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Détenus d’opinion : un mercredi ordinaire à la prison d’El Harrach

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Nous publions ce témoignage saisissant de maître Aouicha Bakhti qui raconte une de ses visites des détenus d’opinion.

L’avocate revient sur les conditions carcérales des détenus d’opinion, incarcérés à la prison d’El Harrach. Détenus d’opinion : un mercredi ordinaire à la prison d’El Harrach.

Arrivée devant le portail à 8 h 30 min. J’ai pris de l’avance ce matin. J’ai rendez-vous avec mon amie, consœur et camarade du réseau de lutte contre la répression, pour les libertés démocratiques et pour la libération des détenus d’opinons.

Depuis les premières arrestations, nous venions ensemble toutes les trois, Maître Messaoudene Saliha, Maître Medjahed Samira et moi-même, parfois avec nous aussi maître Seddik Mouhous. Nous venions ensemble parce que nous nous sommes répartis les détenus avec d’autres avocats évidemment, et quand on se présentait ensemble, on voyait un maximum de détenus.

Ce mercredi donc nous n’étions que deux des avocats du réseau, moi avec 12 permis et ma consœur avec un autre paquet. J’ai préféré commencer par Samira que j’ai trouvée resplendissante et pétillante malgré ses deux mois de détention et elle doit cet état à sa magnifique détermination et à son moral de battante.

J’ai commencé par lui poser des questions sur sa santé (sachant qu’elle avait été brutalisée lors de son interpellation et son épaule déboîtée). Elle m’a dit que son épaule était guérie mais qu’elle avait mal au coude d’avoir porté trop longtemps l’écharpe. Je lui ai demandé si elle avait été soignée, elle m’a dit qu’elle avait vu le médecin de la prison et qu’elle lui avait prescrit une radio (jusqu’à mercredi matin, elle n’avait pas fait sa radio). Au cours de la discussion, deux autres consœurs de Tizi Ouzou sont arrivées à ce moment ; là on a parlé du khimar qu’on a voulu lui imposer pour se rendre au parloir et pour voir ses avocats, sous prétexte de règlement intérieur. Evidemment, elle a refusé et elle a exigé de voir le fameux règlement qu’elle n’a pas vu et qui ne peut exister.

Elle m’a aussi parlé des livres qui ont été bloqués à la direction et qui, après intervention d’une avocate, ont été accordés mais qu’elle n’avait pas encore reçu à ce moment-là. Samira m’a impressionnée par son courage, sa détermination et son optimisme. Je félicite mon pays d’avoir des femmes de cette trempe, je félicite sa mère qui a beaucoup encouragé sa fille dans son engagement (témoignage de Samira). Fière de t’avoir comme concitoyenne. A un moment, je devais passer de l’autre côté, au pavillon des hommes. J’ai laissé Samira en compagnie des deux sympathiques consœurs. Je te reverrai Samira au magnifique sourire.

De l’autre côté, c’est plus long, il faut remettre les permis et attendre. Une salle d’attente climatisée pour les avocats ! Allez savoir pourquoi, j’ai pensé à Louh, les détenus n’ont pas de clim… il n’a jamais imaginé un jour…

On appelle d’abord ma consœur, ensuite moi. Les premiers que j’ai reçus sont Walid, Mokrane et Kichou. Ce sont des militants et donc, dès leur arrivée, ils posent des questions sur la situation à l’extérieur, etc. Je retrouve les deux consœurs que j’ai laissées de l’autre côté, on est ensemble, nous échangeons entre citoyens, ils sont assez informés. D’autres confrères viennent les voir régulièrement.

On oublie l’espace d’un moment que nous sommes … nous croisons un ténor, il reçoit ses clients c’est les…. non pas eux, ceux-là, ils reçoivent leurs avocats aux heures creuses, c’était plutôt ceux qu’on appelait les oligarques…

Arrivent ensuite les autres, Darwich le Palestinien de plus en plus abattu. Il ne comprend toujours pas pourquoi il est là. Il travaillait dans une entreprise étrangère, il n’est pas sûr de retrouver son poste. Azzoug le vendeur de drapeaux toujours silencieux, Agwazi père de 4 enfants… Bakir de Ghardaïa qui n’a pas reçu de visite depuis sa détention, sa famille étant à Ghardaïa ; Mouloud de T’kout, lui est très vif ; Messaoud, le militant convaincu qui a toujours un message à faire passer à ses concitoyens, qui refuse catégoriquement d’être motif de négociation et qui profite de sa détention ou m’a-t-il dit à la première visite déjà que la prison lui a fait découvrir des facettes de son pays qu’il n’oubliera pas une fois sorti et si un jour il devenait responsable…

Voilà les jeunes qui sont en prison alors qu ils sont indispensables dehors, je n’ai pas parlé de Bibi, qui même quand il ne dit rien ses yeux pleurent ses deux petites filles et Yazid qui devait fêter son mariage samedi 24 août et que j’ai trouve très triste.

Je n’oublie pas Amine le plus jeune d’entre eux à qui sa famille manque beaucoup, il n’a pas 20 ans. Libérez ces jeunes sans conditions. La prison en elle même est une maltraitance, les conditions d’incarcération sont des circonstances aggravées.

Aouicha Bakhti

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