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Batna: les nuées de moustiques à Lazrou, une « bombe » infectieuse à retardement

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Les habitants des petites mechtas de Gadaïne, Taklilet et de Grinet dans la commune de Lazrou (wilaya de Batna) envahies chaque soir par des nuées de moustiques lancent depuis quelques semaines des appels de détresse face à l’invasion de ces insectes hématophages farouches.

Agriculteur et éleveur à la Mechta Gadaïne, Abdelkader Boussoir a indiqué que l’on peut recenser sur son seul avant-bras près d’une vingtaine de piqûres bien rouges, précisant vivre depuis l’installation des premières chaleurs « des nuits de calvaire ».

Ces « prédateurs » nocturnes contraignent les habitants de ces petits villages à se cloîtrer dans leurs maisons surchauffées la journée par un soleil de plomb et à recourir à un sur-usage de pastilles anti-moustiques.

« Les belles soirées d’été au clair de lune dans cette campagne constituent un vague et lointain souvenir », s’accordent à dire les habitants de la localité.

Adbelkader Boussoir affirme même avoir développé une allergie aux odeurs des produits répandues par les pastilles anti-moustiques, tandis que le confinement forcé le soir entre les quatre murs des maisons a développé chez certains de ses proches une anomalie de comportement, à savoir la claustrophobie.

Selon les habitants de cette commune qui ont lancé des appels de détresse aux responsables locaux et ceux des diverses directions de l’environnement, des forêts et de l’agriculture, cette invasion « récente » de moustiques est liée au déversement, dans cette zone humide intermittente (qui s’assèche l’été) qu’est le Chott Gadaïne, des eaux usées de la ville de Batna (dont seule une quantité est traitée par la station d’épuration) ainsi que ceux des agglomérations voisines qu’il traverse (Bou Yelf, Fesdis et Djerma).

« Jusqu’à il y a peu, ces rejets n’atteignaient pas Gadaïne, mais aujourd’hui ils y parviennent et s’écoulent jusqu’aux zones humides de la wilaya voisine d’Oum El Bouaghi », soulignent des paysans rencontrés par l’APS qui notent que ce sont ces eaux puantes qui ont favorisé, avec l’installation de la chaleur, « l’explosion » des milliers de moustiques et leur prolifération.

Les nuées de moustiques « ont rendu malade nos moutons et nos vaches causant la sclérose de certaines parties de leur peau, notamment au niveau du collet et du ventre », affirment Kadour, Ali et Abdelkader qui ont souligné que l’éclosion des larves de moustiques au moment de la floraison de leur jeune verger de 3.200 oliviers a compromis la récolte de cette saison, les moustiques se nourrissant aussi de nectar et de sève des fleurs.

Le problème est plus grand que les moyens dont dispose la commune de Lazrou

« Le service technique communal de Lazrou a effectué des actions de désinsectisation par pulvérisation dans cette localité mais sans grand effet », relèvent les agriculteurs.

Pour le président de l’Assemblée populaire communale de Lazrou, Rabih Mebrak, « la commune a fait de son mieux en effectuant des sorties de terrain et en traitant par pulvérisation certaines parties de cette zone très vaste », assurant que « le problème est plus grand que la seule commune de Lazrou et ses capacités ».

Concentré certes dans la zone de Gadaïne, le problème des moustiques a fini par s’étendre à toute la commune, notamment la localité de Tazourit, souligne en outre l’édile.

« La chaleur, mais surtout l’humidité dégagée par les eaux stagnantes, ont offert un environnement hyper-propice aux moustiques dont l’élimination passe par la résolution du problème des eaux usées charriées par Oued El Madher qui les reçoit à son tour d’Oued El Gourzi s’écoulant de la ville de Batna », soutient-on.

Selon une étude parue dans le numéro 34 de la revue internationale Larhyss journal de l’université de Biskra signée Hannachi Abdelhakim, la ville de Batna compte certes une station d’épuration des eaux usées (STEP) qui dispose d’une capacité de traitement de 20 000 m3, mais cette seule structure est insuffisante pour prendre en charge non seulement toute l’eau rejetée par les habitants de la ville (environ 30.000 m3) mais aussi celle de la commune de Tazoult (environ 4000 m³) qui a vu son réseau d’évacuation des eaux usées relié à celui de la ville de Batna.

Plus de 14 000 m³ d’eaux usées sont donc reversées dans la nature sans traitement, selon l’étude qui ajoute, en se référant à la Direction de l’environnement de Batna, que des analyses d’échantillons provenant de la zone irriguée par ces eaux usées montrent « des concentrations relativement élevées en nitrate, parfois supérieures au seuil d’acceptabilité des normes algériennes (50 mg/l) ».

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