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Feux de forêts : anthropologie de l’espace rural

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Il est des questions qui reviennent chaque été dans la bouche des Algériens et qui sont traitées dans une émotivité qui nous éloigne d’un regard distancié et plus réalistes des choses. Il s’agit des feux de forêt.

Cette été 2019 a été sans doute le plus jasant et de l’autre côté le plus dénonciateur du phénomène par la suspicion de l’implication des services de sécurité, accusés de pyromanie, ou de défaut de réactivité et de gestion.

Ne niant pas ces accusations mais regardant plus la relation de la société avec son espace boisé, je vais essayer de retracer la représentation sociale de la forêt dans l’imaginaire collectif et son rôle économique dans la société algérienne. Avant cela et par souci de pédagogie, nous commenceront par la plaine comme exemple imagé dans le temps pour mettre en exergue le phénomène.

Le relief de l’espace nord Algérien est fait de chaines de montagnes espacées entres elles par des plaines. Les Bibans et le Djurdjura ou l’Akfadou se font face dans la vallée de soummam à titre d’exemple. Au fur et à mesure qu’on descende en altitude, une population y vit, j’adis en structures tribales et de nos jours en communes, et exploitent en élevage apiculture et arboriculture ces montagnes. Cela supposait une propriété collective de ces espaces au siècles derniers. Aux contrebas, nous retrouvons la plaine avec son agriculture céréalière à forme marchande alors que l’activité agricole montagneuse garde encore son trait de subsistance ou dans des cas semi-marchand. Chaque jour, les paysans descendaient au XIXe siècle travailler les terres de leurs tribus et remontaient en fin de journée dans leurs villages respectifs sur les collines pour y vivre.La plaine tout comme on le verra plus tard la forêt étaient la propriété collective de la tribu limitrophe. Il y avait donc, une complémentarité de l’espace rural corrélé à l’activité économique qui été à majorité agricole.

La révolte de 1871 a désormais brouillé ce rapport à la complémentarité de l’espace rural par la spoliation des terres agricoles dans les plaines et les vallées et par les lois warnier qui ont suivi ces opérations coloniales et régir la propriété agricole. C’est désormais le début de l’émigration et quelques décennies plus tard de l’immigration en métropole. Une situation largement décrite par Abdelmalek Sayad dans les 3 ages de l’immigration Algérienne en France.

C’est la coupure entre l’habitant de la montagne et la plaine comme espace collectif au profit de la nouvelle féodalité qui y posséda des domaines à perte de vue. Plus tard et après l’indépendance , ces plaines n’ont plus représenté l’image ou la représentation qu’elles incarnaient dans l’inconscient collectif. D’où la tolérance à l’envahissement du béton et la construction des villes sur les plaines comme la Mitidja à titre d’exemple. 

Pour les forets, le lien entre le paysan Algérien et plus tard le semi urbain avec ses montagne et ses forets a perduré jusqu’aux années 80 . La foret a toujours été un espace d’alpages en été pour les éleveurs en quête d’herbe et de transhumance fraîche pour leurs bétails.

Un espace de matière première en bois jadis pour les mansardes des maisons et enfin un espace de sources d’eau canalisées vers les contre bas pour alimenter les villages .Certaines mansardes encore existante dans les anciennes maison Algériennes rappellent même que le pays possédait des forets primaires tant leurs tailles et largeurs sont énormes Elle a été plus tard après l’indépendance un lieu de villégiature certes mais les visiteurs venus se ressourcer.

C’est au début des années 90 que la coupure se fera dans les hauteurs des montagnes suite à l’instabilité sécuritaire et le terrorisme comme nouveau phénomène. Durant ces 10 années, l’algérien se coupera de sa montagne forcé par les ratissage de l’armée et les islamistes qui y trouvaient refuge. L’alpage comme pratique ancestrale est moins en moins pratiquée. La seule activité est la production des pieds droits en bois à destination de l’activité du bâtiment.

On assiste à une nouvelle génération qui n’est plus liée par un regard de nécessité économique vitale pour ces espaces mais qui voient dans les forets juste un lieu de plaisance avec la construction de routes pour y accéder. Une rupture est consommée d’autant que la ville est arrivée aux abords des montagne avec les villes périphériques à l’espace urbain ou à la ville chef lieu de département. Le moissonnage manuel du cheptel n’est plus pratiqué. Ce qui engendre un manque flagrant de défrichage des champs pour l’élevage ou d’élagage des arbres pour le chauffage comme c’était le cas 30 ans avant. Une sécheresse image de cette rupture et qui contribue avec d’autres cause humaines à en faire une poudrière en été. C’est en redonnant l’utilité économique qu’on redonnera aux massifs forestiers « leurs écologies » qui leur sied.

Khelil Ferhani

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