouvement populaire de millions de femmes et d’hommes qui chaque vendredi crient que « le gouvernement Bedoui doit partir ». Ses ministres ne peuvent sortir sur le terrain sans être empêcher par les citoyens. Les partis politiques et les associations les plus favorables au maintien du système et même le panel demandent son départ « en tant que « l’une des mesures d’apaisement » pour crédibiliser « le dialogue national ». Et pourtant, il gouverne !

Le soutien des grandes puissances, celui « du pouvoir réel », les orientations des partis et organisations, qui tournent le dos au mouvement populaire, notamment ceux qui se réclament des travailleurs de plus en plus intégrés à la feuille de route « de sortie de la crise » du régime, sont ensembles les facteurs de son maintient et de sa capacité à mettre en œuvre un plan aussi anti ouvrier et anti national.

L’impérialisme, les institutions financières internationales, « le pouvoir réel », les partis et organisations attachés à l’ordre actuel de la société sont dans leur rôle quand ils le soutiennent chacun à sa manière. Mais que dire des partis et organisations se réclamant des travailleurs notamment les organisations syndicales qui comme le CSA agissent pour le compte du régime et déclarent bannir « dans la période actuelle les revendications sociales », comme si leurs satisfactions pouvaient attendre.

La voie pour une autre politique économique commence par la rupture, de tous ceux qui parlent aux noms des travailleurs, des jeunes, des étudiants, et des couches paupérisées des villes et des campagnes, avec le régime, ses institutions, ses dialogues et ses conférences. Ils doivent s’engager dans la lutte unie pour prendre en charge les revendications du hirak : »système dégage », « pouvoir au peuple », et « satisfaction de toutes les revendications démocratiques et sociales ».

Pour le Comité d’Organisation des Socialistes Internationalistes (COSI), la lutte unie de toutes les organisations ouvrières et populaires signifie la mise en avant de la revendication de la convocation et de l’élection de l’Assemblée constituante Souveraine, la constitution de comités populaires et de citoyens dans les usines, les universités, et les quartiers, leur coordinations à tous les niveaux, l’appel et l’organisation de la grève générale pour en finir avec le régime. la revendication  pour eux-mêmes aux noms des travailleurs d’un « gouvernement  Comité de Réappropriation de l’UGTA par les travailleurs/ CSA ».

C’est la seule voie qui tourne le dos au régime, à l’impérialisme, leurs partis, leurs avocats aile  « gauche » de la bourgeoisie compradore qui mènent  le pays à se subordonner au marché mondial, à la catastrophe et au chaos. 

Un autre gouvernement pour une autre politique économique

Les militants ouvriers que nous sommes ne déterminent  pas leur orientation politique sur la spéculation mais sur les faits. Nous ne savons pas, et personne ne le sait, quelle forme prendra la revendication d’un «  gouvernement des travailleurs et des couches paupérisées des villes et des campagnes ». Prendra t il la forme du « comité de réappropriation de l’UGTA  pour les travailleurs  /CSA » telle qu’issue des grèves générales de fin janvier, du 26 février, du 10  mars, et du 10 avril, des rassemblements du 17 avril et du 1er mai,  et du combat pour le congrès extraordinaire de l’UGTA  ou du processus mené jusqu’au bout de la mise en place de comités populaires et de comités de citoyens, coordonnées à tous les niveaux jusqu’ à l’assemblée nationale des délégués ?

Une première chose est certaine : la rupture immédiate et sans attendre de toutes les organisations syndicales et des partis ouvriers d’avec la feuille de route du régime est le premier acte pour ouvrir au peuple travailleur la voie de son propre gouvernement

Une seconde chose est certaine : rompre et revendiquer « un gouvernement  comité de réappropriation de l’UGTA pour les travailleurs/ CSA » c’est favoriser la voie à l’émergence d’institutions propres aux masses dans les entreprises, universités et dans les quartiers et à leur coordination à tous les niveaux jusqu’à l’assemblée nationale des délégués.

Une troisième chose est certaine : il faut un autre gouvernement, « un gouvernement des travailleurs » pour impulser une autre politique économique.

Quelle politique pour un gouvernement des travailleurs ?

Même le quotidien El Moudjahid n’ignore pas que le peuple veut d’une autre politique. Il écrit dans son éditorial du dimanche 1er septembre : « les manifestants sont motivés par l’attachement à la justice sociale, et la poursuite de la lutte contre la corruption ». Fidèle à son rôle de porte parole du régime le journal enchaine ces aspirations dans la perspective de l’élection d’un président  qui ‘ »pourra tout faire après son  élection ». Nous avons vu plus haut la signification de ce « tout » une batterie de projets anti sociaux et anti nationaux. Il faudrait  presque proposer leur  contraire pour être dans le vrai des intérêts du peuple travailleur.

On ne peut arracher de nouveaux acquis sans  défendre les acquis actuels. C’est le   premier axe d’une politique indépendante des masses.     

Les organisation syndicales,  les partis et organisations ouvrières doivent défendre les avantages acquis en refusant :

  • la remise en cause du système de soutient  des prix des produits de premières nécessités,
  • la remise  en cause des CDI, la généralisation des CDD et le développement du travail informel, 
  • l’interdiction de recruter dans la fonction publique étendue à toutes les entreprises publiques,
  • le projet d’un nouveau système des retraites,
  • la privatisation de la prise en charge des malades dans les structures publiques de santé,
  • l’abrogation de  la formule 51/49 pour le partenariat économique,
  • la dissolution ou la privatisation des entreprises publiques,
  • la dévaluation du dinar et l’endettement extérieur,
  • de réduire voir supprimer des projets d’équipements notamment les équipements sociaux et ceux touchant aux infrastructures de bases,
  • de signer les accords avec l’OMC et l’Union  Européenne, et l’Union Africaine pour « le libre échange des marchandises et des capitaux » et la suppression  des taxes douanières.

La lutte sur cet axe est inséparable du combat pour l’assemblée constituante souveraine et  l’indépendance des organisations syndicales.

Dans la société capitaliste tous les acquis arrachés par la lutte des travailleurs ne sont jamais définitivement acquis. Ils sont systématiquement remis en cause par les gouvernements de la bourgeoisie. Il faut donc se doter d’un programme de mesures remettant en cause cette logique que ne peut mettre en œuvre qu’un « gouvernement des travailleurs et des couches pauvres des villes et des campagnes». C’est le deuxième axe du combat indépendant des travailleurs.

Il faut :

  • ré instituer le monopole de l’état sur le commerce extérieur,
  • exproprier les oligarques des biens acquis par la prédation et la corruption des agents de l’état,
  • nationaliser sans indemnité ni rachat  les entreprises et sociétés appartenant aux trust- et monopoles internationaux,
  • rendre nulles leurs actions dans les sociétés algériennes stratégiques notamment dans les hydrocarbures,
  • nationaliser les banques et les compagnies d’assurances privées,
  • réorganiser ces deux secteurs pour les tourner vers l’application d’un plan d’industrialisation du pays sous le contrôle des salariés et vers l’aide aux travailleurs,  aux paysans travailleurs  et aux travailleurs agricoles. A ces deux derniers devront  être dévolus les terres qu’ils travaillent pour le compte d’autrui,
  • généraliser le « contrôle ouvrier » dans les entreprises, instituer l’échelle mobile des salaires et des prix, et réorganiser les normes de la production vers la répartition des heures de travail pour assurer le plein emploi, tourner, enfin, la production vers la satisfaction des besoins du peuple en quantité et qualité.      

Ce programme est réaliste et réalisable car il correspond aux aspirations du peuple travailleur et à ses capacités à le mettre en œuvre dans la mesure où les organisations syndicales, les partis ouvriers le prendront  en charge dans l’unité et qu’ils inscriront  leurs actions dans des institutions propres aux travailleurs. Les associations, organisations,  partis politiques, les avocats  attachés au maintien des moyens privés de production, le régime et l’impérialisme en seront de redoutables adversaires. Nulle part dans le monde les classes dominantes n’ont accepté avec bienveillance que leur pouvoir soit remis en cause car leur survie et leurs intérêts dépendent de la gestion par eux ou leurs avocats pour eux du pouvoir sur l’état. Il se trouvera toujours des personnalités politiques, des partis politiques pour nous rappeler la force de l’impérialisme afin de nous « convaincre » de ne pas mordre à  belles dents dans le système de l’exploitation de l’homme par l’homme. Nous répondrons que nous sommes également forts  du soutien de tous les peuples travailleurs dans le monde car nous avons  les mêmes aspirations : se dépouiller de toutes nos chaines.

Abdelkader Bentaleb   

Publicité
1 Commentaire

1
Poster un Commentaire

avatar
1 Fils de commentaires
0 Réponses au fil
0 Les abonnés
 
Commentaire le plus réagi
Fil de commentaire le plus chaud
1 Commenter les auteurs
amr Commentaires récents des auteurs
  S'abonner  
plus récents plus anciens plus de votes
Me notifier des
amr
Invité
amr

l etat algerien et sa maffia ont vole les ressources de l algerie vidé les caisses publiques ils doivent les voleurs restituer les butins au caisses de l etat tresor ce gouverment de voleurs n ont pas le droit de gerer decider sur lavenir du peuple . on a pas besoin d etre en restriction budgetaire ou de manque de finances à cause de ces voleurs qui ont transfere beaucoup de devises ailleurs et que la justice si cest la vraie justice doit suivre de prés et aller à la saisie de ce qui est sur eux ici ou a… Read more »

Actu

Des entrepreneurs s’opposent à la suppression de la règle 51-49

Publié

le

La proposition contenue dans le projet de loi de finances 2020 élaboré par le gouvernement impopulaire de Nouredine Bedoui consistant à supprimer la règle 51-49% a fait réagir les chefs d’entreprise qui s’opposent à cette décision.

Les entrepreneurs, affiliés à l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA), s’opposent, dans un communiqué, à la suppression de la règle 51-49%.

« Suite à la parution dans un quotidien national en ce qui concerne la suppression de la règle 51-49, décidée lors de la réunion du gouvernement le 11 septembre, l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA) s’oppose fermement à cette annulation », écrit l’association patronale dans un communiqué. 

Pour le président de l’AGEA, Mouloud Kheloufi, la suppression de la règle 51-49 représente « une menace pour les entreprises privées et l’économie nationale ».

Pour l’association patronale, le maintien de cette règle est indispensable « du fait que nos entreprises, à l’image du secteur BTPH, fabricants des matériaux de construction, services et électroniques, sont faibles et non aidés à se développer dans l’environnement actuel ».

Pour rappel, le gouvernement Bedoui a examiné une première mouture de l’avant-projet de loi de finances 2020 qui prévoit, pour reprendre les éléments de langage du discours officiel, « la levée des restrictions prévues dans le cadre de la règle 51/49% appliquée aux investissements étrangers en Algérie », afin de « renforcer l’attractivité de l’économie nationale ». Cette levée devrait toucher les secteurs « non stratégiques », selon le gouvernement, sans définir ces secteurs.

Le gouvernement, les « experts économiques » et les promoteurs des intérêts du capital étranger parlent de « levée de restrictions » induites par cette règle, alors qu’il s’agit avec cette suppression de la fin de la protection de l’économie nationale.

Tout cela prouve que 7 mois après la révolte populaire, rien de fondamental n’a changé. L’Etat et le gouvernement sont toujours à la solde des intérêts étrangers.

I. Farès

Continuer la lecture

Économie

Fortunes algériennes : 78,6 millions de dollars transférés au Canada !

Publié

le

C’est une véritable saignée que subit l’économie nationale depuis le début de l’année 2019 suite à la candidature surréaliste de Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat et au mouvement populaire qui entend en finir avec le système des corrompus. Cela prouve que le peuple a bien eu raison de se révolter et que le semblant d’opération « main propre » menée par Gaïd Salah n’est que de la poudre aux yeux.

Les fortunes algériennes, souvent mal acquises, quittent le pays en toute impunité. Plus de 78,6 millions de dollars ont été transférés au Canada depuis l’Algérie, et ce, depuis janvier 2019, a révélé le journal montréalais Le Devoir.

« Entre janvier et juillet 2019, plus de 78,6 millions dollars ont été envoyés au Canada depuis l’Algérie, selon des chiffres obtenus auprès du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada, qui surveille les télévirements de fonds de plus de 10 000 dollars en provenance de l’étranger », écrit le journaliste Fabien Deglise dans un article intitulé « Des fortunes algériennes trouvent refuge au Canada ».

Ce chiffre enregistré en 7 mois seulement représente une augmentation de près de 10 millions comparé au total des transferts effectués durant toute l’année 2018 ! C’est également une augmentation de 50% par rapport aux transferts opérés en 2017.

« Cette année-là, 52 millions de dollars avaient été transférés au Canada depuis des institutions bancaires algériennes », note encore le journaliste.

L’explosion de la valeur moyenne des transferts en 2019, comparé à ceux enregistrés en 2017 et 2018, démontre qu’il s’agit d’opérations effectuées par les grosses fortunes algériennes et non pas par les citoyens lambdas. Une bonne partie de ces fortunes ont trouvé refuge à Québec où est installée la majeure partie de la diaspora algérienne.

« Signe d’une certaine fébrilité, la valeur moyenne des transferts a également explosé en 2019, pour atteindre 405 195 dollars par transaction déclarée, contre 187 900 dollars et 157 857 dollars respectivement en 2018 et 2017. Ce montant représente plus de 26 fois le PIB par habitant en Algérie en 2018, confirmant ainsi que ces transferts sont orchestrés principalement par les plus grosses fortunes du pays », fait remarquer le journaliste du quotidien Le Devoir.

Le journaliste note à juste titre que les transferts s’accélèrent en période de crise du fait de la peur des dirigeants politiques et des riches de voir la monnaie nationale s’effondrer.

Ces transferts importants s’expliquent aussi par l’urgence de mettre à l’abri des richesses mal acquises dont une bonne partie avait été blanchie dans l’immobilier français et espagnol.

Il faut rappeler qu’un Algérien installé au Canada avait interpellé, le mois de juin dernier, le député du Nouveau Parti démocratique Pierre-Luc Dusseault, qui, à son tour, a écrit au ministre des Finances, Bill Morneau, pour l’informer et l’inciter à la vigilance : « Ces mouvements financiers sont majoritairement faits par la classe politique et dirigeante algérienne actuelle, qui se prépare à un exil imminent. […] Le peuple algérien est inquiet que le départ du gouvernement et de ses dirigeants se fasse en amenant avec eux […] des fonds publics dilapidés […]. Ces dirigeants corrompus ne devraient pas pouvoir trouver un refuge au Canada pour ces fonds illégitimes. »

Il est triste de voir que du côté algérien, rien n’est entrepris pour arrêter cette saignée. La corruption semble avoir encore de beaux jours en Algérie.

Synthèse A. Guatri

Continuer la lecture

Économie

L’économie algérienne grippée par le blocage politique

Publié

le

Six mois de contestation populaire n’ont toujours pas débouché sur une solution politique. Une 29e demain vendredi. L’économie du pays commence à souffrir de ce blocage politique.

L’entêtement du pouvoir à maintenir su agenda contre la volonté populaire a conduit à un blocage de l’économie algérienne et de ses institutions.

Les grandes entreprises privées dans le collimateur de la justice ont été les premières à voir leur activité se gripper, voire totalement s’arrêter suite à l’arrestation de leur PDG poursuivi pour corruption. Le cas le plus emblématique est celui du groupe de BTP appartenant à Ali Haddad. Depuis que l’ancien dirigeant du patronat proche du clan Bouteflika est en prison, les comptes de ses sociétés sont gelés. Certains de ses employés ont été licenciés, d’autres ne sont plus payés. Les grands chantiers en cours sont suspendus et les entreprises dans lesquelles le groupe a des participations sont elles aussi paralysées, elles n’ont le droit ni d’importer ni de régler leurs factures.

La justice a désigné la semaine dernière des administrateurs indépendants pour que ces entreprises puissent reprendre une activité normale.

Cela concerne les groupes de Ali Haddad, des frères Kouninef et de Mahieddine Tahkout. D’autres nominations devraient avoir lieu dans les prochains jours pour les autres sociétés concernées. Cette opération main propre a vitrifié une partie de l’activité privée mais ce n’est qu’une partie du problème.

C’est surtout l’impasse politique qui a figé l’activité économique estime l’économiste Fatiha Talahite. Tous les marchés dans lesquels l’Etat est impliqué sont bloqués. Le bâtiment en est la première victime. Faute de perspectives, de cadre institutionnel clair les entreprises reportent leurs investissements. Faute aussi de soutien financier. Les banques sont devenues très frileuses dans les prêts qu’elles veulent bien accorder.

En revanche l’Algérie continue à exporter son gaz et son pétrole.

Les vannes de l’or noir et de l’or bleu sont toujours ouvertes et c’est capital puisque ces hydrocarbures sont la vache à lait de l’Etat : elles représentent 60% de ses recettes, et ce sont aussi les grands pourvoyeurs de devise puisque le pétrole et le gaz c’est 95% des exportations algériennes. La Sonatrach, la société nationale des hydrocarbures et ses 100 000 salariés sont toujours au travail.

Le PDG a tenu hier, mercredi, une conférence de presse pour le confirmer et démentir les rumeurs sur le gel des négociations avec les partenaires étrangers, des majors très recherchées pour relancer la production algérienne.

Est-ce que le gouvernement a pris des mesures pour soutenir l’activité?

Il y a aujourd’hui en Algérie un président par intérim et un gouvernement qui gère les affaires courantes. Cette équipe a surtout évité d’alimenter le mécontentement populaire en retenant la mise en oeuvre des lois destinées à ouvrir l’économie. Sa priorité absolue c’est de résorber le double déficit du pays, le mal chronique de l’économie algérienne. Déficit des comptes extérieurs, le déficit commercial s’est aggravé de 12% au premier semestre malgré les restrictions aux importations.

La tâche est ardue car ces restrictions ont contribué au ralentissement économique en privant l’industrie automobile par exemple des kits d’assemblage qu’elle importe pour monter les voitures. Le déficit jumeau, c’est celui des comptes publics. La loi de finances 2020 est en cours de préparation. Ce sera une fois encore un exercice d’équilibriste rendu encore plus périlleux par d’une part le recul des recettes pétrolières et d’autre part des cours mondiaux plutôt orientés à la baisse. RFI

Continuer la lecture

NOS CHRONIQUES

Nous suivre

Newsletter

Recevoir nos articles par email

A La Une

Tags

Populaires