Connectez-vous avec nous

Chronique

Un peu de mémoire utile, pour les nôtres

Publié

le

Sous occupation, le peuple algérien a subi la barbarie qui n’hésitait pas à recourir aux pires exactions à la moindre velléité de révolte. Ainsi, L’appellation consacrée de « guerre d’Algérie » s’avère être réductrice de la réalité et occulte un événement historique bien plus étendu dans le temps et bien plus éprouvant pour le pays. A juste titre, les fondateurs du FLN/ALN l’ont dénommé « guerre de libération », ce qui impliquait de fait que le pays vivait sous occupation.

Entamée en 1830, la conquête de l’Algérie ne sera effective que des dizaines d’années plus tard. Elle lui coûta, selon les sources les plus modérées, le tiers de sa population, dans un combat brutal, sanglant, inégal et sans merci, sans même le moindre scrupule humain chez les généraux français, chargés de vider les terres convoitées de leurs populations et de « pacifier » le territoire au profit des colons. Ils s’emparèrent de 40 % des meilleures terres, massacrant et repoussant leurs propriétaires légitimes dans les terres arides ou incultes. Ils imposèrent la restriction des terrains de parcours, compromettant l’élevage qui en fut gravement affecté. Et avec lui, fut sérieusement ébranlé le mode de vie communautaire qui assurait un équilibre fondamental à la vie économique et sociale ancestrale.

Une famine qui fit des centaines de milliers de morts eu lieu en 1868, suivie de façon endémique par des dizaines d’autres qui décimèrent les tribus victimes des dépossessions et des déportations.

La torture, révélée, lors de la répression qui a frappé la population algéroise, était déjà à l’œuvre. Un extrait d’une lettre de soldat témoigne: « Nous rapportons un plein baril d’oreilles, récoltées paires à paires sur les prisonniers… » Sans oublier les enfumades (ancêtres du gazage) des généraux Montagnac, Turenne, Cavaignac, Saint Arnaud, Pélissier, Canrobert…qui firent périr des milliers de civils. Le dernier cité raconte : «On pétarada l’entrée de la grotte et on y accumula des fagots de broussailles. Le soir, le feu fut allumé. Le lendemain quelques Sbéahs se présentèrent à l’entrée de la grotte, demandant l’aman à nos postes avancés. Leurs compagnons, les femmes et les enfants étaient morts. Canrobert eu aussi recours à l’emmurement dans le Dahra, il s’en vante :  » Comme il n’y a pas de bois, je bouche l’entrée de la caverne avec des pierres. Si j’avais fait autrement un grand nombre de nos soldats seraient tombés inutilement sous les balles arabes. » Cavaignac, dont le nom est encore attribué par beaucoup à une rue d’Alger, pourtant débaptisée, l’avait fait avant lui : « Je fais hermétiquement boucher toutes les issues et je fais un vaste cimetière. La terre couvrira à jamais les cadavres de ces fanatiques. Personne n’est descendu dans les cavernes ; personne… que moi ne sait qu’il y a là-dessous cinq cents brigands qui n’égorgeront plus les Français. J’ai été malade, mais ma conscience ne me reproche rien. J’ai fait mon devoir de chef, et demain je recommencerai, mais j’ai pris l’Afrique en dégoût. »

Rien ne fut épargné au peuple algérien pour le réduire à l’état d’indigène, qu’on a fini par lui imposer. Un autre officier en 1852, le général Flô rapporte à Victor Hugo: «Dans les prises d’assaut, dans les razzias, il n’était pas rare de voir les soldats jeter par les fenêtres des enfants que d’autres soldats en bas recevaient sur la pointe de leurs baïonnettes. Ils arrachaient les boucles d’oreilles aux femmes et les oreilles avec, ils leur coupaient les doigts des pieds et des mains pour prendre leurs anneaux. »

En fait, comme on pouvait le lire dans les chroniques de l’époque toute vie était passible de mort, tant on avait déshumanisé l’Algérien. Jusqu’à ce qu’il se réhabilite par lui-même en 1954. Date à partir de laquelle on a fixé, arbitrairement, le décompte des victimes mortes sous les coups du colonialisme. Niant le long martyrologe de ce peuple dont l’Histoire ne se résume pas aux dernières violences, où il a pu être acteur et pas seulement victime.

Des chiffres existent qui ont échappé à l’oubli et à la censure et qui peuvent édifier sur le génocide commis. Les voici rapportés par Michel Habart (in « Histoire d’un parjure »). Différents recensements réalisés tout au long de la conquête et plus tard donnaient en 1838 8.600.000 d’Algériens, en 1841 8000.000, en 1840 7.700.000, en 1844 7.000.000 et…2.100.000 pour 1872.

Les épidémies de Typhus, de Choléra, les invasions de sauterelles, la famine…invoquées pour justifier la disparition, en l’espace de 34 ans, de 6.500.000 Algériens. Le comte Le Hon, rapporteur de la commission d’enquête de 1869, reconnaît : « c’est le régime auquel les indigènes sont soumis qui les faits périr » dit-il. Il explique aussi : « …ce peuple étant devenu un peuple de khammès sans terre et sans silos, les hommes, femmes et enfants sont allés mourir de faim autour des centres de colonisation. Ils sont morts sans se plaindre ».

Il n’y a pas d’illustrations, pas de publicité et pas assez d’historiens qui en parlent. Les camps de concentration nazis apparaîtraient, peut être, comme étant moins meurtriers, tout en nous permettant par les images qu’ils nous livrent de mesurer l’atroce agonie des populations réduites à mourir sans se plaindre, parce qu’elles n’avaient même plus la force de gémir. Alors, combien de morts ? Et dans quelles conditions ? Les statistiques devraient être revues et les professionnels de l’Histoire mis à la place des idéologues et des propagandistes d’arrière-garde. Pour que la tragédie algérienne puisse s’offrir au monde dans toute sa vérité.

Ahmed Halfaoui

Cliquez pour commenter

Poster un Commentaire

avatar
  S'abonner  
Me notifier des
Publicité

A La Une

Articles récents

Populaires