Connectez-vous avec nous

Politique

L’Algérie n’est pas une caserne !

Publié

le

La révolution populaire pacifique commencée depuis plus de 6 mois ne faiblit pas, elle a réussi à s’adapter à toutes les étapes et à déjouer tous les pièges tendus par un pouvoir incarné aujourd’hui par le général-major Gaïd Salah.

L’incongruité des discours de Gaïd Salah prononcés dans des casernes, dans la pure tradition des juntes militaires sud-américaines, donne l’impression qu’il est perdu et vit en dehors du monde et du siècle.

A l’image des dictateurs en fin de règne, il est prisonnier de cette incapacité chronique à s’extraire de lui-même et prendre conscience de tout le mal et des souffrances infligés au peuple algérien par le pouvoir depuis trop longtemps.

Dans son roman flamboyant « L’automne du patriarche », Gabriel Garcia Marquez raconte l’histoire d’un général dictateur de son pays imaginaire qui a un âge indéfini entre 107 ans et 232 ans. Gaid Salah, outre son âge avancé (80 ans) pour un général en activité, emprunte plusieurs traits de caractère à ce personnage : despote, fruste, brutal et profondément pathétique.

Il s’entête, il menace et pense ainsi « donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent » selon l’expression de Georges Orwell.

Les paroles coléreuses avec lesquelles il pense faire peur agissent comme un puissant stimulant pour la mobilisation populaire. Chaque discours prononcé par lui, vient doper encore plus la détermination du Hirak à réaliser ses objectifs.

Car la peur peut prendre une direction opposée, il y a en effet celle qu’on inspire au peuple pour mieux le contrôler, et celle que peut inspirer le peuple lorsqu’il ne craint plus rien et aspire à un nouveau système fonctionnant selon les principes et critères universels de la démocratie.

Aujourd’hui, le peuple a brisé l’engrenage de la peur et refuse toute tentative de reproduire le système. Il veut mettre fin à la politique du ventre (expression empruntée à nos frères camerounais) qui renvoie à une conception de l’appareil d’Etat perçu comme un lieu d’accès aux richesses, aux privilèges, au pouvoir et au prestige.

Il ne veut plus de ce système qui enrichit la mafia politico-militaire et ses relais dans les ministères, les wilayas et les communes au détriment de la quasi-totalité du peuple algérien. Comme il ne veut plus voir des centaines de milliers d’Algériens fuir leur pays et subir les affres de l’exil ou ces milliers de jeunes harragas pour lesquels, risquer sa vie est la seule possibilité de se réaliser.

Il ne supporte plus de voir des millions de jeunes subir la pire des violences : l’exclusion sociale et politique. Un jeune exclu ne se situe plus dans les bas-fonds de la société : il est en dehors.

Le renvoi de certains sinistres criminels et corrompus en prison, n’est en réalité qu’un épisode nouveau de la lutte que se livrent les clans du pouvoir depuis l’indépendance. Le Hirak a certainement poussé ces clans à se manger entre eux de façon plus féroce, mais il ne souhaite en aucun cas que cela conduise à un énième recyclage du système.

Depuis l’indépendance, cette lutte de clans est consubstantielle au système. Son enjeu principal est le partage de la rente pétrolière, la distribution des postes stratégiques et des privilèges. Le système est immuable dans sa configuration structurelle, un clan succède à l’autre de façon cyclique. Si dans un système démocratique, l’état-major de l’armée est à la périphérie du processus politique, en Algérie il joue le rôle central.

C’est pour perpétuer ce système que l’état-major de l’armée veut imposer des élections présidentielles pour en sortir une marionnette. Cette perspective a visiblement ouvert l’appétit de certains vautours qui gravitent autour du « panel de médiation » conduit par Karim Younes. Le renvoi d’anciens hauts responsables et affairistes véreux en prison facilite l’occupation de ces postes par d’autres cliques qui peuvent s’avérer aussi corrompues et plus impitoyables que celles dont ils ont pris la place.

Autrefois, Aristote parlait du principe d’isonomie, selon lequel la loi est la même pour tous. Notre réel nous oblige cependant à soutenir que la justice dans notre pays est sous la coupe réglée des généraux. Sinon, comment expliquer l’acte lâche et abominable que constitue l’arrestation illégale du valeureux commandant Bouragâa. Un homme courageux, brave, lucide, d’une intégrité sans faille et dont l’histoire se confond avec celle des héros de la guerre de libération (Ben M’Hidi, Abane, Zabana, Ben Boulaid…). Comment expliquer autrement aussi, l’arrestation de dizaines de manifestants pacifiques brandissant le drapeau amazigh ou exprimant des revendications auxquelles aspire la majorité écrasante du peuple.

Le philosophe allemand Friederich Hegel écrivait : « L’Histoire du monde est le tribunal du monde ». L’Histoire de notre pays sera votre tribunal, messieurs les généraux !

Evidemment, il n’est jamais trop tard pour éviter que le sang des Algériens coule à nouveau. La hiérarchie militaire doit accepter le principe de transfert du pouvoir aux civils. Telle est la volonté exprimée par des millions d’Algériens. La mise en place d’une transition démocratique définira les modalités de ce transfert et permettra au peuple de s’organiser et d’élire ses représentants.

La finalité de ce processus est d’aboutir à une refondation institutionnelle qui remette les droits fondamentaux des citoyens, les libertés individuelles et collectives, l’égalité en droits entre hommes et femmes, au même titre que la justice sociale au cœur d’une nouvelle constitution issue d’une assemblée constituante librement élue.

La hiérarchie militaire doit cesser d’infantiliser le peuple algérien qui fait preuve d’une admirable maturité civique et politique. La mission première de l’armée est la protection des Algériens et du territoire national et en cette période charnière, elle peut et doit accompagner la transition démocratique, seule voie fiable pour sortir de la crise et rendre au peuple sa liberté et son indépendance.

Chaque vendredi, chaque mardi, chaque dimanche, en Algérie comme à l’étranger, des millions de citoyens envoient aux décideurs un message fort : Les lourdes meules de la manipulation mentale ne fonctionnent plus. Rendez le pouvoir au peuple !

Ceux qui sont à la tête de l’Etat actuellement, comme ceux dont ils ont occupé les places sont des corrompus et corrupteurs zélés et experts en magouilles de tous genres. Ils sont définitivement disqualifiés pour jouer un rôle quelconque dans tout processus de sortie de crise. Pour les décrire, on peut reprendre cette phrase du grand écrivain italien Sciascia : « Le diable était tellement fatigué qu’il a tout laissé aux hommes du pouvoir, qui savaient mieux faire que lui ».

A chaque manifestation, des millions de citoyens crient « Khaoua, Khaoua », auquel semble répondre comme un lointain écho, un vers du poète turc Nazim Hikmet : « Vivre en frères, comme les arbres de la forêt ». Cette fraternité naissante ou renaissante pourrait créer dans l’avenir un terrain fertile pour le débat politique et la confrontation pacifique des idées dans le respect du pluralisme politique, culturel et linguistique constitutif de la société algérienne.

Abbes Hamadene

Cliquez pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

Publicité
Coronavirus dans le monde

ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER

A La Une

Articles récents

Coronavirus en Algérie

Populaires