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Politique

Hardliners et softliners expliqués par Lahouari Addi

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Une guerre d’influence souterraine se tient depuis le début du mouvement de dissidence citoyenne Hirak-Tanekra en Algérie.

Sur les réseaux sociaux, outre les mouches, hardliners et les softliners distillent leurs idées et instillent les discours de leurs chefs. Ce qu’explique ici le sociologue Lahouari Addi.

« Un ami sur facebook m’a encore interrogé sur les hardliners et les softliners et demande pourquoi ces derniers ne se manifestent pas publiquement pour mettre fin à la crise. Ma réponse comme contribution à ce débat sensible:

Les hardliners et les softliners ne s’opposent pas publiquement et frontalement. Ces deux camps sont attachés à l’unité de l’armée, mais chacun essaye d’obliger l’autre camp à accepter sa solution. Les membres de l’EM savent que ceux qui font pencher le rapport de force à l’intérieur de l’armée, ce sont les chefs des unités opérationnelles.

Ils les sondent, et s’ils réalisent qu’une majorité de chefs opérationnels sont en faveur d’une option ou d’une autre, ils se rangent derrière.

Le pays est en révolution, et il ne faut pas croire que les officiers des unités opérationnelles regardent ce qui se passe comme s’ils étaient des coopérants techniques ou des mercenaires.

Ce que craint l’EM, c’est qu’une division blindée rentre à Alger et encercle le ministère de la Défense. Ce n’est pas souhaitable et je ne l’espère pas.

L’unité de l’armée et la discipline hiérarchique sont fondamentales à la stabilité du pays. C’est pourquoi cette crise doit être résolue en préservant l’unité de l’armée. L’EM a une grande responsabilité et ses membres savent qu’ils marchent sur des œufs.

Quand une armée refuse d’obéir à une autorité civile légitimée par les élections, la hiérarchie militaire est menacée par l’anarchie. Chaque général voudra imposer son opinion en comptant le nombre d’avions ou de chars qu’il a sous ses ordres.

Il faut juste espérer que le vent de la raison souffle du côté des Tagarins.

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Culture

André Breton : La dernière grève

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C’est sans doute au sujet du travail que se manifestent les plus sots préjugés dont soit imbue la conscience moderne, au sens collectif du mot. Ainsi les ouvriers, excédés à bon droit du sort inférieur qui leur est fait, se fondent généralement pour affirmer leur droit de vivre sur le principe même de leur esclavage.

Au nom du sacrifice individuel qu ils consentent, qu’ils luttent de ci de là pour obtenir une légère atténuation de leur peine, selon moi c’est trop peu, en vérité. A leurs grands maux, bien sûr ils n appliquent pas assez les grands remèdes des révolutions. Mais la convention sociale dont ils sont de naissance les prisonniers les plus surveillés leur a fait une âme de misère. Ils se recommandent trop volontiers de leur capacité de travail, par un de ces détours élémentaires qui, dans sa réflexion sur lui-même, conduit l’homme à s’exagérer la valeur de ce qu’on méconnaît en lui. Si paradoxal que cela puisse paraître, ils cultivent de façon quasi-religieuse l’idée du travail. C’est à croire que par là, comme tous les autres, ils éprouvent le besoin de donner la mesure de leur désintéressement. Il n’est pas jusqu’à la dureté du travail qui ne confère à ceux qu’il courbe le plus le maximum d’autorité. Dans les confédérations les voix qui l’emportent ne sont-elles pas aujourd’hui celles du Bâtiment, de la Terrasse, des Métaux ? Toutes proclament le caractère sacré du travail et tendent à l’exalter d’autant plus que ce travail est plus matériel.

De là la scission qui s’accuse chaque jour entre « manuels » et « intellectuels » au grand profit d’une gent sans scrupules, complètement indigne de pitié, qui les exploite les uns et les autres. Certes je ne nie pas que les premiers aient eu quelques raisons de se plaindre des seconds. Il est inadmissible que la grande colère des ouvriers, si belle, si pleine de sens, se canalise indéfiniment dans les savants discours de ces messieurs. Quelques duperies exemplaires, dont c’étaient toujours les mêmes qui se rendaient coupables, justifient à cet égard les dernières réserves. Il n’en est pas moins vrai qu’ici une distinction s’impose, faute de laquelle le ferment révolutionnaire menace à notre époque de demeurer inactif. Or je pense avec tous les hommes vraiment libres que la Révolution, jusque dans ses abus, demeure la plus haute, la plus émouvante expression qui se puisse donner de cet amour du Bien, réalisation de l’unité de la volonté universelle et des volontés individuelles. Celles-ci n’ont pas à s’identifier avec la loi et la raison, telles du moins qu’on nous les présente. C’est dans une révolution qu’à travers le jeu nécessaire des penchants humains la vérité morale pourra seulement se faire jour. Bon gré mal gré il faut que cette sorte de jugement ne se bute pas à l’hostilité systématique des meneurs ouvriers. Qu’ils ne nous demandent pas de prendre leur cause en mains, encore moins de faire aboutir leurs revendications. Selon nous ils ne sont que depuis trop longtemps le jouet du mirage politique. Là où les paroles les ont trahis eussent toujours été mieux placées des armes.

Qui sommes-nous donc devant eux ? Les derniers, d après leur hiérarchie du travail. En effet, il nous a été donné non seulement de choisir nos occupations, mais encore de ne subir dans ces occupations d’autre contrainte que la nôtre, de tirer de la nature de notre production une joie personnelle suffisante pour que nous n’ayions, en fait de maîtres, à nous plaindre que de nous. Artistes, philosophes, savants, on ne nous fait pas cette injure de nous payer « aux pièces » et bien hardi qui s’arrogerait le pouvoir de reconnaître entre nous ceux qui seuls ont droit de cité. C’est de toute notre vie qu’il nous sera demandé compte, nous le savons, et que ceux qui nous patronnent ne sont pas encore nés. Nous ne sommes guère des travailleurs ; c’est presque toujours nous embarrasser fort que de nous poser la question d’usage : « Travaillez-vous en ce moment ? » (Peut-on dire qu’Hercule, que Christophe Colomb, que Newton travaillaient ?) Nos attributions nous éloignent en majorité, autant qu il est possible, de ce que se répartissent du monde intellectuel les professions libérales proprement dites. Du point de vue révolutionnaire, il y a lieu de constater que ces dernières ont fourni dès à présent un tel contingent d’arrivistes et de traîtres que nous sommes prêts à leur marquer la même défiance que leur marque la classe ouvrière.

Il nous reste, dans les limites où il nous appartient d agir avec efficacité, à témoigner en toutes circonstances de notre attachement absolu au principe de la liberté humaine et cela, je crois, non pas seulement en assurant individuellement dans notre oeuvre la sauvegarde de ce principe, non pas seulement en élevant une faible protestation contre chaque violation qui en est faite, mais encore en recourant, le cas échéant, aux moyens d’agitation générale les plus propices, à commencer par la grève.

La grève

Que les rieurs me pardonnent, je n’ai pas l’intention de plaisanter. L’insuffisance de repos et de salaire ne sont pas au monde les seules causes de mécontentement. Puisqu’à ne considérer que la fin qui nous occupe, ce mécontentement apparaît la condition nécessaire d’une révision globale des pouvoirs, sa nature ne saurait en aucune manière être sujette à caution. En ce qui nous concerne, en ce qui concerne tous ceux qui poursuivent avec un complet désintéressement leurs recherches dans le domaine de la pensée, nous aurions, si nous voulions, à régler avec la société un conflit autrement grave que celui qui met aux prises employeurs et employés. C’est devenu un lieu commun de déplorer la grande misère des laboratoires. On ne sait au juste comment subsistent les savants. Les grands poètes fiers meurent dans l’indigence : la fin de Baudelaire, de Jarry ont beau faire verser des larmes de crocodile, il y a quelque part, en Bretagne, un homme adorable sur qui s’acharne un semblable destin. A soixante-quatre ans, cet homme, qui fut à tous égards une providence, voit le vent et la pluie crever son manoir. Il ne se plaint d’ailleurs pas (lui, se plaindre !) et pourtant, dans le même temps, l’absurde Henri de Régnier se prélasse à l’Académie française, pourtant il continue à être question de Mme de Noailles. Paul Fort est pauvre pendant que Jammes, au prix de quels services, vit grassement. Je n’espère pas faire cesser ce scandale, mais, m’adressant à tous ceux qui savent encore jouir d’une puissante idée, d’un beau poème, je leur demande si une telle infamie doit se perpétuer, s’il est vrai que les Patries veulent le plus tôt possible le sang de leurs grands hommes. Quelles sont les lois qui protègent cette forme de l’activité humaine, précieuse entre toutes ? Est-il juste, par exemple, qu’à talent égal, les peintres s’enrichissent sur le sol même où les poètes pourraient mendier ? Ces questions, rien ne saurait me retenir de les poser pour ceux qui ne les posent pas, et dans l’intérêt seul de l’esprit. Le dénuement matériel, supporté héroïquement ou non, est toujours une entrave. Sous l’Ancien Régime même, on paraissait l’avoir compris et il semble aujourd’hui qu’un choix assez judicieux présidait à l’attribution des pensions. Ce ne saurait être une raison pour que nous ne nous opposions pas aujourd’hui à l’éventualité d’un tel choix. Un mauvais ouvrier doit bien pouvoir vivre de son travail.

A ces revendications que je formule à dessein sur le modèle des revendications ouvrières viennent naturellement s’adjoindre celles qui s’appuient sur l’absolue nécessité de maintenir hors de toute atteinte non seulement la liberté de pensée, mais celle d’exprimer cette pensée. Cela ne suppose rien moins qu’au premier chef l’abrogation des lois indéfendables visant les menées anarchistes. Il importe que les hommes qui, sans vulgaire ambition, consacrent leur vie à assurer le triomphe de l’esprit, soient mis une fois pour toutes à l’abri des persécutions, qu’ils n’aient rien à craindre des puissants de ce monde. Les mesures de protection envisagées jusqu’ici se sont montrées illusoires : d’Espagne on réclame aujourd’hui l’extradition d’un écrivain accusé du crime de lèse-majesté ; on en exile impunément quelques autres. En France on tolère l’établissement de la censure pendant la guerre. Ce n’est pas à un syndicat, si bien organisé soit-il, — et je ne pense pas à celui des gens de lettres, nécessairement composé en majeure partie d’industriels— qu’il appartient de résoudre de tels différends.

Pourquoi pas la grève ? Elle a été jusqu’ici le seul recours de nos amis les vrais travailleurs et elle a l’avantage de présenter une valeur symptomatique des plus objectives. Je la vois très bien éclater à l’occasion d un incident de presse ou autre comme il s’en produit tous les jours. Il ne tiendra qu’à nous qu’elle se prolonge assez longtemps, puisque matériellement nous n’avons rien à y perdre. Ce sera comme une grève des électriciens qui durerait plusieurs soirs. Sans doute notre première tentative échouera, et la seconde, et la troisième. Mais un jour ! Il y aura des pétitions, des réunions. Le débauchage, si l’on peut dire, s’opérera comme ailleurs, quoique d’une façon plus violente, j’espère. Et puis ce sera le silence sur toute la ligne de la pensée ; il ne paraîtra plus de livres, ou des livres ridicules, si nous ne saccageons pas les boutiques ; c’en sera fini momentanément des recherches de laboratoire, d’atelier. D’opinion désintéressée sur tel ou tel sujet, chacun n’aura plus que la sienne, incertaine. Oh ! cela n’est pas impossible à réaliser, qu on y prenne garde : cela se conçoit. Que penserait-on, tout de même, en février 1926, pour peu qu’il y ait un an que cet interdit durât ? Le temps paraîtrait bien long, qu en dites-vous ? Tiens, le chômage aurait atteint les ouvriers typographes, peut-être quelques libraires, les étudiants s’agiteraient pour de bon, etc. Et l’on feuilletterait quelque part avec regret les deux premiers numéros de La Révolution surréaliste, accueillante pourtant aux idées subversives, mais qui serait déjà une douce et triste chose…

André Breton

Texte d’André Breton paru dans La Révolution surréaliste, n° 2, 15 janvier 1925.

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Politique

L’autorité des élections : pour quel rôle ?

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L’Autorité nationale indépendante des élections, que préside M. Mohamed Charfi, est une instance « permanente,indépendante et impartiale », jouissant du statut de personne morale et de l’indépendance administrative et financière.

Deux fois ministre sous les 20 ans de règne de prédation de Bouteflika, Mohamed Charfi a été adoubé président de l’autorité « indépendante » des élections.

– Cette autorité, composée de 50 membres, a pour missions de « concrétiser et approfondir la démocratie constitutionnelle et promouvoir le régime électoral conduisant à l’alternance pacifique et démocratique au pouvoir ».

– L’instance dont le siège se situera à Alger avec des antennes au niveau local et auprès de la communauté nationale à l’étranger, veillera « à la préparation, à l’organisation, à la gestion, à la supervision et à la surveillance des élections ». 

– En matière de surveillance des élections, elle veille à garantir « la transparence et la régularité » du scrutin lors des étapes de sa préparation et de son organisation.

– L’Autorité sera composée, au niveau central, d’un président, d’un bureau et d’un conseil et disposera, au niveau local, de délégations de wilaya.

  • Elle recourra à des délégués au niveau des communes et des représentations diplomatiques et consulaires.

– Elle disposera de son propre budget de fonctionnement. La nomenclature des dépenses et les termes et modalités d’application seront fixés conformément à la législation, pour peu que ses comptes et bilans financiers soient contrôlés par la Cour des comptes.

– L’instance peut enclencher toutes les procédures en cas d’atteinte ou menace portée au déroulement normal des opérations électorales, en vue de garantir la conformité de ces opérations aux textes législatifs et organisationnels en vigueur.

Cette autorité répond parfaitement aux ordres donnés par Ahmed Gaïd Salah.

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Actu

Élections : Autorité indépendante dites-vous ?

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L’Autorité nationale indépendante de suivi des élections, revendiquée depuis des lustres par l’opposition, vient d’être installée par la présidence comme signe de bonne volonté et une sorte de concession pour inciter le peuple à aller voter.

Il a été claironné que l’Autorité nationale indépendante des élections sera vraiment « indépendante » et composée de personnalités tout aussi « indépendantes » !

Elle aura pour mission de « concrétiser et d »approfondir la démocratie constitutionnelle et promouvoir le régime électoral conduisant à l’alternance pacifique et démocratique au pouvoir ». Elle veillera « à la préparation, à l’organisation, à la gestion, à la supervision et à la surveillance des élections ». 

En matière de surveillance des élections, l’Autorité veille à garantir « la transparence et la régularité » du scrutin lors des étapes de sa préparation et de son organisation.

Le hic, c’est qu’à la vue de la composante de cette instance qui vient d’être validée par le chef de l’État intérimaire Abdelkader Bensalah, il y a de quoi être pessimiste et jurer que ce système est décidément inapt à la réforme.

Premier gros problème, c’est l’ancien ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Mohamed Charfi qui a été plébiscité, ce dimanche 15 septembre à Alger, président de l’Autorité nationale indépendante des élections par les membres de cette instance.

L’Autorité nationale indépendante est présidée par un pur produit du système algérien, un commis de l’État qui avait eu tout le temps d’agir contre la corruption et l’oligarchie qui a privatisé l’État algérien.

Diplômé de l’Ecole nationale d’administration (ENA), M. Charfi est également détenteur d’une licence et d’un Doctorat en droit. Il a occupé, auparavant, plusieurs hautes fonctions dont celle de magistrat, Juge d’instruction puis Procureur général au niveau de différentes cours (1972-1989), secrétaire général au ministère de la Justice (1989-1991), conseiller à la Cour suprême, ministre de la Justice (2002), puis ministre de la Justice, Garde des Sceaux (2012).

Il a assuré, à ce titre, que la priorité de l’instance sera de « concrétiser la revendication principale du peuple, celle de choisir librement celui qui le représentera au plus haut sommet de l’Etat ».

Il faut noter que Mohamed Charfi est connu pour son allégeance au courant islamiste, ce qui a certainement pesé dans ce choix. Ce qui confirme, avec le choix d’un islamiste à la présidence de l’APN, que le système tente de se régénérer en s’alliant à l’islam politique.

A. G.

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